PARIS : Asthme – Une maladie sous-estimée responsable…
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PARIS : Asthme – Une maladie sous-estimée responsable de 900 décès évitables par an
Le réseau CRISALIS alerte sur la sous-estimation de l’asthme en France, une pathologie chronique qui cause encore 900 décès par an.
À l’approche de la Journée mondiale de l’asthme, qui se tiendra le 5 mai 2026, les experts du réseau de recherche clinique CRISALIS (F-CRIN) lancent un avertissement sévère. Malgré des avancées thérapeutiques significatives, cette maladie inflammatoire chronique reste largement sous-estimée et insuffisamment prise en charge sur le territoire national. Les chiffres témoignent de l’urgence : touchant 6 à 8 % de la population, l’asthme est à l’origine de 60 000 hospitalisations et de près de 900 décès chaque année, un bilan jugé inacceptable par les spécialistes.
Une pathologie chronique encore banalisée
L’un des principaux obstacles à une prise en charge efficace est la perception erronée de la maladie. L’asthme, qui se manifeste par une inflammation des bronches provoquant toux, sifflements et gêne respiratoire, n’est pas une affection ponctuelle. Il s’agit d’une pathologie chronique évoluant tout au long de la vie. Cependant, les phases d’accalmie donnent souvent aux patients et à certains soignants l’illusion d’une guérison, conduisant à une banalisation dangereuse. La maladie est alors considérée comme un simple antécédent plutôt que comme une condition nécessitant un suivi régulier et structuré, ce qui aboutit à des prises en charge insuffisantes et parfois inadaptées.
Des pratiques médicales à harmoniser
Les recommandations internationales, notamment celles du Global Initiative for Asthma (GINA), ont évolué, mais leur application sur le terrain reste hétérogène. La principale recommandation est de ne plus se contenter de traitements basés uniquement sur des bronchodilatateurs de courte durée d’action, au profit de l’utilisation de corticoïdes inhalés, même pour les patients aux symptômes peu fréquents. Or, par manque de temps, de formation ou de connaissance des nouvelles thérapies, ces directives peinent à être adoptées, particulièrement en médecine de premier recours.
« La prise en charge de l’asthme connaît aujourd’hui une véritable transformation, notamment grâce à l’émergence de traitements biologiques ciblés. Ces thérapies innovantes permettent une approche plus personnalisée, en tenant compte des mécanismes inflammatoires propres à chaque patient. Elles offrent de nouvelles perspectives, en particulier pour les formes sévères de la maladie, longtemps difficiles à contrôler », explique le Pr Pascal Chanez, pneumologue allergologue à l’AP-HM et membre du réseau CRISALIS.
« Malgré ces progrès, l’accès à une prise en charge optimale reste très inégal sur le territoire. Les disparités concernent à la fois l’accès aux spécialistes, comme les pneumologues et les allergologues, et les conditions socio-économiques des patients. Même des patients peu symptomatiques peuvent présenter un risque d’exacerbation grave. L’objectif est donc clair : tendre vers zéro passage aux urgences ».
La coordination des acteurs, un enjeu majeur
Pour les experts, une part significative des 900 décès annuels, notamment chez les enfants et adolescents, pourrait être évitée par un diagnostic précoce et un meilleur suivi. Les passages fréquents aux urgences pour des crises graves soulignent les failles du système actuel. La clé réside dans une meilleure collaboration entre tous les professionnels de santé.
« La coordination des acteurs est clairement un levier essentiel d’amélioration. Les patients doivent recevoir un discours cohérent et homogène des différents professionnels impliqués dans leur prise en charge (médecins généralistes, pneumologues, allergologues, pharmaciens), afin d’éviter toute confusion et favoriser leur adhésion au traitement », poursuit le Pr Arnaud Bourdin, chef du service Pneumologie, Allergologie et Oncologie thoracique au CHU de Montpellier, et membre du réseau CRISALIS.
« Chaque consultation médicale devrait être l’occasion de réévaluer le contrôle de l’asthme. Le développement d’outils comme le dossier médical partagé ou l’implication croissante des pharmaciens, notamment dans la vaccination des patients asthmatiques, vont dans ce sens, mais nécessitent encore d’être structurés ».
Vers une approche préventive et globale
Le réseau CRISALIS insiste sur une prise en charge globale qui intègre les facteurs environnementaux et comportementaux. L’exposition aux allergènes, la pollution, le tabagisme, le vapotage ou encore l’alimentation jouent un rôle déterminant. Loin d’être contre-indiquée, une activité physique adaptée est même encouragée pour améliorer la qualité de vie. Les outils numériques et l’intelligence artificielle pourraient également jouer un rôle croissant pour améliorer l’observance des traitements et faciliter l’accès des soignants aux dernières recommandations scientifiques. La recherche s’oriente désormais vers la prévention, en explorant l’impact de l’environnement dès la grossesse pour mieux comprendre les interactions génétiques et limiter l’apparition de la maladie.
Pour sensibiliser les professionnels, une table ronde avec des experts mondiaux se tiendra en ligne le 5 mai de 17h à 18h (inscription sur le site de l’ERS : https://r.votredircom.com/mk/cl/f/sh/1f8JIKXwHGZcrSdoCxQ1aRKq2L/0XTacmGhW1-V). Parallèlement, des initiatives pour le grand public, soutenues par la Fondation du Souffle, seront déployées tout le mois de mai.
Le réseau CRISALIS (https://www.crisalis-network.org/), labellisé par F-CRIN (https://www.fcrin.org), regroupe des cliniciens et chercheurs de 16 centres hospitalo-universitaires et 25 centres partenaires en France, dédiés à l’amélioration de la recherche et de la prise en charge de l’asthme sévère.


