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PARIS : Gendarmerie – La Cour des comptes appelle à g…

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PARIS : Gendarmerie – La Cour des comptes appelle à geler les nouvelles brigades

Dans un rapport au vitriol, la Cour des comptes préconise de stopper net le plan de création des 239 brigades promis aux élus locaux pour privilégier le renforcement des unités existantes à l’agonie.

C’est une véritable douche froide pour les maires qui se sont battus pour obtenir le retour des képis dans leurs communes. Dans son rapport d’observations définitives publié ce 5 février 2026, la juridiction financière présidée par la quatrième chambre de Damien Cazé dresse un constat sans appel : le modèle territorial de la gendarmerie est « sous tension » et la création de nouvelles unités risque d’aggraver la situation.

L’annonce avait pourtant suscité un immense espoir dans nos territoires ruraux. En octobre 2023, l’exécutif promettait la création de 239 nouvelles brigades (fixes et mobiles) pour assurer une présence de proximité. Or, deux ans plus tard, les magistrats de la rue Cambon recommandent tout simplement de « suspendre la création de nouvelles brigades fixes » (recommandation n°4). Pour Damien Cazé et ses équipes, ce plan de remaillage généralisé accentue la « dissémination des ressources » alors même que le réseau actuel peine à fonctionner.

Des coquilles vides faute de gendarmes.

Le diagnostic est arithmétique et implacable. À quoi bon construire des casernes si l’on manque de militaires pour les armer ? Le rapport pointe un déficit structurel inquiétant : en 2024, il manquait 3 783 postes (officiers et sous-officiers) dans les groupements par rapport aux effectifs autorisés, soit un taux de vacance de 6,1 %. Dans certains départements ruraux comme la Meuse ou l’Aveyron, les vacances de postes dépassent les 9 %.

Pire, la Cour souligne que le schéma d’emploi pour 2025 est « nul », ne permettant pas de combler les trous. En créant de nouvelles entités, la Gendarmerie nationale risque de déshabiller Pierre pour habiller Paul, affaiblissant des unités voisines déjà exsangues. Aujourd’hui, près de 500 brigades de proximité comptent moins de cinq gendarmes, un effectif jugé critique qui ne permet plus d’assurer les patrouilles de nuit ou un accueil du public décent.

Des aberrations géographiques pointées du doigt.

Au-delà des effectifs, le rapport épingle la logique même de certaines implantations, dictées parfois davantage par l’opportunité politique locale que par la réalité opérationnelle. La Cour relève des incohérences flagrantes où de nouvelles brigades sont créées à quelques kilomètres seulement d’unités existantes.

Les exemples cités sont édifiants : dans le Nord, la nouvelle brigade de Zuydcoote se situe à seulement cinq minutes de véhicule de celle de Ghyvelde. Même constat dans le Pas-de-Calais, où la brigade de Sauchy-Lestrée a ouvert à cinq minutes de celle de Marquion. Pour les magistrats, ces doublons coûtent cher (184 millions d’euros par an en dépenses de personnel à terme) sans apporter de réelle plus-value sécuritaire, alors que des zones en forte croissance démographique, notamment périurbaines, restent sous-dotées.

Densifier plutôt que s’éparpiller.

Pour la Cour des comptes, l’urgence n’est pas à l’étalement, mais à la consolidation. Plutôt que de multiplier les petites structures vulnérables, le rapport préconise de « densifier » les brigades existantes. L’objectif est clair : supprimer d’ici 2030 les unités de moins de 11 gendarmes pour atteindre une taille critique permettant d’assurer l’intégralité des missions, de la police judiciaire aux interventions nocturnes.

Si le contact avec les élus reste une priorité via les dispositifs mobiles, la fin du « tout immobilier » semble inéluctable. Reste à savoir comment les élus locaux, très attachés à leur brigade comme dernier symbole du service public, accueilleront cette recommandation de gel qui sonne comme un désaveu des promesses de l’État.