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PARIS : Guillaume DUBOIS : « Ce dénouement est une victoire en demi-teinte pour le végétal »
L’Union européenne a tranché ce jeudi sur les dénominations végétales, interdisant le terme steak mais autorisant saucisse et nuggets.
C’est l’épilogue provisoire d’un long bras de fer entre les défenseurs de l’élevage intensif et les acteurs de l’alimentation végétale. Ce jeudi 5 mars 2026, à l’issue de négociations tendues, le trilogue européen — réunissant le Parlement, la Commission et le Conseil — a rendu son verdict concernant l’étiquetage des alternatives à la viande. L’accord entérine une approche hybride : si les termes d’usage courant comme « saucisse », « burger » ou « nuggets » restent autorisés pour les produits sans viande, d’autres dénominations, et en premier lieu le mot « steak », devraient être bannies des emballages.
Pour les acteurs de la filière, comme l’entreprise française HappyVore (https://happyvore.com/), ce compromis laisse un goût amer malgré quelques avancées notables. Guillaume Dubois, cofondateur de la marque, résume le sentiment général : « Ce dénouement est une victoire en demi-teinte ».
Trente et un termes désormais proscrits
La liste des interdictions établie par les négociateurs européens est précise. Au total, 31 termes seront prohibés pour désigner des denrées végétales. Parmi eux figurent sans surprise les noms faisant directement référence aux animaux, tels que « poulet », « bœuf » ou « porc ». L’interdiction s’étend également aux termes désignant des morceaux spécifiques comme « poitrine », « cuisse » ou « pilon ».
Cette décision fait écho à l’initiative de l’eurodéputée Céline Imart, qui avait relancé le débat il y a quelques mois en proposant une liste noire de plus d’une centaine d’appellations. Si l’accord final est moins restrictif que la proposition initiale, il marque tout de même un tournant réglementaire en validant l’interdiction du mot « steak », pourtant largement ancré dans les habitudes de consommation des flexitariens.
La fin de l’argument de la confusion ?
Le cœur du débat reposait sur la supposée « tromperie » du consommateur, un argument martelé par les lobbies de l’élevage. Pourtant, la justice française avait déjà balayé cette hypothèse. En avril 2024, le Conseil d’État avait annulé les décrets nationaux visant à interdire ces appellations, estimant qu’il n’y avait pas de risque de confusion.
Guillaume Dubois insiste sur ce point, saluant tout de même la préservation de termes comme saucisse ou nuggets : « Nous saluons cette décision qui tend à respecter la maturité des consommateurs. Comme le Conseil d’État français l’avait déjà affirmé le 10 avril 2024 en suspendant les décrets nationaux d’interdiction, il n’existe aucune confusion pour les citoyens : ils choisissent délibérément le végétal pour son impact et ses qualités nutritionnelles ».
Pour l’entrepreneur, cet accord envoie un signal contradictoire : l’Europe semble vouloir clore des débats sémantiques stériles pour se tourner vers l’avenir, tout en concédant une victoire symbolique aux lobbies traditionnels sur le terme « steak ».
Un débat qui occulte les vrais enjeux agricoles
Au-delà de la sémantique, les industriels du végétal regrettent que l’énergie politique de l’Union européenne se focalise sur l’étiquetage plutôt que sur les défis structurels. HappyVore, entreprise certifiée B Corp qui emploie 170 salariés, rappelle que l’urgence se situe ailleurs.
« Dans le contexte politique et économique actuel, nous espérons que l’Union européenne consacrera désormais toute son énergie aux réelles préoccupations des agriculteurs et des consommateurs », martèle Guillaume Dubois. Il plaide pour une vision plus ambitieuse : « L’urgence est à la construction d’une souveraineté alimentaire forte, capable de soutenir nos filières de légumineuses locales et de garantir une alimentation durable, saine et accessible à tous ».
À l’origine, cette législation devait renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement. Or, selon les critiques, ce débat sur les mots n’augmentera ni les revenus des exploitants ni leur accès au marché. De plus, ONG et entreprises pointent du doigt l’absence d’évaluation d’impact à l’échelle de l’UE et le manque de consultation publique, malgré les répercussions importantes pour les producteurs, les restaurateurs et la grande distribution.
Un parcours législatif encore inachevé
Si l’accord politique est scellé, le parcours législatif n’est pas totalement terminé. Les détails techniques du texte doivent être finalisés vendredi prochain. Par la suite, le texte sera officiellement soumis au vote du Conseil de l’Agriculture et des Pêches, puis à un dernier vote en séance plénière du Parlement européen.
D’ici là, HappyVore et ses partenaires, qui avaient réuni plusieurs dizaines de milliers de signatures via une pétition lancée le 1er octobre avec InterVeg, entendent poursuivre leur développement. « Nous continuerons à nous battre pour pouvoir proposer des produits végétaux aux consommateurs, et à leur permettre d’avoir des repères. Notre combat continue, en faveur de l’innovation et de la transition alimentaire », conclut Guillaume Dubois.

