PARIS : Économie – Le chômage atteint 7,9 %, un recor…
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PARIS : Économie – Le chômage atteint 7,9 %, un record en 4 ans sur fond de crise industrielle
Selon une note d’Asterès, la hausse du chômage à 7,9 % au dernier trimestre 2025 révèle les faiblesses de l’industrie française face à la Chine.
La situation sur le front de l’emploi se dégrade en France. Selon les chiffres publiés ce matin par l’Insee pour le quatrième trimestre 2025, le taux de chômage a poursuivi sa progression pour atteindre 7,9 % de la population active, marquant une augmentation de 0,2 point sur le trimestre. Ce niveau est le plus élevé enregistré depuis le troisième trimestre 2021.
Cette dégradation, analysée dans une note du cabinet d’études économiques Asterès, n’est pas qu’une simple fluctuation statistique. Elle est le symptôme de difficultés plus profondes qui touchent le tissu productif national, mêlant des facteurs conjoncturels récents à des fragilités structurelles bien installées.
Un record en quatre ans
Les données brutes brossent un tableau préoccupant. Entre octobre et décembre 2025, le pays a enregistré 56 000 chômeurs supplémentaires, portant le total à 2,5 millions de personnes sans emploi. Sur une année complète, la hausse du taux de chômage s’élève à 0,6 point.
Cette tendance est d’autant plus inquiétante qu’elle place la France à contre-courant de certains de ses partenaires européens. Alors que des pays comme le Portugal, l’Espagne ou l’Italie connaissent une amélioration de leur marché du travail, la France voit son taux de chômage s’établir bien au-dessus de la moyenne de la zone euro, qui se situe à 6,3 %.
Le signal le plus alarmant concerne les jeunes. Pour la tranche d’âge des 15-24 ans, le taux de chômage a bondi de 2,4 points en un seul trimestre, pour atteindre le seuil critique de 21,5 %.
Instabilité politique et fragilité industrielle
Selon l’analyse d’Asterès, l’instabilité politique qui a marqué la fin de l’année 2025 a joué un rôle de frein sur les embauches. « Les entreprises ont besoin de visibilité et de stabilité pour engager des investissements et relancer les embauches », souligne la note. Le budget récemment adopté pourrait offrir un cadre plus lisible, une condition jugée nécessaire pour éviter une détérioration encore plus marquée du marché de l’emploi dans les mois à venir.
Cependant, ce facteur conjoncturel ne saurait tout expliquer. La hausse du chômage est avant tout le reflet des « fragilités persistantes du tissu productif français ». L’année 2025 a été marquée par une nouvelle vague de défaillances d’entreprises et, pour la première fois depuis plusieurs trimestres, par un solde négatif entre les ouvertures et les fermetures d’usines. Cet indicateur clé illustre une dynamique de réindustrialisation en panne, voire en recul.
La concurrence chinoise, une menace structurelle
Au-delà des frontières nationales, une menace économique majeure pèse sur l’industrie française et européenne : l’intensification de la concurrence chinoise. Cette pression s’exerce avec une force particulière dans des filières stratégiques comme l’automobile, la production de batteries ou la chimie.
L’économiste Lucile Bembaron, auteure de la note pour Asterès, détaille les ressorts de cette compétitivité agressive : « Elle repose sur des coûts de production nettement inférieurs, une forte intégration des chaînes de valeur, en particulier l’accès aux terres rares, des soutiens publics importants et une monnaie faible ».
En situation de surcapacité, l’appareil productif chinois déverse ses excédents sur les marchés mondiaux, notamment en Europe. Ces produits, vendus à bas prix, gagnent rapidement des parts de marché et fragilisent les industriels locaux, menaçant directement des milliers d’emplois.
L’Europe face à un arbitrage crucial
Face à cette situation, la réponse politique devient un enjeu déterminant. En France, des voix s’élèvent pour une stratégie plus protectionniste. Le haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, Clément Beaune, plaide ainsi pour un relèvement significatif des droits de douane européens sur les produits chinois, jusqu’à 30 %.
Toutefois, cette position ne fait pas l’unanimité au sein de l’Union européenne. L’Allemagne, dont l’économie est fortement dépendante de ses exportations vers la Chine, se montre beaucoup plus réticente à l’idée d’une escalade commerciale. Ces divergences illustrent la difficulté pour les Vingt-Sept à définir une stratégie industrielle et commerciale commune.
La France et l’Europe se retrouvent donc face à un dilemme complexe : protéger leurs industries au risque de s’engager dans une guerre commerciale mondiale, ou maintenir une ouverture qui pourrait coûter cher en termes d’emplois. « Ces arbitrages commerciaux et industriels constituent des enjeux économiques majeurs, notamment pour l’avenir de l’emploi en France », conclut l’analyse d’Asterès.