PARIS : Art Paris 2024 – Le mouvement des Arts and Cr…
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PARIS : Art Paris 2024 – Le mouvement des Arts and Crafts
Le mouvement des Arts and Crafts (Arts et Artisanats) est né à la fin du XIXe au Royaume-Uni.
Foire régionale et cosmopolite, orientée vers la découverte, Art Paris 2024 affiche une forme olympique pour sa 26ème édition qui se tient du 4 au 7 avril au Grand Palais Éphémère : 136 galeries d’art moderne et contemporain de 25 pays triées sur le volet, une sélection toujours plus exigeante et un renforcement de la présence internationale. Deux thématiques distinguent également cette édition : Fragiles utopies. Un regard sur la scène française et Art & Craft, portées respectivement par les commissaires d’exposition invités Éric de Chassey et Nicolas Trembley. Les secteurs Promesses pour les jeunes galeries et Solo Show défrichent les nouveaux talents et revisitent les figures historiques. En 2024, Art Paris s’engage davantage dans le soutien à la scène française en lançant avec BNP Paribas Banque Privée, partenaire premium officiel de la foire, le Prix BNP Paribas Banque Privée. Un regard sur la scène française d’une dotation de 30 000 euros.
Par Nicolas Trembley, commissaire invité
Le mouvement des Arts and Crafts (Arts et Artisanats) est né à la fin du XIXe au Royaume-Uni en réaction à l’industrialisation et à la production de masse de l’époque victorienne. Le groupe d’artistes qui le composait, mené par William Morris, cherchait à restaurer la qualité de l’artisanat et à promouvoir la valeur artistique du travail manuel tout en cherchant à abolir la distinction entre beaux-arts et arts appliqués. L’idée sous-jacente de cette réforme, c’était l’intégration de l’art dans tous les aspects de la vie quotidienne, des objets fonctionnels au mobilier à la décoration intérieure en passant par les vêtements, les bijoux, tout en valorisant l’utilisation de matériaux qui respectaient la nature comme le bois, le verre, la laine ou la terre.
Ce mouvement a eu une influence majeure dans l’Histoire de l’art et dans celle du design ou de l’architecture et servira de base à d’autres tendances internationales comme le constructivisme russe, le Bauhaus allemand ou le Mingei japonais au début du XXe. Ces courants continuent d’inspirer la scène artistique contemporaine. L’artiste Sheila Hicks, présente dans ce focus, en est un exemple vivant. Élève de Josef Albers, elle est l’héritière d’un esprit moderniste pour lequel les distinctions entre beauxarts, design et décoration ne sont plus essentielles. Ses nombreuses années passées au Mexique lui ont permis d’examiner les pratiques textiles de l’Amérique précolombienne. De manière similaire, le travail de Karina Bisch fait référence à de nombreuses femmes artistes liées à cette histoire des relations entre art et artisanat comme Gunta Stölzl, qui développa le département textile du Bauhaus, ou encore la constructiviste russe Varvara Stepanova.
Le philosophe Soetsu Yanagi, fondateur de la pensée Mingei, a défendu la culture du peuple Aïnou, l’un des plus anciens groupes ethniques du Japon ainsi que l’artisanat coréen. Shiro Tsujimura, sélectionné pour ce focus, est devenu céramiste à la suite d’une rencontre fortuite avec un bol à thé au musée folklorique Mingei de Tokyo. La coréenne Jane Yangd’Haene renouvelle quant à elle les traditionnelles « jarres-lune » de stockage alimentaire de la dynastie Joseon que Soetsu Yanagi collectionnait. Pour tous ces penseurs importants, l’artisan anonyme est considéré comme un artiste et les traditions vernaculaires des savoir-faire artisanaux devaient être revalorisées au sein de la création contemporaine. On retrouve ainsi dans cette idée d’un artisanat élargi des références aussi bien aux arts premiers qu’à des cultures non occidentales. Le craft est l’un des champs culturels où les circulations et les échanges multiples des formes et des idées dans le contexte des avant-gardes a constitué un modernisme élargi qui préfigure les questions de globalisation contemporaine.
L’idée d’un art universel, accessible au plus grand nombre qui se développe en parallèle des canons de l’Histoire de l’art moderne et qui prend également en compte une dimension sociale et anthropologique continue d’être présent plus que jamais. Historiquement, des divisions arbitraires ont été établies entre la tête et la main, la pratique et la théorie, l’artisan et l’artiste, et notre société souffre toujours de cet héritage. Cependant on assiste depuis quelques décennies à un renouveau dans l’art contemporain de pratiques artisanales qui déconstruisent les hiérarchies des catégorisations classiques. Beaucoup d’artistes développent aujourd’hui un intérêt pour des matériaux comme la céramique ou le textile et les processus artistiques et techniques qui leur sont affiliés. Ce regain d’intérêt dérive sans doute d’une vision de l’art désormais globalisée et de l’intégration de pratiques issues de minorités ainsi que de la reconnaissance des femmes artistes trop souvent restées à la périphérie de l’histoire de l’art et reléguées à des activités dites domestiques. L’art moderne a exclu bon nombre de pratiques qui coexistaient sans problème au début du XXe pour encloisonner les différents médiums, les hiérarchiser et mettre au rebut ou marginaliser certains procédés et groupes d’artistes. Nous vivons une période où l’on réévalue cet héritage qui inclut aussi bien les arts et traditions populaires que le folklore. Ce focus s’en veut la démonstration.

