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PARIS : Installation de la statue de Voltaire de Léon Ern…

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PARIS : Installation de la statue de Voltaire de Léon Ernest DRIVIER au square Honoré-Champion

Après la Seconde Guerre mondiale, l’État confie au sculpteur Léon Ernest Drivier la réalisation d’un portrait en pied de Voltaire, grande figure du siècle des Lumières.

Installée dans le square HonoréChampion, à proximité de l’Institut de France, la statue a été dégradée à plusieurs reprises entre 2018 et 2020. En raison de son extrême fragilité, elle ne peut plus être présentée dans l’espace public. Le 11 juin 2024, Voltaire a retrouvé sa place au sein du square Honoré-Champion où une épreuve en résine, commandée par le Centre national des arts plastiques (Cnap), a été installée. Sa réalisation a sollicité l’expertise et le savoir-faire des Ateliers de la RMN–Grand Palais et de l’atelier d’art Prométhée.

Histoire du Voltaire de Léon Ernest Drivier

 Après la Seconde Guerre mondiale, l’État français prolonge la politique mémorielle de la IIIe République, en installant dans l’espace public des statues à l’effigie de personnages marquants de l’histoire de France. Le Bureau des Travaux d’art, chargé pour l’État de la politique de commande et d’achat aux artistes – dont le Cnap est aujourd’hui l’héritier – confie à Drivier la création d’une statue en pierre représentant Voltaire pour remplacer le bronze du sculpteur Joseph Marie Caillé, propriété de la ville de Paris, fondu durant l’occupation allemande.

Érigée en 1885 à proximité de l’Institut de France, la statue originale avait été commandée dans le cadre de la commémoration du centenaire de la mort du philosophe. Elle était placée à l’angle du quai Malaquais et de la rue de Seine, à proximité de l’Institut, pour faire écho à la carrière d’académicien de Voltaire, devenu immortel en 1746. Bien que disparue, plusieurs témoignages rendent compte de la sculpture et de son intégration dans l’espace urbain : citons notamment une esquisse en plâtre réalisée vers 1878 et conservée au Musée d’arts de Nantes. Après-guerre, Drivier s’inscrit dans la continuité du travail de Caillé, reprenant, pour son œuvre, la composition de son prédécesseur et lui empruntant la même facture classique. Fidèle à la statue originale, présentant le philosophe en habits d’époque, debout, un livre à la main, Drivier figure Voltaire en homme de lettres du XVIIIe siècle. Contrairement aux sculpteurs Jean-Antoine Houdon et Jean-Baptiste Pigalle qui avaient mis l’accent sur l’âge du philosophe, Drivier choisit de représenter Voltaire plus jeune. Confiée à la ville de Paris, la nouvelle sculpture est installée, au début des années 1960, dans le square Honoré-Champion, du nom de l’éditeur spécialisé dans les arts et les lettres. Elle y rejoint le buste de Montesquieu, un autre penseur du siècle des Lumières. Entre 2018 et 2020, la statue de Voltaire est vandalisée à plusieurs reprises, alors que sont pointées les ambivalences du personnage et de son siècle dans un contexte de relecture du passé colonial de notre société.

