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PARIS : Les sols forestiers, un capital crucial à préserver

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PARIS : Les sols forestiers, un capital crucial à préserver

Pour préserver ce capital crucial pour la santé des écosystèmes forestiers, de nombreux projets de recherche soutenus par l’ADEME permettent de mieux caractériser le fonctionnement des sols forestiers et d’identifier les impacts des pratiques sylvicoles sur leur fertilité chimique, physique et biologique.

Amélioration des connaissances et développement des outils pour limiter les impacts sur les sols des récoltes des menus bois

Le développement de la filière bois énergie peut amener à récolter des parties de l’arbre jusqu’alors laissées en forêt (petites branches (= d’un diamètre < 7 cm) appelées « menus bois » et feuillages, souches…). Les résultats montrent que la fertilité chimique est significativement impactée par ces récoltes, ainsi que les stocks de carbone et la biodiversité des sols. Dès lors, des récoltes successives risquent d’appauvrir les sols et d’affecter la productivité des peuplements.

Le projet RESOBIO soutenu par l’ADEME et le ministère de l’Agriculture visait à actualiser les connaissances disponibles au niveau international – avec un focus sur les zones tempérées – sur les conséquences potentielles du prélèvement des rémanents forestiers dans le domaine de la fertilité et de la biodiversité.

Le projet RESPIRE a permis la création d’un réseau de 12 sites expérimentaux in-situ (réseau MOS – Matières organiques des sols) pour étudier les effets d’un retrait des menus bois et feuillage sur le fonctionnement des sols et de la végétation en forêt. Si les recherches montrent que ces récoltes successives peuvent appauvrir les sols, ces impacts varient selon les caractéristiques des sols.
Le projet INSENSÉ a permis de modéliser la sensibilité des écosystèmes forestiers aux exportations d’éléments minéraux. Une carte nationale de sensibilité a été réalisée. Elle montre que seuls 30 % des sols forestiers métropolitains peuvent être considérés comme peu sensibles. Des indicateurs de sensibilité, à la fois fiables et simples, ont ainsi été développés en direction des gestionnaires. Sur la base de ces indicateurs, des recommandations de bonnes pratiques de récolte du bois énergie à destination des opérateurs de terrain ont été élaborées dans le guide GERBOISE. Ces recommandations visent à éviter l’évacuation du feuillage, laisser 10 à 100 % des menus bois sur place selon la sensibilité des sols à l’exportation minérale, et raisonner la récolte des souches.

Mettre mesurant la profondeur d’une fosse

La modélisation du carbone des sols dans les forêts françaises, un verrou scientifique à lever dans les années à venir
Les sols forestiers constituent un grand réservoir de carbone à préserver pour éviter des émissions de CO₂ vers l’atmosphère. Inversement, lorsque ces stocks sont en augmentation, les sols séquestrent du carbone, constituant ainsi un puits de carbone. Le Réseau de mesure de la qualité des sols (RMQS) évalue les stocks de carbone dans les sols forestiers à 81 tC/ha en moyenne dans leurs trente premiers centimètres et 9 tC/ha dans la litière. Mieux documenter l’effet de la gestion sylvicole et la pédologie sur les stocks de carbone organique des sols (COS) et leurs dynamiques, dans le contexte de la forêt française, constitue un enjeu scientifique majeur.

Le projet piCaSo a notamment permis de révéler les déterminants pédologiques, écologiques et climatiques de la persistance du carbone organique dans les sols des forêts françaises à travers la technique d’analyse thermique Rock-Eval. Le projet ROCOCO, en cours, vise à lever le verrou scientifique d’une modélisation de la dynamique du COS défaillante en forêt qui permettra par exemple de mieux évaluer les effets des scénarios d’augmentation des récoltes de bois sur le stock de COS.
À l’échelle de la parcelle, le projet EVAFORA avec l’élaboration d’un « module nutriment » couplé au modèle de croissance forestière GO+ montre que la récolte de rémanents conduit à une perte de carbone du sol de l’ordre de 5 %.
Par ailleurs, les techniques de Préparation Mécanisée du Sol (PMS) avant plantation peuvent fortement modifier les quantités de carbone stockées dans les sols, à court et à long terme.

