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PARIS : Dr Maxime DELBARRE : « Le problème n’est pas…

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PARIS : Dr Maxime DELBARRE : « Le problème n’est pas l’écran, mais notre manière de l’utiliser »

Dans une tribune, le chirurgien ophtalmologue Maxime Delbarre alerte sur l’impact de l’exposition prolongée aux écrans et appelle à repenser nos usages.

Télétravail, apprentissage numérique, smartphones et plateformes de streaming ont durablement transformé le quotidien, plaçant nos yeux en première ligne d’une sollicitation sans précédent. Face à l’augmentation des consultations pour fatigue visuelle, sécheresse oculaire ou troubles de la concentration, le Dr Maxime Delbarre, chirurgien ophtalmologue, livre une analyse approfondie des enjeux liés à l’explosion des écrans chez les adultes comme chez les plus jeunes.

Des usages en cause, plus que l’objet

Contrairement à une idée répandue, le principal problème ne viendrait pas de l’écran en lui-même, mais de la manière dont il est utilisé. Selon le spécialiste, les comportements à risque sont clairement identifiés : un temps d’exposition prolongé en vision de près, une diminution des pauses visuelles et une réduction significative de la fréquence de clignement des yeux. « Notre système visuel est conçu pour alterner en permanence entre vision de près et vision de loin », rappelle le Dr Delbarre. Or, lorsqu’un écran monopolise l’attention, l’effort accommodatif devient continu, provoquant tensions oculaires, troubles de concentration et maux de tête.

Lumière bleue : un débat scientifique persistant

Si les écrans émettent bien une part de lumière bleue, son impact direct sur la santé rétinienne humaine fait encore l’objet de débats. Des recherches en laboratoire ont montré qu’une forte exposition pouvait induire un stress oxydatif sur la rétine. Toutefois, le Dr Delbarre précise qu’« à ce jour, aucune preuve clinique solide n’a démontré qu’une utilisation habituelle des écrans provoquait directement une maladie rétinienne chez l’humain ». Le consensus scientifique actuel se concentre davantage sur les effets avérés que sont la fatigue visuelle et la sécheresse oculaire. Le sujet reste néanmoins étudié de près, notamment en raison de l’exposition de plus en plus précoce des enfants.

Fatigue et sécheresse, conséquences directes

Deux mécanismes expliquent les symptômes les plus courants. D’une part, la sollicitation continue de la vision de près entraîne une fatigue du système visuel. D’autre part, la concentration sur un écran diminue la fréquence et l’amplitude des clignements, ce qui empêche une bonne hydratation de la surface oculaire. Le film lacrymal s’évapore plus vite, causant des sensations de brûlure, de picotements ou de « sable dans les yeux ». Ce phénomène est particulièrement ressenti par les porteurs de lentilles de contact. Pour certains patients, les écrans agissent comme un révélateur, mettant en lumière une fragilité préexistante ou un trouble visuel jusque-là non corrigé (myopie, hypermétropie, astigmatisme).

Une explosion mondiale de la myopie

Les projections internationales sont alarmantes : près d’une personne sur deux pourrait être myope d’ici 2050. Plusieurs études ont établi une corrélation entre la progression de la myopie chez les enfants, l’augmentation du travail en vision de près et la diminution du temps passé en extérieur. Si les écrans ne sont pas l’unique responsable, ils s’inscrivent dans cette transformation globale des modes de vie. Le temps passé dehors jouerait un rôle protecteur essentiel, grâce à l’exposition à la lumière naturelle et à la stimulation de la vision de loin.

Apprendre à mieux utiliser les écrans

Pour le Dr Delbarre, l’enjeu n’est pas de diaboliser le numérique mais d’adopter des réflexes préventifs. Il recommande des mesures simples, comme faire des pauses régulières, varier les distances de regard et ajuster la luminosité. Il insiste sur la règle du « 20-20-20 : toutes les 20 minutes, regarder au loin pendant 20 secondes à environ 20 pieds (6 mètres) ». Une vigilance particulière est de mise pour les enfants, dont le système visuel est en plein développement, en encadrant leur temps d’exposition de manière raisonnable. « Préserver sa vision aujourd’hui, ce n’est pas renoncer aux écrans. C’est apprendre à mieux les utiliser », conclut-il.

Le Dr Maxime Delbarre est un chirurgien ophtalmologiste basé à Montpellier et Saint-Jean-de-Védas, spécialisé en chirurgie réfractive et de la cataracte. Plus d’informations sont disponibles sur son site officiel (https://ophtalmologue-montpellier.fr).