La statue de Voltaire : une longue tradition iconographique

 L’histoire tumultueuse du Voltaire, tout comme les nombreux hommages rendus au philosophe depuis le XVIIIe siècle, témoignent des perpétuelles relectures, historiques et politiques, dont font l’objet les « Grands hommes ». Ainsi Voltaire a-t-il très tôt incarné aux yeux de ses contemporains l’esprit des Lumières. Après la Révolution française, il est perçu comme une figure fondatrice de l’identité nationale. Fait significatif, Voltaire a été le premier homme de lettres auquel on consacra une statue de son vivant (Pigalle, Voltaire nu, 1776, musée du Louvre). À la fin du XIXe siècle et durant le siècle suivant, de nombreuses statues publiques, dont certaines figurent sur l’inventaire du Cnap, ont été commandées à différents artistes. La création d’un groupe sculpté en marbre, monument funéraire représentant Voltaire jeune, destiné à l’origine au Panthéon et désormais déposé dans la cour d’honneur du lycée Voltaire, est ainsi confiée, en 1907, au sculpteur Victor Ségoffin (FNAC 2944). Dans le cadre des grandes commandes artistiques des années 1980 et 1990, Voltaire a fait l’objet d’hommages mettant plus directement l’accent sur les positions précurseurs du philosophe concernant les droits fondamentaux. En 1996, l’artiste bosniaque Braco Dimitrijević réalise une étude pour la ville de Saint-Claude dans le Jura, visant à remplacer une sculpture de Voltaire fondue pendant l’Occupation. Dimitrijević combine, sur deux socles, des éléments de la statue originale – notamment une plume – et une réplique exacte du buste détruit (FNAC 96927). Quant au peintre Valerio Adami, il a choisi de revisiter le portrait type du philosophe à l’occasion du projet « Droits de l’homme et libertés » de la XIIIe Biennale de Paris (Voltaire, 1985, FNAC 35056).

Une technique pour l’espace public

S’inscrivant dans la longue histoire des plâtres réalisés dans les ateliers de moulage du Louvre, le Cnap a sollicité l’expertise des ateliers d’art de la Réunion des musées nationaux pour la réalisation d’une nouvelle épreuve du Voltaire. Forts de plus de deux siècles de savoir-faire, l’atelier a réalisé l’empreinte en élastomère sur l’œuvre originale en pierre. À partir de ce moule, l’Atelier Prométhée a réalisé un tirage en « résine marbre type Versailles », selon une technique garantissant sa durabilité, qu’il a mise au point en collaboration avec le château de Versailles. Le plâtre d’atelier, pièce unique qui a servi de base pour la réalisation du Voltaire en pierre, est, quant à lui, exposé au château de Voltaire à Ferney (Ain), géré par le Centre des monuments nationaux.

Biographie de Léon Ernest Drivier (Grenoble, 1878 – Paris, 1951)

 Élève de Louis Ernest Barrias à l’École des Beaux-arts de Paris, le peintre et sculpteur grenoblois Léon Ernest Drivier commence sa carrière dans l’atelier d’Auguste Rodin. Dès les années 1910, il s’éloigne de l’expressivité rodinienne pour s’engager dans une recherche de dépouillement, combinant inspirations antiques et simplification formelle dans le sillage de Bourdelle et Maillol. Cette épure classique lui vaut d’obtenir, dans l’entre-deux guerres, des achats de l’État et de nombreuses commandes institutionnelles qui renforcent en retour sa renommée. En 1937, il contribue ainsi au décor sculpté du Palais de Tokyo – le nouveau musée d’art moderne – et à celui d’un bassin du Trocadéro à l’occasion de l’Exposition internationale de Paris. La commande tient une place importante dans le parcours de Drivier après la Seconde Guerre mondiale – en témoignent la commande du Voltaire ou celle, plus tardive, d’une Piétà pour la commune de Barentin. Les œuvres de Drivier sont présentes dans de nombreuses collections publiques françaises : Centre national des arts plastiques, Musée national d’art moderne – Centre Pompidou, Musée d’art moderne de la ville de Paris, musée de Grenoble, La Piscine – Musée d’Art et d’Industrie André Diligent (Roubaix).

Installation

 Le 11 juin 2024, au square Honoré-Champion, l’installation de l’épreuve en résine du Voltaire de Léon Ernest Drivier a été inaugurée par Béatrice Salmon, Directrice du Cnap, par Jean-Pierre Lecoq, Maire du 6e arrondissement de Paris et par Karen Taïeb, Adjointe à la Maire de Paris en charge du patrimoine, de l’histoire de Paris et des relations avec les cultes.