PARIS : Gendarmerie, sonnette d’alarme sur les petites brig…
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PARIS : Gendarmerie, sonnette d’alarme sur les petites brigades
Le dernier rapport de la Cour des comptes dresse un constat sans appel : le modèle historique du « gendarme de village » se fissure.
Entre crise des vocations et fuite vers les unités d’intervention, un quart des brigades de proximité manquent de bras pour assurer leur mission.
C’est un document explosif que vient de publier la quatrième chambre de la Cour des comptes, présidée par Damien Cazé. Intitulé « L’urgence d’une adaptation », ce rapport met en lumière une réalité inquiétante qui touche nos territoires ruraux et périurbains : la grande évasion des effectifs. Alors que le maillage territorial repose sur la proximité, les chiffres révèlent une hémorragie interne. Sur les 2 955 brigades que compte la métropole, 1 307 présentent aujourd’hui des postes vacants. Plus grave encore, 186 brigades de proximité affichent un déficit d’effectifs supérieur à 25 %.
La crise des vocations pour la polyvalence.
Pourquoi les casernes se vident-elles ? L’analyse est claire : la brigade territoriale traditionnelle ne fait plus rêver les jeunes recrues. La polyvalence, autrefois cœur du métier, est délaissée au profit de la spécialisation et de l’action. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les départs des brigades vers les Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) ont explosé, passant de 166 par an en 2010 à 476 en 2024.
Cette « densification » des PSIG, voulue pour muscler la réponse opérationnelle, siphonne littéralement les ressources des petites unités. Les gendarmes cherchent l’action ou la stabilité géographique dans des zones attractives, fuyant les contraintes des petites brigades rurales où l’immobilier est souvent vétuste et la charge de travail nocturne, pesante.
Des brigades gérées par des « bleus ».
Cette désaffection a une conséquence directe sur le terrain : la chute vertigineuse du taux d’encadrement. Les gradés expérimentés manquent à l’appel. Le rapport pointe un déficit de 125 adjudants-chefs dans les brigades autonomes, un grade pourtant charnière pour le commandement. Résultat : des unités se retrouvent gérées par des gendarmes très jeunes, à peine sortis d’école, qui doivent traiter des procédures judiciaires de plus en plus complexes, notamment liées aux violences intrafamiliales.
Cette « juniorisation » des effectifs fragilise la capacité de réponse. Près d’un quart des brigades de proximité n’atteignent pas le seuil critique de 6 gendarmes, rendant difficile la constitution des patrouilles, notamment la nuit.
Le service public en péril ?
L’impact pour le citoyen est immédiat. Le délai moyen d’intervention s’est allongé, passant de 12 minutes en 2015 à 14 minutes et 17 secondes en 2023. De plus, près de 20 % des brigades sont ouvertes au public moins de 10 heures par semaine.
Dans ce contexte tendu, le plan de création des 239 nouvelles brigades, annoncé par l’exécutif, est sévèrement jugé par les magistrats de la rue Cambon. Pour Damien Cazé et ses équipes, ce projet risque d’accentuer la « dissémination des ressources » alors qu’il faudrait prioritairement renflouer les unités existantes qui sont à l’os. Plutôt que de construire de nouvelles coquilles qui peineront à se remplir, l’urgence est de redonner du sens et des moyens aux brigades actuelles pour éviter que la gendarmerie ne s’éloigne définitivement des territoires qu’elle protège.


