PARIS : Etats généraux de la santé – La société civil…
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PARIS : Etats généraux de la santé – La société civile impose la santé au coeur de la future présidentielle
Face à un système de soin jugé à bout de souffle par une majorité de Français, une coalition inédite d’organisations lance une vaste consultation nationale pour placer la protection sociale au centre des débats électoraux à venir.
Paris, le lundi 17 novembre 2025. L’ambiance est grave, mais résolue. Alors que l’hiver s’installe sur la capitale, c’est un tout autre frimas que redoutent les acteurs de la santé : celui d’un gel des ambitions sociales et d’une dégradation irréversible de notre modèle de solidarité. C’est dans ce contexte de tension palpable que sept organisations majeures, menées notamment par la Mutualité Française, ont décidé de frapper un grand coup. Leur arme ? Les États généraux de la santé et de la protection sociale. Une initiative massive, citoyenne et transpartisane, destinée à sauver un héritage de 80 ans désormais « à la croisée des chemins ».
Un diagnostic sans appel : le crépuscule d’un modèle.
Le constat de départ est alarmant, presque clinique. Notre système de protection sociale, jadis envié par le monde entier pour ses succès sur la mortalité infantile ou l’espérance de vie, vacille sur ses bases. Les chiffres révélés par le sondage Odoxa, publié en partenariat avec *Le Figaro Santé*, agissent comme un électrochoc. 82 % des Français sont persuadés que le système deviendra plus inégalitaire à l’avenir. Plus inquiétant encore, 88 % d’entre eux craignent que le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 ne dégrade encore davantage la qualité des soins.
C’est pour répondre à cette angoisse collective qu’Eric Chenut, président de la Mutualité Française, et ses partenaires ont décidé d’agir. Il ne s’agit plus de réparer à la marge, mais de repenser la structure même de l’édifice. Les qualificatifs qui reviennent dans la bouche des citoyens — « déficitaire », « fragilisé » — témoignent d’une perte de confiance que la seule gestion comptable de l’État ne suffit plus à endiguer. L’analyse de fond est claire : le gouvernement gère la pénurie, là où la société civile réclame une vision. En lançant ces États généraux, les organisateurs actent l’échec du dialogue purement institutionnel et choisissent de contourner la bureaucratie pour s’adresser directement au peuple.
Une offensive démocratique orchestrée en trois actes.
La méthode choisie tranche par son ambition et son calendrier millimétré. Loin d’un simple colloque d’experts, c’est une véritable machine de guerre démocratique qui est mise en branle ce 17 novembre 2025. Le dispositif s’articule autour d’une plateforme numérique, `www.placedelasante.fr`, ouverte à tous jusqu’au 17 février 2026. L’objectif est de recueillir la parole brute des citoyens, des patients et des professionnels sans filtre.
Mais la démarche ne s’arrête pas à une boîte à idées virtuelle. Une phase de co-construction prendra le relais de mars à juillet 2026, avec des ateliers en régions et une convention démocratique, avant une phase de convergence à l’automne. Pour garantir l’intégrité et la transparence de ce processus complexe, deux figures éminentes ont été appelées en renfort : la professeure Agnès Buzyn et le professeur Antoine Flahault. En acceptant d’être les « garants » de ces États généraux, ils apportent une caution scientifique et morale indispensable pour crédibiliser la démarche face au scepticisme ambiant.
Cette stratégie de l’entonnoir — partir du terrain pour aboutir à des propositions systémiques — vise à produire du « lourd », du concret, capable de résister à la langue de bois politique. Comme l’indiquent les organisateurs, tous les sujets seront mis sur la table, « sans tabou ni totem », de la gouvernance au financement, en passant par la répartition des rôles entre public et privé.
L’union sacrée de la société civile face à l’État.
Ce qui frappe dans cette initiative, c’est l’hétérogénéité et la puissance de l’alliance qui la porte. On y retrouve bien sûr la Mutualité Française, forte de ses 32 millions de protégés, mais aussi les grands syndicats comme la CFDT et l’UNSA, l’Association des Assureurs Mutualistes, ainsi que les acteurs du soin et de l’aide comme la FEHAP, l’Uniopss et l’UNPS.
Cette « union sacrée » est un message politique en soi. Elle signifie que les corps intermédiaires, souvent malmenés ces dernières années, ont décidé de reprendre la main. Là où l’État semble paralysé par la dette et les injonctions contradictoires, la société civile s’organise. C’est une démonstration de force : ces organisations, qui maillent le territoire à travers des milliers d’établissements et de services, rappellent qu’elles sont les véritables garantes du lien social. Elles ne demandent pas l’aumône, elles proposent un nouveau pacte. Leur légitimité ? Celle du terrain. Comme le souligne l’UNSA, il s’agit de faire vivre un syndicalisme « utile et efficace », tandis que l’Uniopss met en avant son expertise auprès des plus vulnérables.
Le piège politique tendu aux futurs candidats.
L’agenda n’est évidemment pas fortuit. En prévoyant la restitution de leurs travaux pour l’automne 2026, Eric Chenut et ses alliés placent une bombe à retardement sur le chemin des futurs candidats à l’élection présidentielle. Les chiffres sont là pour appuyer cette stratégie de pression : 96 % des Français font de la préservation du système de santé un enjeu clé du scrutin, et 83 % assurent que les propositions des candidats dans ce domaine détermineront leur vote.
L’analyse politique de la manœuvre est limpide. Il s’agit de prémunir la santé contre le risque d’être la variable d’ajustement des programmes électoraux ou, pire, la grande oubliée des débats. En livrant un « clé en main » de réformes soutenues par la population à quelques mois de l’échéance suprême, les États généraux forcent les prétendants à l’Élysée à se positionner. Ils ne pourront plus se contenter de promesses vagues. Ils devront répondre à des propositions chiffrées et citoyennes. C’est une tentative de reprise de pouvoir par la base : imposer l’agenda social avant que l’agenda politicien ne reprenne ses droits.
Au-delà du soin : une vision globale de la solidarité.
Enfin, la force de ce dossier réside dans l’élargissement du périmètre de réflexion. Il ne s’agit plus seulement de parler d’hôpitaux ou de remboursement de médicaments. Les thématiques abordées — santé environnementale, grand âge, santé mentale, numérique, prévention — dessinent une vision holistique de la protection sociale. C’est une réponse directe à la demande des Français qui, à 76 %, estiment qu’une telle démarche peut créer une dynamique vertueuse.
En intégrant des sujets comme la santé au travail ou l’autonomie, les organisateurs, et notamment la FEHAP qui gère plus de 1500 organismes, montrent que la santé est un « fait social total ». Ils refusent le découpage technocratique des ministères pour embrasser la complexité de la vie des Français.
En conclusion, ces États généraux ne sont pas une énième consultation de forme. Ils sont le cri de ralliement d’une société civile qui refuse de voir son patrimoine commun, la Sécurité sociale et le système de santé, se déliter sous les coups de boutoir budgétaires. C’est un acte de foi dans la démocratie participative et une affirmation vibrante : la santé n’appartient pas aux comptables, elle est la propriété inaliénable de chaque citoyen. Le rendez-vous est pris pour l’automne 2026, où la voix du terrain devra, pour une fois, couvrir le bruit des promesses de campagne.