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PARIS : Jean-Marie CAVADA : « L’indépendance de la presse est aussi une réalité économique »

La Société des Droits Voisins de la Presse rappelle que l’indépendance éditoriale repose sur un modèle économique viable face à l’IA.

À l’approche de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée ce dimanche 3 mai, la Société des Droits Voisins de la Presse (DVP) met en lumière une dimension fondamentale mais souvent reléguée au second plan : la solidité économique comme condition sine qua non de l’indépendance éditoriale. Dans un secteur en pleine mutation, l’organisation souligne que la défense de ce principe passe impérativement par la mise en place d’un partage de la valeur juste et équilibré, notamment face aux géants du numérique et à l’essor de l’intelligence artificielle.

Un partage de la valeur menacé par l’IA

Le paysage médiatique contemporain est marqué par des défis structurels majeurs. La transition numérique, qui a concentré les usages sur un nombre restreint de grandes plateformes, et plus récemment le développement exponentiel de l’intelligence artificielle, bouleversent les modèles de production et de diffusion de l’information. Selon la DVP, cette nouvelle donne a placé la question du partage de la valeur au cœur des préoccupations.

Les contenus produits par les éditeurs de presse sont aujourd’hui massivement repris et exploités pour entraîner des systèmes d’IA. Ces derniers, en générant des résumés ou des synthèses, se substituent de plus en plus à la consultation des articles originaux, privant ainsi les médias de l’audience et des revenus qui leur sont dus. Cette situation, estime la DVP, fragilise directement la capacité des éditeurs à financer un journalisme de qualité, à maintenir des rédactions étoffées et, par conséquent, à garantir un pluralisme de l’information essentiel au débat démocratique.

Les droits voisins, un levier de rééquilibrage

Face à ce déséquilibre croissant, les droits voisins apparaissent comme un outil juridique et économique crucial. Conçus pour reconnaître la valeur intrinsèque des contenus de presse, ils visent à assurer aux éditeurs une juste rémunération pour l’utilisation de leurs productions dans l’écosystème numérique. La collecte de ces droits représente désormais un soutien concret et indispensable au financement des rédactions et à la pérennité des titres de presse.

Au-delà de son aspect purement financier, ce mécanisme participe activement à la vitalité démocratique. En contribuant à préserver un écosystème médiatique diversifié, il constitue une garantie pour une information fiable, indépendante et accessible à tous les citoyens. « On parle souvent de liberté de la presse comme d’un principe. Mais c’est aussi une réalité économique. Sans financement pérenne, il n’y a ni indépendance éditoriale, ni capacité à produire une information exigeante. Les droits voisins participent concrètement à cet équilibre, en reconnaissant enfin la valeur du travail des éditeurs dans l’économie numérique », souligne Jean-Marie Cavada, président de DVP.

Un appel urgent aux parlementaires

Si des progrès ont été accomplis ces dernières années, notamment dans l’application du principe de partage de valeur avec les plateformes, des défis majeurs persistent. L’émergence des nouveaux usages liés à l’intelligence artificielle rend d’autant plus impérative la consolidation du cadre légal. La DVP rappelle que le droit voisin, initialement contesté, a prouvé son efficacité en menant à des accords économiques concrets une fois la contrainte juridique fermement établie.

C’est dans cette même logique que s’inscrit la proposition de loi relative à la présomption d’utilisation des œuvres par les systèmes d’IA, adoptée à l’unanimité par le Sénat le 8 avril dernier. Alors que la conférence des présidents de l’Assemblée nationale doit se réunir prochainement, la DVP lance un appel solennel aux groupes parlementaires pour que ce texte soit examiné avant la pause estivale. « Laisser cette proposition de loi sans suite serait un signal préoccupant adressé à l’ensemble de la filière culturelle et informationnelle », prévient l’organisation. Garantir un financement juste de l’information, conclut la DVP, c’est avant tout protéger le débat démocratique.