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PARIS : Environnement – La réutilisation des eaux usées, un atout stratégique pour l’agriculture

Avec seulement 1 % des eaux usées réutilisées en France, l’Institut Terram plaide pour faire de cette ressource un levier clé de la résilience agricole.

Alors que la France fait face à une intensification des épisodes de sécheresse et à des conflits d’usage croissants autour de la ressource hydrique, l’Institut Terram publie ce jeudi 19 février 2026 une étude majeure intitulée « Réutilisation des eaux usées traitées : un levier de résilience agricole ». Rédigé par l’économiste Esther Crauser-Delbourg et l’agronome Jean-Paul Bordes, ce rapport dresse un constat sans appel : avec 99 % des eaux usées traitées restituées au milieu naturel, la France dispose d’une marge de manœuvre considérable, encore largement inexploitée.

Une ressource de substitution, pas un miracle

L’étude (disponible ici : https://institut-terram.org/) tient à clarifier d’emblée un malentendu fréquent : la Réutilisation des Eaux Usées Traitées (REUT) ne crée pas de nouvelle ressource. Elle permet de substituer une eau déjà mobilisée et traitée à des prélèvements dans les milieux naturels. « Elle modifie l’organisation du cycle hydrologique en raccourcissant le retour de l’eau vers certains usages », précise le document.

Cette solution technique s’avère particulièrement pertinente pour les territoires littoraux, les zones agricoles situées à proximité des stations d’épuration ou les bassins versants soumis à des déficits estivaux récurrents. L’objectif est clair : sécuriser l’accès à l’eau pour les agriculteurs et anticiper les restrictions administratives qui menacent la pérennité des exploitations.

Un modèle économique à deux vitesses

Le rapport de l’Institut Terram aborde avec lucidité la question du coût. L’eau issue de la REUT demeure plus onéreuse que celle prélevée directement dans le milieu naturel. Cette réalité économique crée une fracture entre les différentes filières agricoles.

Pour les grandes cultures à faible valeur ajoutée, comme les céréales, ce surcoût représente un frein structurel difficile à surmonter sans aide. En revanche, pour l’arboriculture, la viticulture ou le maraîchage, la REUT apparaît comme un investissement stratégique acceptable. Elle offre une assurance contre les aléas climatiques, sécurisant les rendements et la qualité des productions à haute valeur ajoutée.

Les auteurs plaident pour une approche collective du financement. Les bénéfices de la REUT dépassant le seul cadre agricole (maintien de l’activité économique locale, préservation des milieux), ils appellent à une implication financière de l’ensemble des acteurs : agriculteurs, collectivités, agences de l’eau et État.

La France en retard sur ses voisins

Si la dynamique s’accélère depuis le Plan Eau de 2023, la France accuse un retard notable par rapport à d’autres nations confrontées au stress hydrique. L’étude propose un benchmark international éclairant. En Espagne, la réutilisation atteint 15 % des volumes et constitue une réponse structurelle à la pénurie. En Israël, ce taux grimpe à près de 90 %, la REUT étant planifiée à l’échelle nationale comme un pilier de la sécurité hydrique.

Ces exemples étrangers démontrent que la réussite de tels projets repose sur une confiance forte dans la qualité sanitaire de l’eau et une volonté politique inscrite dans la durée.

L’acceptabilité sociale au rendez-vous

Longtemps considérée comme un obstacle, l’opinion publique semble désormais prête à accepter cette évolution. Selon le baromètre Kantar/CIEAU de 2024 cité par l’étude, 82 % des Français jugent souhaitable le recours aux eaux usées traitées pour l’agriculture et l’industrie face au changement climatique. Cette adhésion reste toutefois conditionnelle : elle exige une transparence totale sur la qualité de l’eau et des garanties sanitaires irréprochables.

Une vision territoriale globale

Pour Esther Crauser-Delbourg et Jean-Paul Bordes, la technologie ne suffit pas. La REUT doit être pensée comme une « chaîne de valeur territoriale » articulant trois niveaux : l’amont (la gouvernance et les équilibres du bassin versant), le projet technique (son modèle économique) et l’aval (l’usage agricole).

« La REUT ne constitue pas une réponse unique à la crise hydrique. Elle s’inscrit dans une stratégie globale associant sobriété, efficacité des usages, adaptation des systèmes agricoles et protection des milieux », concluent les auteurs.

Pour consulter l’intégralité de l’étude et les recommandations détaillées, rendez-vous sur le site de l’Institut Terram (https://institut-terram.org/).