PARIS : Cybersécurité – Les disclaimers, rempart juri…
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PARIS : Cybersécurité – Les disclaimers, rempart juridique ou illusion protectrice des entreprises ?
À l’instar de Bpifrance, les entreprises multiplient les avertissements sous leurs courriels pour se prémunir des risques juridiques et de sécurité.
Ils sont devenus une partie intégrante, bien que souvent ignorée, de la communication professionnelle par courriel : ces longs paragraphes de texte légal qui concluent systématiquement les messages des entreprises. Cet avertissement, ou « disclaimer », dont Bpifrance offre un exemple type, soulève une question fondamentale sur son efficacité réelle. Entre bouclier juridique, outil de sensibilisation à la cybersécurité et formalisme administratif, quelle est la véritable portée de ces mentions que des millions de salariés et de clients lisent en diagonale chaque jour ?
L’analyse de ces textes, comme celui utilisé par la banque publique d’investissement, révèle une stratégie de protection sur plusieurs fronts.
Le message est clair : le contenu est « confidentiel et destiné exclusivement à l’usage de ses destinataires ». Cette première clause vise à poser un cadre de confidentialité strict.
Une protection juridique à la portée limitée
Sur le plan juridique, l’objectif principal est de limiter la responsabilité de l’entreprise. En cas de réception d’un courriel par erreur, le destinataire est sommé de le détruire et d’en avertir l’expéditeur.
De plus, « toute utilisation, non conforme à sa destination, […] ainsi que toute diffusion ou toute publication, totale ou partielle, sont strictement interdites, sauf autorisation expresse ».
Cependant, la valeur contraignante de cette mention unilatérale est sujette à débat. Pour les juristes, un tel avertissement ne constitue pas un contrat en soi. Sa principale fonction est probatoire : en cas de litige, il permet à l’entreprise de démontrer qu’elle a pris des mesures pour informer le destinataire du caractère confidentiel des informations transmises. Il sert à mettre le récepteur en garde et à le priver de l’excuse de la bonne foi s’il venait à divulguer des données sensibles. Il s’agit donc moins d’une barrière infranchissable que d’un argument de poids dans une éventuelle procédure judiciaire.
Le message de l’auteur, pas celui de l’entreprise
Un autre axe de protection concerne la dissociation entre les opinions de l’employé et la position officielle de l’entreprise.
La formule « Les idées et opinions présentées dans ce message sont celles de son auteur, et ne représentent pas nécessairement celles de Bpifrance » est un classique du genre.
L’objectif est de se prémunir contre des propos inappropriés, diffamatoires ou engageants tenus par un salarié qui pourraient être imputés à l’entreprise. Là encore, cette clause n’est pas une garantie absolue. La responsabilité de l’employeur peut toujours être engagée au titre de la responsabilité du fait de ses préposés. Néanmoins, ce disclaimer démontre l’existence d’une politique interne visant à encadrer la communication des salariés et peut jouer en faveur de l’entreprise pour atténuer sa responsabilité.
Cybersécurité : un rappel plus qu’une barrière technique
Le volet cybersécurité est également central.
L’avertissement de Bpifrance souligne que « L’Internet ne permettant pas d’assurer l’intégrité de ce message, Bpifrance et ses filiales déclinent toute responsabilité au titre de ce message, dans l’hypothèse où il aurait été altéré, déformé ou falsifié ». Cette mention acte la vulnérabilité intrinsèque des communications électroniques.
De même, la recommandation de prendre ses propres mesures « pour assurer la non-introduction de virus » vise à transférer une partie de la charge de la sécurité informatique sur le destinataire.
Il ne s’agit pas d’une protection technique, mais d’une tentative de limiter la responsabilité en cas de transmission d’un logiciel malveillant. Le disclaimer agit ici comme un outil de sensibilisation permanent, rappelant à tous les interlocuteurs les risques inhérents au monde numérique. Au final, bien que son efficacité directe puisse être questionnée, cet avertissement constitue un élément essentiel de la politique de conformité et de gestion des risques des organisations modernes, un rappel constant que chaque courriel est un document potentiellement engageant et vulnérable.


