PARIS : Benoit BURIDANT : « On a peur de décider seul dans…
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PARIS : Benoit BURIDANT : « On a peur de décider seul dans un monde illisible »
Une enquête Odoxa pour Frenchfounders montre que les patrons français expatriés craignent l’instabilité mondiale mais prévoient d’investir.
Malgré un contexte international jugé particulièrement instable, les dirigeants francophones à l’étranger conservent un optimisme économique certain et maintiennent leurs projets d’investissement pour 2026. C’est le principal enseignement de la première vague de l’Observatoire des dirigeants français à l’international, une étude réalisée par Odoxa pour le réseau Frenchfounders et publiée ce mardi. L’enquête, menée entre février et mars 2026 auprès d’un échantillon de 302 dirigeants, dresse un portrait contrasté de ces décideurs, partagés entre la confiance dans leurs marchés locaux et une profonde anxiété face aux tensions géopolitiques.
Un optimisme économique nuancé par les risques géopolitiques
Les chiffres révèlent une confiance économique majoritaire : 62 % des dirigeants interrogés se disent confiants concernant le climat économique dans leur zone d’activité. Cet optimisme se traduit par des intentions d’investissement solides, puisque 43 % d’entre eux prévoient de les augmenter en 2026, contre seulement 18 % qui envisagent une baisse. Cette confiance varie cependant fortement selon les régions, culminant à 73 % en Asie-Pacifique et 66 % en Amérique du Nord, tandis qu’elle est plus mesurée en Europe (57 %) et particulièrement en France (46 %).
Toutefois, cette dynamique est assombrie par une préoccupation majeure et quasi unanime : l’instabilité géopolitique. Pour 76 % des sondés, les conflits internationaux représentent le principal frein potentiel à leur expansion. Cette crainte est particulièrement vive au Moyen-Orient, où elle est citée par 85 % des dirigeants. Fait notable, les politiques commerciales des grandes puissances sont perçues comme des menaces directes. Les États-Unis arrivent en tête, leur politique étant jugée menaçante pour l’économie mondiale par 84 % des dirigeants, nettement devant la Chine (74 %) et la Russie (58 %). L’Union européenne, quant à elle, n’est considérée comme une menace que par 17 % des répondants.
L’Asie plébiscitée, l’Europe et la France en retrait
En termes d’attractivité, les dynamiques territoriales sont claires. La zone Asie-Pacifique est plébiscitée comme la plus attractive pour investir ou développer une activité en 2026 (61 %), suivie par l’Amérique du Nord (45 %). L’Europe (hors France) arrive loin derrière avec 33 %. La France, avec seulement 15 %, peine à convaincre.
Le jugement sur l’Union européenne est mitigé : seuls 47 % des dirigeants la jugent attractive. L’image de la France est également ambivalente. Si 69 % la considèrent encore comme une « Terre d’innovation et de business », près de la moitié d’entre eux (48 %) estiment que c’est « de moins en moins le cas ». Ce sentiment de déclin a des conséquences concrètes : 63 % des dirigeants interrogés n’envisagent pas d’investissement ou de retour d’activité significatif en France dans les deux prochaines années.
Stratégies 2026 : Réseaux, talents locaux et IA prudente
Face à un environnement complexe, les dirigeants se tournent vers leurs pairs. L’enquête souligne l’importance capitale du partage d’expérience : 90 % estiment que le réseautage est important pour valider leurs décisions stratégiques. « Quand on dirige une entreprise à l’international en 2026, on n’a pas peur des marchés. On a peur de décider seul dans un monde illisible. Les dirigeants que nous avons interrogés jugent la politique commerciale américaine menaçante et citent l’instabilité géopolitique comme leur premier frein. Et pourtant, presque la moitié prévoient d’investir davantage cette année. Pas parce qu’ils sont inconscients, mais parce qu’ils sont connectés à ceux qui savent », analyse Benoit Buridant, CEO et cofondateur de Frenchfounders.
Sur le plan des ressources humaines, la priorité absolue pour 2026 sera le recrutement de profils locaux (84 %). Concernant l’intelligence artificielle, l’adoption reste progressive. Seul un tiers des dirigeants (32 %) lui accorde un rôle déterminant dans leur stratégie. Pour la majorité, son intégration se situe encore à un stade opérationnel, en soutien à la productivité interne (45 %), ou exploratoire (32 %). L’IA est principalement déployée dans les services informatiques (80 %) et le marketing (77 %), mais reste encore peu présente dans les fonctions finances (37 %) et ressources humaines (38 %).
L’étude complète est disponible sur le site d’Odoxa (https://www.odoxa.fr/wp-content/uploads/2026/05/Frenchfounders-Observatoire-des-dirigeants-francais-a-linternational-Presentation-des-resultats-Mai-2026.pdf).


