PARIS : Dassault Aviation – Un projet emblématique de…
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PARIS : Dassault Aviation – Un projet emblématique de coopération dans la défense européenne (SCAF)
Dassault Aviation représente la France dans ce projet emblématique de coopération dans la défense européenne lancé en 2017 par Emmanuel Macron et la chancelière de l’époque Angela Merkel, rejoint par l’Espagne en 2019.
Dassault Aviation a accusé mercredi Airbus de saboter le projet, au moment où les dirigeants français et allemand arbitrent entre le maintien du projet en l’état ou l’option à deux avions.
Éric TRAPPIER, a déclaré : « Nous savons faire des avions de combat en France. Celui qui est le plus compétent doit être le leader. Si Airbus, qui agit pour le compte de l’Allemagne et l’Espagne, « maintient » sa posture, « le projet est mort ».
Le différend autour du SCAF dépasse largement un simple désaccord technique. Il s’agit d’un conflit stratégique, industriel et politique, accumulé sur plusieurs années et désormais pleinement visible. Les déclarations de Friedrich Merz affirmant que l’Allemagne « n’a pas besoin du même avion que la France » en constitue une illustration révélatrice.
Une divergence à trois niveaux :
- Divergence stratégique
La France considère le SCAF comme un pilier de sa souveraineté militaire et industrielle, destiné à succéder au Rafale et à préserver une autonomie stratégique européenne. L’Allemagne adopte une approche plus pragmatique et atlantiste, comme en témoigne l’acquisition de F‑35 américains, et affiche des attentes différentes quant aux capacités du futur appareil. - Conflit industriel
Le blocage industriel repose principalement sur la répartition des responsabilités. Dassault entend conserver la maîtrise du chasseur de nouvelle génération, domaine où son expertise est reconnue, tandis qu’Airbus Allemagne réclame une codirection ou un partage plus équilibré, jugé inacceptable par la partie française. Cette rivalité empêche la stabilisation de la gouvernance et ralentit le programme. - Tensions politiques
Les relations franco‑allemandes se sont dégradées sur plusieurs dossiers structurants (énergie, défense, industrie). Le SCAF est devenu un symbole de ces divergences : Berlin reproche à Paris une volonté hégémonique, tandis que Paris dénonce l’instabilité des positions allemandes et un manque de clarté stratégique.
Un tournant politique majeur
Affirmer que l’Allemagne n’a pas besoin d’un avion commun revient à remettre en cause le principe même du programme : cela ouvre la voie à des versions divergentes, voire à des programmes distincts, et fragilise la crédibilité du projet. L’hypothèse d’un « divorce technique » n’est désormais plus théorique.
Des causes structurelles
Les analyses convergent vers un constat commun : le SCAF souffre d’objectifs nationaux incompatibles, d’une gouvernance insuffisamment définie et d’un empilement de compromis non stabilisés. Cette crise pourrait également fragiliser d’autres coopérations majeures, notamment le programme MGCS.
Scénarios envisageables
Trois trajectoires apparaissent plausibles :
– Un compromis tardif, au prix d’un profond rééquilibrage industriel ;
– Le développement de deux avions distincts ;
– Un retrait allemand, laissant la France et l’Espagne poursuivre seules le programme.
Enjeux pour la France
L’échec du SCAF aurait des conséquences majeures : perte de souveraineté technologique, affaiblissement durable de la base industrielle et technologique de défense, recul de l’influence française en Europe et fragmentation accrue du paysage militaire européen.
Alternatives possibles
La France disposerait alors de plusieurs options : un programme national successeur du Rafale, une coopération resserrée avec l’Espagne, un élargissement à d’autres partenaires européens ou une convergence partielle avec le programme britannique Tempest. Toutes impliquent toutefois des arbitrages lourds, industriels comme politiques.
En définitive, les divergences franco‑allemandes sur le SCAF apparaissent profondes et structurelles, rendant de plus en plus illusoire la perspective d’un avion unique pleinement commun.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME, envoyé spécial à Saint Cloud (PRESSE AGENCE – LA GAZETTE DU VAR).

