PARIS : Dany BERNARD : « Arrêtez de vendre des fonctionnali…
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PARIS : Dany BERNARD : « Arrêtez de vendre des fonctionnalités, vendez une émotion »
Le Québécois Dany Bernard, dont l’invention Fondussimo a été sauvée par un buzz en France, s’y implante et partage les leçons de son parcours.
Après avoir conquis 200 000 foyers en Amérique du Nord, l’entreprise québécoise Fondussimo a officiellement lancé en 2025 sa commercialisation en France. Un retour aux sources pour son fondateur, Dany Bernard, un ancien machiniste qui a tout appris sur le tas. Son invention, un système de fondue à paniers perforés, a connu un échec cuisant sur Kickstarter en 2017 avant d’être sauvée par un buzz inattendu, parti de l’Hexagone. Aujourd’hui, fort d’un parcours marqué par la résilience, il partage les leçons tirées de ses succès et, surtout, de ses échecs.
Un lancement européen porté par la reconnaissance
L’histoire de Fondussimo est intimement liée à la France. En 2017, après une campagne de financement participatif désastreuse avec zéro euro récolté, le projet semblait mort-né. C’était sans compter sur un internaute français qui, quelques semaines plus tard, a partagé une vidéo du produit sur Facebook. Le résultat fut spectaculaire : un million de vues en 48 heures et une vague de commentaires enthousiastes qui ont généré les premières commandes. « C’est la France qui a cru en moi avant tout le monde. Aujourd’hui, je reviens avec un produit mûr, testé par 200 000 foyers, et je veux dire merci à ce pays qui m’a sauvé », raconte Dany Bernard.
L’entrepreneur voit dans le marché français une évidence culturelle. « Les Français ont quelque chose que nous avons perdu en Amérique du Nord : un vrai rapport à la table. Manger ensemble est un rituel sacré. La fondue incarne cette convivialité », poursuit-il. L’entreprise, qui a installé ses entrepôts en France en 2024, vise à équiper 5 000 foyers français sur l’année 2025-2026 et prépare des partenariats avec la grande distribution. Fondussimo (www.fondussimo.com/fr-eu) est une entreprise québécoise qui propose une gamme d’appareils permettant de réaliser des fondues au bouillon, au fromage ou au chocolat.
Conseil n°1 : Vendre une émotion, pas une technologie
Le premier échec de Dany Bernard fut une leçon de marketing. Sur Kickstarter, il présentait Fondussimo comme un « système électrique breveté avec paniers perforés innovants ». Une approche technique qui n’a séduit personne. « J’étais fier de mon invention, j’expliquais la technologie. Mais les gens ne veulent pas acheter une innovation, ils veulent acheter un moment », analyse-t-il. Le déclic est venu avec la vidéo virale, qui montrait simplement une famille riant autour de la table. Le message a alors radicalement changé. « J’ai arrêté de parler d’innovation et j’ai commencé à parler de convivialité. Je vends ce que la vie moderne nous a volé : du temps ensemble, sans écran. C’est ça que les gens achètent », explique l’entrepreneur, qui conseille : « Si votre produit répond à un vrai besoin mais ne se vend pas, le problème n’est jamais le produit, c’est votre message ».
Conseil n°2 : Piloter la croissance par la trésorerie
Après des débuts fulgurants où le chiffre d’affaires a triplé chaque année, Fondussimo a fait face au piège de l’hypercroissance. Pour répondre à la demande, Dany Bernard a recruté 12 personnes en six mois. Mais quand les ventes ont stagné, la masse salariale est devenue un fardeau, menaçant l’entreprise de faillite. Il a dû se résoudre à licencier huit collaborateurs. « Licencier des gens qui ont cru en toi, c’est admettre que tu t’es planté. Mais c’était ça ou couler l’entreprise », déclare-t-il. Il en tire une règle d’or : recruter sur la base de la trésorerie disponible, et non sur des prévisions optimistes. « Une petite équipe rentable vaut mieux qu’une grande équipe qui coule le navire. Privilégiez la pérennité sur la vitesse », affirme-t-il.
Conseil n°3 : La vérité du terrain avant les certitudes
L’entrepreneur met en garde contre l’excès de confiance. Il pensait avoir tout prévu pour sa campagne Kickstarter, mais le marché lui a donné tort. C’est en écoutant les commentaires et en ajustant son discours qu’il a trouvé la bonne formule. Pour son implantation en France, il n’a pas reproduit cette erreur, étudiant minutieusement les habitudes de consommation et les attentes culturelles locales. « J’ai appris que les Français ne cuisinent pas comme les Nord-Américains et que la fondue ici a une dimension sociale plus forte », précise-t-il. Son conseil est sans appel : « Vos convictions ne valent rien face au marché. Testez, écoutez, ajustez. Le terrain a toujours raison ».
La résilience, clé de voûte de l’entrepreneur
Le parcours de Dany Bernard est avant tout une histoire de persévérance face à l’adversité. En 2018, alors qu’il investit toutes ses économies dans une première production, il découvre que les anneaux de ses appareils sont défectueux. Au même moment, il traverse une séparation difficile et se retrouve sans logement fixe, vivant dans des chambres d’hôtel. Le point de rupture est atteint lorsqu’un client, recevant son troisième produit défectueux, l’appelle, excédé. « Seul dans ma chambre de motel, submergé par le désespoir, j’ai crié « Qu’est-ce que je fais ?! ». Je pensais sincèrement que c’était la fin », confie-t-il.
C’est dans ce moment de vulnérabilité absolue qu’une idée surgit : contacter l’artisan qui l’avait aidé sur son premier prototype. Cette décision le sauve. Il investit ses derniers 15 000 dollars dans un nouveau moule et met en place une stratégie de reconquête basée sur une transparence totale. Lors d’un festival, il vend ses produits en donnant sa carte de visite personnelle à chaque client : « Si ça brise, vous m’appelez ». Le nouveau modèle s’avère parfait. Il contacte alors un par un les 1 500 premiers clients et leur envoie gratuitement la pièce de rechange. « Cette période a été la plus difficile de ma vie, mais elle m’a appris l’essentiel : le service client est primordial, et il ne faut jamais abandonner », conclut-il.


