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PARIS : Contester les technosciences, leurs raisons

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PARIS : Contester les technosciences, leurs raisons

Depuis le milieu des années 1990, une nébuleuse d’organisations partageant les mêmes préoccupations mènent des campagnes et des luttes communes en France afin de contester les technologies émergentes.

Ces associations, groupes et collectifs dénoncent les risques qui seraient liés à l’application de ces technologies pour la santé, l’environnement, l’économie ou les libertés publiques.

Eddy Fougier décrypte dans cette note les raisons évoquées par les mouvements contestataires pour justifier leur action. En effet, cette critique des risques technologiques émergents s’inscrit dans une contestation de l’évolution des sciences et des techniques. Ces mouvements considèrent que la science s’est transformée en une « technoscience » : une alliance de la science, de la technique et du marché qui produit les nouvelles technologies contestées. Il s’agit notamment des organismes génétiquement modifiés (OGM), des nanotechnologies et des ondes électromagnétiques, dont ils récusent l’utilité et craignent les effets toxiques sur la santé et nuisibles pour l’environnement.

Demandant l’application du « principe de précaution » tel qu’ils l’entendent, ces mouvements s’appuient sur trois modes d’action. Le premier est une pression indirecte exercée sur les pouvoirs publics en prenant à témoin l’opinion publique d’un scandale. Le second consiste à s’adresser directement aux pouvoirs publics en appuyant leurs positions d’une expertise scientifique. Enfin, le troisième s’appuie sur une action directe pour mettre en place de facto un « principe de précaution », ou pour nuire aux technologies incriminées.

Ces technologies et ces mouvements contestataires suscitent de vifs débats : ils peuvent aussi bien générer de l’espoir et des craintes. Il est donc difficile de se faire une idée précise sur ces enjeux, aussi techniques que complexes, dans le contexte d’un débat passionnel, voire « idéologique ». On pourrait toutefois penser que ce débat reflète un sentiment d’impuissance face à l’avenir, exprimé de façon de plus en plus manifeste par une partie de l’opinion. Aux yeux des contestataires, l’État, les entreprises ou encore les scientifiques ne joueraient plus leur rôle de garants du bien commun et de la santé des citoyens.

Eddy Fougier,

Politologue, consultant indépendant, chargé d’enseignement à Sciences Po Aix-en-Provence et à l’Audencia Business School.

SOURCE : Fondation pour l’innovation politique – La Newsletter du 30 avril 2024