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PARIS : Alexia ADDA : « Le vapotage expose à une nouvelle forme de dépendance »
Face aux risques identifiés par l’Anses, Alexia Adda invite à privilégier les protocoles cliniques pour se libérer durablement de la nicotine.
Pendant de nombreuses années, la cigarette électronique a bénéficié d’une aura favorable, souvent perçue par le grand public et les fumeurs comme l’alternative « miracle » au tabac traditionnel. Cette perception est aujourd’hui remise en question par les autorités sanitaires. Le verdict de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) marque un tournant dans l’approche de la vape : si vapoter demeure statistiquement moins meurtrier que de fumer des cigarettes classiques, cette pratique est loin d’être anodine ou dénuée de risques pour l’organisme.
L’agence a en effet identifié pas moins de 106 substances préoccupantes présentes dans les aérosols générés par ces dispositifs. Cette donnée scientifique change la donne et invite à reconsidérer le statut de la cigarette électronique : elle ne doit plus être envisagée comme un nouveau mode de vie anodin ou récréatif, mais strictement comme un outil médical de transition, à utiliser avec précaution et sur une durée limitée.
Un outil de transition devenu une habitude chronique
Le constat dressé par les professionnels du secteur est préoccupant. L’usage de la cigarette électronique, initialement conçu pour accompagner le sevrage tabagique vers un arrêt total, tend à s’installer dans la durée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 70 % des vapoteurs maintiennent leur pratique depuis plus de quatre ans.
Au lieu de permettre un sevrage complet de la nicotine, la e-cigarette semble installer les utilisateurs dans une nouvelle forme de dépendance chronique. L’objectif initial de « ne plus fumer » est atteint, mais il est remplacé par une consommation quotidienne d’aérosols, maintenant ainsi l’addiction comportementale et chimique.
L’expertise clinique face à la dépendance
Face à cette réalité de santé publique, les experts en addictologie tirent la sonnette d’alarme. C’est le cas d’Alexia Adda, CEO du laboratoire français Klava Innovation, une structure spécialisée dans la lutte contre les addictions. Elle apporte un éclairage indispensable sur les mécanismes à l’œuvre.
« Le vapotage peut constituer une aide transitoire pour certains fumeurs, mais il expose, dans la durée, à une nouvelle forme de dépendance comparable à celle du tabac », analyse Alexia Adda.
Pour cette experte, il est crucial de différencier l’arrêt du tabac de la sortie de l’addiction. Si la vape élimine les goudrons et la combustion, elle ne traite pas nécessairement le fond du problème addictif, laissant l’usager prisonnier de sa consommation de nicotine.
Le retour aux méthodes validées par la HAS
Pour sortir de cette impasse et garantir un sevrage efficace et sécurisé, Alexia Adda recommande de se tourner vers les protocoles officiels. « Les méthodes cliniquement validées recommandées par la Haute Autorité de Santé (HAS), en particulier l’association des substituts nicotiniques et de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), qu’elle soit dispensée en ligne ou en présentiel, restent aujourd’hui les plus efficaces », précise-t-elle.
Ces approches médicales combinent une aide physiologique, via les substituts, et une aide psychologique via les TCC, permettant de travailler sur les habitudes et les réflexes liés au tabagisme. L’efficacité de cette combinaison est prouvée statistiquement. « Elles permettent de multiplier par deux les chances d’arrêt à 6 mois, sans les risques associés à la vape », ajoute la dirigeante de Klava Innovation.
Retrouver une véritable liberté
L’enjeu sanitaire actuel dépasse donc la simple cessation du tabagisme. Il s’agit de permettre aux patients de retrouver une véritable liberté face à la nicotine, sans la remplacer par un autre dispositif contraignant. L’Anses et les laboratoires spécialisés s’accordent désormais sur une ligne directrice claire : pour un sevrage réussi, durable et sans danger pour la santé à long terme, l’accompagnement médical et thérapeutique doit être privilégié face à l’automédication par la vape.


