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PARIS : « L’hydrogène n’a d’intérêt que si l’on fait des …

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Floriane Dumont
26 Jan 2024

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PARIS : « L’hydrogène n’a d’intérêt que si l’on fait des efforts de sobriété »

La France a investi 9 milliards d’euros pour bâtir une filière hydrogène performante entre 2020 et 2030.

Celle-ci s’appuie sur une technologie clé, l’électrolyse, et s’ancre localement avec une production exclusivement française et des équipements fabriqués dans le pays ou en Europe. Mais attention ! Parfois présenté comme une « solution miracle », le développement de l’hydrogène bas carbone et renouvelable doit s’accompagner d’une évolution de nos habitudes et comportements vers plus de sobriété. Luc Bodineau, Coordinateur du Programme Hydrogène à l’ADEME, nous explique pourquoi.

Luc, pouvez-vous expliquer les objectifs de la France en matière d’hydrogène ?

Luc Bodineau 
Aujourd’hui, nous produisons 430 000 tonnes d’hydrogène carboné par an pour la chimie et le raffinage. L’objectif est de le remplacer progressivement par de l’hydrogène bas carbone et/ou renouvelable, tout en élargissant les usages de cette énergie à d’autres applications industrielles comme la sidérurgie, ou les transports lourds. La France souhaite atteindre 6,5 gigawatts de capacité de production d’hydrogène bas carbone et/ou renouvelable d’ici 2030. Cela représente l’équivalent de 650 parc éolien terrestre ! D’ici 2026, nous serons à 0,3 gigawatts de capacité de production installée. Autant vous dire que nous en sommes au début.
Quelle est la différence entre hydrogène bas carbone et hydrogène renouvelable ?
L.B.
L’hydrogène est produit par électrolyse, un procédé qui utilise de l’électricité pour casser la molécule d’eau. On parle d’« hydrogène bas carbone » lorsque l’électricité utilisée est celle du mix du réseau électrique français, et d’« hydrogène renouvelable » lorsqu’elle est exclusivement d’origine renouvelable. Dans ce deuxième cas, l’électrolyseur peut être soit directement connecté à une installation de production d’électricité renouvelable, soit relié au réseau et être attaché par contrat avec une ou plusieurs productions électriques renouvelables.
Que faut-il retenir de la stratégie hydrogène française ?
L.B.
Cette stratégie s’appuie sur une technologie clé de rupture, l’électrolyse. L’État a par ailleurs fait le choix de développer une production d’hydrogène sur son territoire, à partir d’électricité. C’est important de le mentionner, car d’autres pays, comme l’Allemagne, donnent la priorité à l’importation d’hydrogène. Nous sommes au contraire sur une logique d’autoproduction, de souveraineté énergétique. L’autre point important, c’est la volonté de développer une filière équipementière en France et en Europe. Autrement dit, les électrolyseurs, les réservoirs à hydrogène et autres piles pour les véhicules devront être fabriqués en Europe. Quatre usines géantes sont par exemple en cours de développement à Belfort, Béziers, Vendôme et Aspach-Michelbach.

Sur les 9 milliards d’euros prévus par l’État, 2,7 milliards ont déjà été attribués, 4 milliards seront dédiés au futur mécanisme de soutien à la production d’hydrogène. L’État va à ce titre lancer très prochainement le premier appel d’offres pour soutenir 150 mégawatts de production d’hydrogène bas carbone et/ou renouvelable. Tous les producteurs d’hydrogène qui souhaitent investir dans des moyens de production pour des usages industriels sont invités à participer !

Une fois produit, comment cet hydrogène va-t-il être transporté ?
L.B.
Plusieurs options sont possibles. D’abord l’hydrogène sera très souvent produit à proximité de l’endroit où il sera consommé. Il y aura des électrolyseurs aux stations-services par exemple.

Actuellement, deux grands sites industriels sont en cours de développement. Courant 2026, TotalEnergie et ENGIE mettront en service Masshylia, un électrolyseur près de Marseille qui produira 5 tonnes d’hydrogène renouvelable par jour, issu de centrales photovoltaïques locales, pour répondre aux besoins industriels en biocarburant de TotalEnergies à La Mède (Provence-Alpes-Côte d’Azur). Air Liquide exploitera par ailleurs un électrolyseur de grande taille au Havre (Normandie), (25 000 tonnes d’hydrogène par an), pour décarboner le bassin industriel normand.

Mais il sera sans doute nécessaire dans certains cas de transporter l’hydrogène d’un territoire à un autre, via des hydrogénoducs, qui ressemblent à des canalisations de gaz naturel. Ces pipelines seront enterrés et permettront de transporter de grandes quantités d’hydrogène sous forme comprimée. Nous ne savons pas encore si nous pourrons utiliser des anciennes canalisations de gaz naturel, en les rénovant pour le transport d’hydrogène, ou bien si nous allons devoir en construire de nouvelles. C’est pourquoi l’ADEME cofinance le projet MosaHYc[1], porté par les deux opérateurs de transport GRTgaz et CREOS, qui étudie très concrètement la possibilité de convertir 70 km de canalisation de gaz naturel en canalisation hydrogène entre la France, l’Allemagne et le Luxembourg.

[1] : Moselle Sarre HYdrogène Conversion

Comment l’ADEME accompagne cette dynamique ?
L.B.
L’ADEME soutient l’innovation via des appels à projets (APP) comme celui qui s’appelle « Briques technologiques et démonstrateurs hydrogène 2020-2022 » mais aussi le déploiement de solutions avec les AAP « Écosystèmes hydrogène 2018 et 2020 ». Nous défendons aussi une position claire. L’hydrogène bas carbone et/ou renouvelable n’a d’intérêt que si l’on fournit des efforts de sobriété. Il faut impérativement réduire nos consommations d’énergie, l’usage d’engrais, d’acier, diminuer nos déplacements, car l’hydrogène ne doit pas être un alibi pour éviter de changer nos systèmes et comportements. L’exemple des électro carburants est assez parlant à cet égard. L’Union européenne s’est fixée comme objectif d’atteindre 70 % de carburants durables, c’est-à-dire de biocarburants et d’électro carburants, dans l’aviation et le maritime d’ici 2050, qui sont deux secteurs très émetteurs et impossibles à électrifier… Mais pour les produire, il faudra des quantités colossales d’électricité – transformé en hydrogène – et de CO2. Si rien n’est fait pour réduire le trafic, nous aurons besoin de l’équivalent de 13 centrales nucléaires pour produire l’électricité nécessaire pour ces deux secteurs. Mais si nous baissons de 30 % nos déplacements, nous pourrons alimenter avions et bateaux sans risquer d’épuiser les ressources nécessaires pour la transition du pays.

SOURCE : ADEME INFOS