
PARIS : La Saint-Valentin ou l’amoureuse initiation
Le climat actuel de cette fête des amoureux, toute de mièvrerie mercantile, n’est guère en rapport avec le contexte des célébrations saisonnières qui autrefois se conformaient véritablement à un rite de passage au sein de la jeunesse.
La tradition que nous désignons par Fiancés de Carnaval s’affirme à travers des rituels populaires qui se déroulent entre février et mars dans nos pays occidentaux. Ces différentes coutumes locales sont associées à un thème qui peu à peu leur est devenu commun et qui est la fête de Saint-Valentin fixée par le martyrologe romain au 14 février. Le climat actuel de cette fête des amoureux, toute de mièvrerie mercantile, n’est guère en rapport avec le contexte des célébrations saisonnières qui autrefois se conformaient véritablement à un rite de passage au sein de la jeunesse.
Sous différents noms et selon des modes d’élections particuliers, des Valentins et Valentines étaient désignés au sein d’une communauté et symboliquement accordés pour toute une année. Il s’agissait de garçons et de filles en âge de se marier et qui allaient ainsi partager une sorte d’alliance, de contrat moral, unis dans une amitié amoureuse. Cette association temporaire répondait à certaines obligations de part et d’autre mais n’aboutissait pas forcément au mariage.
La Vendée et la Lorraine ont conservé ces charmantes pratiques respectivement désignées sous les noms de Maraîchinage et Dônage mais le premier témoignage historique du Valentinage remonterait à Pépin le Bref qui en 755 ordonna d’en faire crier publiquement les bans à travers le royaume. Cependant les pays anglo-saxons donnèrent une forme spécifique à cette coutume qui avait de fortes racines en Irlande et en Ecosse depuis le Haut Moyen Âge. Nous pensons que l’origine de ce choix d’une compagne laissé à la providence remonterait à l’antiquité celtique. Cet héritage a très fortement imprégné le lyrisme anglo-saxon à travers le temps et dans un poème de George Buchanan, dramaturge écossais du XVIème siècle, nous lisons : Quisque legit dominam quam casto observit amore qui se traduit par :
Chacun choisit la Dame qu’il vénère d’un amour chaste.
Voilà qui est en parfait accord avec la conduite amoureuse des troubadours. Une très ancienne mélodie populaire anglaise chante d’ailleurs cette coutume ancestrale du tirage au sort ou du choix délibéré des futurs époux, mélodie que Shakespeare utilisera dans Hamlet lorsqu’il fera dire à la douce Ophélie, selon la traduction d’Alexandre Dumas :
Voici le matin
De Saint-Valentin,
Et je viens, mutine,
Vous dire bonjour,
Pour être à mon tour
Votre Valentine.
Beaucoup plus tôt Charles d’Orléans, prince et poète, fut tenu prisonnier à Londres durant quatorze ans mais certainement dans un climat de semi-liberté, ce qui lui permit de connaître maintes réjouissances d’outre-manche et de pouvoir introduire en 1440 à son retour à la Cour de France une Loterie des cœurs. Un auteur du temps de la Réforme, Naogeorgus, déplore la persistance païenne de cette coutume et Butler, au XVIIème siècle dans sa Vie des saints, rattache le Valentinage, qu’il nomme superstition, au rite qui entourait les fêtes de la Juno Februa du 15 février, l’Oracle d’Amour. Ce jour-là les jeunes filles gravaient leurs noms sur des tablettes que les garçons tiraient au sort. L’usage de la Loterie des cœurs avait été aussi apporté à la Cour de Savoie. En 1602, François de Sales qui fut évêque de Genève, s’inquiétait de l’immoralité provoquée par le Valentinage auquel prenaient part aussi bien de jeunes célibataires que des personnes mariées. Ne pouvant réussir à supprimer ce divertissement mondain il remplaça le tirage au sort des amants et amantes par celui de saints et de saintes à qui chacun devait se vouer durant une année : une pieuse pratique spirituelle qui sanctifiait exclusivement des fiançailles mystiques.
Des croyances relatives à cette date du 14 février associent la Saint-Valentin à la croissance printanière qui s’annonce et au chant des oiseaux. On dit que certains oiseaux font leur nid à partir du 14 février. C’est en effet en février que le chant des oiseaux change de ton et augmente de volume. Dans une mélodie anglaise évoquant la fête de Saint-Valentin nous lisons : VOIR ICI LA SUITE
SOURCE : Institut ILIADE pour la longue mémoire européenne.

