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PARIS : Christophe LESUR : « Choisir l’européen, c’est parfois choisir la complexité »

Alors que 1 100 dirigeants réclament une préférence continentale, le directeur général de Cloud Temple insiste sur l’effort concret qu’exige la souveraineté numérique.

Stéphane Séjourné et plus de 1 100 dirigeants européens viennent de lancer un appel massif pour instaurer une préférence européenne dans les secteurs stratégiques. Si le consensus politique semble acquis, la traduction de cette volonté dans l’économie réelle reste un défi majeur. Christophe Lesur, directeur général de Cloud Temple, acteur majeur du cloud de confiance, apporte un éclairage sans concession sur ce fossé entre les intentions politiques et la réalité des affaires.

« Cette tribune signée pour défendre la préférence européenne dans nos secteurs stratégiques est une initiative nécessaire. Soyons honnêtes, entre les tribunes et la réalité du terrain, il y a un gouffre », analyse Christophe Lesur.

Accepter l’inconfort stratégique.

Pour le dirigeant, la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit au prix d’efforts quotidiens qui vont souvent à l’encontre des habitudes de marché et de la simplicité apparente. « La vérité, c’est que c’est inconfortable. Choisir l’européen, c’est parfois choisir la complexité sur la facilité. C’est accepter de prendre des chemins moins balisés », explique-t-il.

Il pointe du doigt une barrière psychologique et économique forte : la réputation établie des géants d’outre-Atlantique, ancrée depuis des décennies. « C’est renoncer au prestige immédiat des logos américains qui rassurent les investisseurs et impressionnent dans les pitchs », ajoute le directeur général, précisant que son entreprise a fait ce choix « pas par idéologie, mais par conviction ».

Lutter contre la « paresse intellectuelle ».

L’expert met en garde contre la naïveté consistant à croire que des mesures législatives suffiront à combler le retard technologique. « Le soft power américain s’est construit sur 70 ans d’investissements massifs, d’écosystèmes intégrés et d’excellence technique. Croire qu’on le concurrencera avec quelques subventions et de belles intentions, c’est de la paresse intellectuelle », tranche Christophe Lesur.

Si les annonces récentes de Henna Virkkunen en faveur d’un paquet législatif sur la souveraineté numérique sont saluées, elles ne dispensent pas les acteurs économiques de leurs responsabilités opérationnelles. Selon Christophe Lesur, la préférence européenne « doit être un choix quotidien : celui des DSI, des dirigeants, des investisseurs, des politiques publiques ».

Des solutions existantes mais sous-utilisées.

Contrairement aux idées reçues, l’écosystème européen propose déjà des alternatives crédibles et performantes. Le dirigeant cite notamment Vates, Plakar, Fairphone, SiPearl, 2051® ou encore Scality. « Ce qui manque, c’est notre volonté collective de les choisir », regrette-t-il.

Pour Cloud Temple, l’heure n’est plus aux déclarations de principe mais à l’action concrète dans les appels d’offres et les arbitrages budgétaires. « Le chemin du désengagement des technologies US est long. Très long. Mais chaque jour où nous choisissons la facilité, nous repoussons notre autonomie d’une  décennie », conclut Christophe Lesur.