PARIS : Crise au Moyen-Orient – Le secteur du transpo…
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PARIS : Crise au Moyen-Orient – Le secteur du transport craint une désorganisation logistique majeure
L’Union TLF analyse les impacts en cascade du conflit au Moyen-Orient sur les chaînes d’approvisionnement aériennes, maritimes et routières.
L’offensive militaire américano-israélienne contre l’Iran, initiée le 28 février dernier, provoque des perturbations d’une ampleur inédite sur les routes commerciales mondiales. Dans une analyse publiée ce jour, l’Union des Entreprises de Transport et de Logistique de France (Union TLF) et sa branche internationale TLF Overseas dressent un état des lieux alarmant des conséquences pour les opérateurs de la chaîne logistique, du fret aérien au transport routier national.
Trafic aérien : hubs paralysés et capacités réduites
Les répercussions sur le transport aérien ont été immédiates et massives. Depuis le début des hostilités, plus de 30 000 vols ont été annulés, soit une contraction d’environ 20 % du trafic mondial. Le secteur du fret est particulièrement touché, avec une chute drastique de la capacité disponible de 30 % sur le corridor Asie–Moyen-Orient–Europe et de 25 % sur l’axe Inde–États-Unis.
La fermeture des espaces aériens syrien, irakien, koweïtien et bahreïni, combinée au fonctionnement extrêmement dégradé des hubs stratégiques de Dubaï, Abu Dhabi et Doha, paralyse une partie des échanges. Les compagnies du Golfe, telles qu’Emirates, Qatar Airways et Etihad, tentent de maintenir une activité cargo minimale en redéployant des vols vers l’Europe et la Chine. En France, les réservations de fret vers le Golfe Persique sont suspendues ou sous embargo, forçant les opérateurs à rechercher des solutions alternatives via Mascate ou Riyad.
« L’arrêt brutal des hubs de Dubaï, Abu Dhabi et Doha a créé une discontinuité majeure dans les échanges entre l’Union européenne et l’Asie du Sud-Est. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est une recomposition en urgence des flux, avec des surcoûts qui se répercutent sur l’ensemble de la chaîne : hausse des taux de fret de 5 à 15 % sur les axes Asie-Europe, Europe-Asie, Europe-Océanie ainsi que Asie–États-Unis, augmentation des surcharges carburant, et des délais d’acheminement qui s’allongent significativement », analyse Philippe de Crécy, Président de TLF Overseas.
Transport maritime : une désorganisation à l’échelle mondiale
La situation en mer est tout aussi critique. Bien que non officiellement fermé, le détroit d’Ormuz est de facto neutralisé. Les grandes compagnies maritimes ont ordonné à leurs navires de se mettre à l’abri, suspendant toutes les réservations vers la région. Au 2 mars, 138 porte-conteneurs, dont des unités de CMA CGM, MSC et Cosco, étaient immobilisés. Cette situation s’ajoute au contournement du canal de Suez, déjà en place depuis fin 2023 en raison des menaces en mer Rouge.
Le marché de l’assurance a réagi vivement : le Comité des Assureurs Maritimes et Transports de France (CESAM) a élevé le niveau de dangerosité du Golfe Persique à 8 sur 8, son maximum, rendant les couvertures d’assurance standard inopérantes. Les surcharges d’urgence annoncées par les armateurs, de 1 500 à 4 000 dollars pour les destinations du Golfe, ainsi que la flambée de 35 % du prix du carburant de soute (VLSFO), se traduisent par des hausses tarifaires généralisées.
« La crise du Golfe produit exactement l’effet redouté : une désorganisation qui se propage en cercles concentriques, des ports du Golfe jusqu’aux hubs asiatiques de Singapour et de Malaisie, en passant par l’ensemble des routes commerciales mondiales. Les chargeurs français doivent anticiper non seulement des délais allongés et des surcoûts immédiats, mais aussi une instabilité durable des taux de fret sur des routes qui, a priori, semblaient épargnées », souligne Anne-Sophie Fribourg, Vice-Présidente de TLF Overseas.
Le transport routier français en première ligne
L’onde de choc atteint désormais le transport routier de marchandises (TRM) en France. La flambée des prix du pétrole a entraîné un bond de plus de 16 % du prix du gazole en moins de deux semaines, portant sa hausse à près de 22 % depuis le début de l’année. Pour un secteur où le carburant représente un quart des coûts et dont la majorité des entreprises sont des TPE-PME, l’impact sur la trésorerie est brutal.
« Le transport routier de marchandises assure 90 % des flux de marchandises en France. Nos entreprises, dont 85 % sont des TPE-PME, opèrent avec les marges les plus faibles d’Europe, dans un contexte déjà fragilisé par trois années d’activité atone et un niveau de défaillances inédit depuis trente ans. Une hausse aussi soudaine du carburant peut rapidement mettre en péril des entreprises qui n’ont pas les reins suffisamment solides pour l’absorber le temps que la répercussion s’opère », alerte Jean-Thomas Schmitt, Président de l’Union TLF.
Face à cette crise, l’organisation professionnelle se mobilise auprès des pouvoirs publics pour garantir l’application du mécanisme légal de répercussion des coûts et réfléchir à des mesures d’aide à la trésorerie, tout en accompagnant ses adhérents.
L’Union des Entreprises de Transport et de Logistique de France (Union TLF), dont le site est accessible à l’adresse https://www.e-tlf.com, est l’organisation professionnelle représentant l’ensemble des métiers de la chaîne du transport et de la logistique en France. Ses adhérents emploient plus de 234 000 salariés dans le pays.