Les résultats du projet CAPSOL montrent que la préparation localisée permet de réduire l’impact négatif de la PMS sur le stock total de COS en comparaison avec une préparation réalisée en plein. Les résultats indiquent également une redistribution importante du carbone entre les horizons à différentes profondeurs, qui varie selon les outils de PMS. Le projet CASTOR en cours poursuit ces travaux avec l’installation d’un réseau expérimental in situ dédié aux plantations et carbone avec différentes techniques de PMS pour évaluer leur impact sur le carbone du sol.

Développement des outils prédictifs de la praticabilité des voies dédiées à la circulation des engins forestiers (cloisonnements) pour limiter le tassement des sols
Il existe actuellement des guides qui aident les forestiers à limiter les impacts des exploitations mécanisées sur les sols : PROSOL (ONF & FCBA, 2009), PRATIC’SOLS (ONF & FNEDT, 2017). Les engins sont tenus de circuler sur les cloisonnements afin de limiter les surfaces circulées dans les parcelles forestières. L’enjeu réside alors sur le maintien de leur praticabilité. Le choix des dates d’intervention doit être basé sur un diagnostic de portance de sols dépendant de propriétés mécaniques stables dans le temps (texture, charge en éléments grossiers…), mais aussi de paramètres variables dans le temps, notamment la teneur en eau des sols. Le projet VSOILForOAD (pilote ONF, partenaires CNPF-IDF, FCBA et INRAE) vise à simplifier un modèle de bilan hydrique capable de prédire la dynamique hydrique des cloisonnements forestiers pour rendre accessible aux praticiens la prédiction en temps réel de leur praticabilité.

Vers une amélioration des estimations du réservoir en eau des sols forestiers utilisable par la végétation
La disponibilité en eau du sol conditionne la diversité des espèces et des écosystèmes forestiers et leur mode de gestion et d’exploitation. Évaluer le réservoir en eau utilisable (RU) des sols forestiers est crucial dans les défis de l’adaptation de la sylviculture face aux impacts du changement climatique. Pourtant, il est difficile à quantifier et son estimation par les gestionnaires forestiers est aujourd’hui imprécise. Le projet RUFor en cours vise à mieux caractériser le RU et à mieux connaître la profondeur prospectable et l’enracinement des essences forestières en lien avec les caractéristiques physico-chimiques et hydrodynamiques des sols. champignon de forêt

D’importances avancées dans les connaissances de la biodiversité des sols forestiers

Des avancées majeures dans les connaissances de la biodiversité des sols français ont pu être réalisées avec la publication de deux Atlas : Atlas français des bactéries du sol et Atlas français des champignons du sol. Ceux-ci ont pu être produits grâce à l’utilisation des technologies de séquençage de l’ADN environnemental sur les échantillons de sols du Réseau de Mesures de la Qualité des Sols (RMQS), couvrant toutes les occupations des sols y compris forestiers.

À une plus petite échelle, le projet InSylBioS avait pour objectif d’améliorer les connaissances sur la biodiversité des sols forestiers et de progresser dans l’identification de recommandations de pratiques durables pour les gestionnaires forestiers dans le Massif central. Des paramètres biologiques des sols (flore, champignons, nématodes, macrofaune des sols) ont été analysés dans des peuplements aux historiques de gestion contrastés. Les résultants montrent par exemple que, dans le Massif central, les forêts de hêtres sont globalement favorables à un cortège d’organismes du sol plus varié que les forêts de Douglas ou que les éclaircies de faible intensité < 25% dans les forêts de Douglas sont plus favorables aux organismes du sol que la libre évolution.

SOURCE : ADEME RECHERCHE.