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PARIS : Intelligence Artificielle – Les investissements massifs face au mur de la rentabilité

Une étude d’Allianz Trade révèle que si le cycle d’investissement dans l’IA reste robuste, les marchés exigent désormais des preuves de sa rentabilité.

L’euphorie initiale autour de l’intelligence artificielle (IA) cède la place à un examen plus pragmatique, où la question de la monétisation des investissements colossaux devient centrale. Selon une étude publiée ce mercredi 25 mars 2026 par Allianz Trade, si le supercycle des dépenses dans le secteur reste pour l’instant à l’abri des turbulences, l’attention des investisseurs se déplace drastiquement de la promesse de rentabilité vers la croissance réelle du chiffre d’affaires et la visibilité des flux de trésorerie.

Un supercycle d’investissement pour l’instant intact

Malgré un certain essoufflement de l’engouement et les risques de dilution des revenus pour le secteur des logiciels, les investissements dans l’IA ne faiblissent pas. Les plans des « hyperscalers » (géants du cloud et de la tech) sont éloquents : près de 575 milliards de dollars d’investissements, avec une hausse prévue de 50 % en 2026. Cette dynamique est soutenue par une demande qualifiée de « forte et anticyclique ».

L’étude souligne que la résilience de ce cycle tient à plusieurs facteurs. D’une part, les positions dominantes et les importantes réserves de trésorerie de ces acteurs majeurs réduisent leur sensibilité aux chocs macroéconomiques et géopolitiques. D’autre part, les investissements du secteur public s’accélèrent, portés par des programmes de souveraineté numérique et de développement des infrastructures. Le pipeline des centres de données reste ainsi extrêmement solide, avec une capacité qui devrait doubler pour atteindre environ 200 GW d’ici 2030, une tendance illustrée par le projet de l’Allemagne de doubler sa propre capacité sur cette période.

Volatilité énergétique et tensions géopolitiques en toile de fond

Le cycle d’investissement n’est cependant pas sans risques. L’étude rappelle que les dépenses technologiques ont toujours été sensibles aux chocs énergétiques, qui entraînent une hausse des taux d’intérêt et donc des coûts d’investissement. Aux États-Unis, la technologie est l’un des secteurs les plus affectés par les variations des prix de l’énergie, avec une corrélation négative d’environ 30 %.

Les tensions géopolitiques croissantes, notamment au Moyen-Orient, renforcent cette prudence et accélèrent une rotation des portefeuilles hors des valeurs technologiques à forte valorisation. S’y ajoute une vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement. Bien que les commandes liées à l’IA bénéficient d’un accès prioritaire aux semi-conducteurs, une nouvelle hausse de 50 % du coût des puces – comme celle observée au premier trimestre 2026 – pourrait retarder les projets et accentuer la dépendance envers des zones de production concentrées comme Taïwan et la Corée du Sud, elles-mêmes exposées aux risques sur l’approvisionnement en GNL et en hélium.

Une réallocation des capitaux à prévoir

Face à ce contexte, Allianz Trade anticipe que la volatilité pourrait modifier la répartition des dépenses plutôt que leur ampleur globale. Si les investissements à court terme semblent assurés, leur concentration actuelle sur les centres de données et le cloud pourrait évoluer. Les tensions actuelles mettent en évidence les risques liés à la concentration de la chaîne de production et pourraient favoriser une expansion de la fabrication d’équipements critiques et de matières premières hors d’Asie.

Cette réorientation pourrait rééquilibrer les investissements, en les détournant de la tendance actuelle privilégiant les logiciels et les services informatiques. La création de valeur s’annonce donc inégale : l’étude identifie des gagnants relatifs dans les semi-conducteurs et les équipements de télécommunications, et des segments plus en difficulté dans les logiciels et l’électronique grand public, où le risque d’exécution et la pression sur la réalisation des revenus sont les plus forts.