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PARIS : La sobriété matière, une affaire de survie indust…

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Floriane Dumont
9 Déc 2023

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PARIS : La sobriété matière, une affaire de survie industrielle

La surexploitation des métaux, minéraux, bois et autres matières, en plus d’impacter les écosystèmes, la biodiversité, la qualité de l’eau ou les émissions de CO2, risque de provoquer un épuisement de ces ressources et une compétition dans leurs usages.

Cela compromettrait à la fois la transition écologique et le fonctionnement des entreprises.

Il y a seulement quelques années, la sobriété était une notion encore largement méconnue du grand public. Mais la hausse des prix des énergies fossiles et de l’électricité en 2022 a rebattu les cartes, en imposant la sobriété énergétique dans les discours politiques et médiatiques. « L’effet d’acculturation aura indéniablement été bénéfique, note Pierre Galio, chef du service Consommation responsable à l’ADEME. Il ne faudrait cependant pas que le prisme énergétique masque l’urgence du sujet “matière”. »

En effet, aujourd’hui, notre société est confrontée à la nécessité d’économiser les ressources planétaires, à commencer par celles dont les gisements facilement accessibles sont limités, comme l’aluminium, ou celles qui jouent un rôle décisif dans les scénarios de décarbonation, comme le lithium et le cuivre, indispensables au développement des énergies renouvelables et des véhicules électriques. « Lorsque l’on parle de sobriété matière, il ne s’agit pas d’optimiser les consommations vis-à-vis de nos besoins, mais bien de réduire les consommations dans l’absolu, indique Hélène Bortoli-Puig, cheffe du service écoconception et recyclage à l’ADEME. La sobriété concerne tout le monde : les citoyens, les collectivités et, en tout premier lieu, l’intégralité des acteurs économiques. Chacun doit réinterroger ses besoins et se contenter de l’essentiel. »

Écoconception et démarches low-tech

Les industriels disposent de plusieurs leviers d’action complémentaires sur la voie de la sobriété. La démarche d’écoconception, avec un objectif de diminution de l’impact environnemental des produits tout au long du cycle de vie, interroge la mobilisation des ressources. Elle implique aussi des questionnements sur l’origine des matières premières, qu’elles soient vierges ou de recyclage, les quantités justes nécessaires et la souveraineté des approvisionnements. Elle permet par ailleurs de travailler à l’allongement de la durée d’usage des produits dès la conception, pour optimiser l’utilisation de la matière.

« Depuis deux ou trois ans, on observe très clairement un intérêt accru de la part des entreprises vis-à-vis de ces questions, poursuit Hélène Bortoli-Puig. Globalement, la compréhension du sujet a beaucoup progresséLes industriels savent désormais que les démarches de sobriété doivent être systémiques et installées sur un temps long. » L’ADEME, pour sa part, se positionne en facilitateur et en accélérateur du changement. Elle crée des parcours de montée en compétences et des formations dédiées, comme celles organisées sur la sobriété numérique dans le cadre du programme Alt-Impact. Elle lance des appels à projets, comme Bâti-Sobre ou Construction et rénovation hors-site (CRHOS). L’ADEME réalise des études sur les gisements de matières premières, soutient la recherche et encourage le développement de démarches low tech dans l’industrie, comme en PACA ou en Normandie. Elle pilote également le développement de l’indice de durabilité, qui prendra la place de l’indice de réparabilité dès l’an prochain, pour inciter les fabricants à produire plus robuste tout en continuant à pousser les consommateurs à se tourner vers des produits qu’ils garderont plus longtemps.

La sobriété progresse, donc, mais un cap décisif reste à franchir. Pour l’heure, un grand nombre d’entreprises sont capables de s’engager activement pour réduire leurs consommations, mais dans une logique d’efficience (produire autant avec moins), pas dans une logique de sobriété.

Sortir des modèles économiques en volume 

Le besoin en matière première par produit diminue. Mais, si on fabrique plus de produits, la pression globale sur les ressources s’accentue. « Ce sera comme cela tant que nous ne sortirons pas de nos modèles économiques en volumes », insiste Pierre Galio. Un modèle économique alternatif solide existe, c’est l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC). Plusieurs entreprises montrent l’exemple comme Flex’Ink, une imprimerie qui, grâce à un système d’abonnement mensuel, permet à ses clients d’imprimer uniquement les quantités dont ils ont besoin, donc de réaliser des économies tout en générant moins de déchets. Ou encore comme le géant Michelin, qui commercialise une solution B to B basée sur le nombre de kilomètres parcourus par les pneumatiques plutôt que sur la vente des pneumatiques eux-mêmes, afin de prolonger leur durée de vie. « Même si l’entrée dans l’économie de la fonctionnalité demande du courage et un temps considérable, nous constatons que de plus en plus d’entreprises s’y intéressent de très près, sous l’impulsion notamment d’organisations interprofessionnelles convaincues et de l’ADEME. Celle-ci promeut activement le modèle et soutient le développement de parcours dédiés ».

SOURCE : ADEME ACTUS