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PARIS : Alexeï NAVALNY : « Voici à quoi devrait ressemble…

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Floriane Dumont
17 Mar 2024

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PARIS : Alexeï NAVALNY : « Voici à quoi devrait ressembler la Russie de l’après-Poutine »

Le leader de l’opposition russe Alexeï Navalny purge une peine de neuf ans dans une colonie pénitentiaire russe à sécurité maximale.

Ce texte, transmis par son équipe juridique au Washington Post, a été publié le 30 septembre 2022 ; l’équipe de la Fondation pour l’innovation politique en propose une traduction, de l’anglais au français.

À quoi ressemble une fin souhaitable et réaliste de la guerre criminelle déclenchée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine ? Si l’on examine les principaux propos tenus par les dirigeants occidentaux à ce sujet, l’essentiel est que la Russie (Poutine) ne doit pas gagner cette guerre. L’Ukraine doit rester un État démocratique indépendant capable de se défendre.

C’est exact, mais il s’agit d’une tactique. La stratégie devrait consister à faire en sorte que la Russie et son gouvernement, naturellement, sans coercition, ne veuillent pas déclencher de guerres et ne les trouvent pas désirables. C’est sans doute possible. Pour l’instant, l’envie d’agression vient d’une minorité de la société russe.

À mon avis, le problème de la tactique actuelle de l’Occident ne réside pas seulement dans le manque de précision de son objectif, mais dans le fait qu’elle ignore la question suivante : à quoi ressemblera la Russie une fois les objectifs tactiques atteints ? Même si le succès est au rendez-vous, où est la garantie que le monde ne se retrouvera pas face à un régime encore plus agressif, tourmenté par la rancoeur et des idées impérialistes qui n’ont pas grand-chose à voir avec la réalité et avec une économie frappée de sanctions mais encore importante, en état de mobilisation militaire permanente ? Et avec des armes nucléaires qui garantissent l’impunité pour toutes sortes de provocations internationales ? Il est facile de prédire que, même en cas de défaite militaire douloureuse, Poutine déclarera toujours qu’il a perdu non pas contre l’Ukraine mais contre « l’ensemble de l’Occident et l’OTAN », dont l’agression a été déclenchée pour détruire la Russie.

Puis, en recourant à son habituel répertoire postmoderne de symboles nationaux – des icônes aux drapeaux rouges, de Dostoïevski aux ballets –, il jurera de créer une armée si forte et des armes d’une puissance sans précédent que l’Occident regrettera le jour où il nous a défiés, et que l’honneur de nos grands ancêtres sera vengé. Nous assisterons alors à un nouveau cycle de guerre hybride et de provocations, qui finira par déboucher sur de nouvelles guerres. Pour éviter cela, la question de la Russie d’après-guerre doit devenir la question centrale – et non un élément parmi d’autres – pour ceux qui aspirent à la paix. Aucun objectif à long terme ne peut être atteint sans un plan visant à garantir que la source des problèmes cesse de les créer. La Russie ne doit plus être l’instigateur de l’agression et de l’instabilité. C’est possible, et c’est ce qui devrait être considéré comme une victoire stratégique dans cette guerre.

Il y a plusieurs choses importantes qui se passent en Russie et qu’il faut comprendre. Tout d’abord, la jalousie à l’égard de l’Ukraine et de ses éventuels succès est une caractéristique innée du pouvoir postsoviétique en Russie ; elle était également caractéristique du premier président russe, Boris Eltsine. Mais depuis le début du règne de Poutine et, surtout, après la révolution orange qui a débuté en 2004, la haine du choix européen de l’Ukraine et le désir d’en faire un État en déliquescence sont devenus une obsession durable non seulement pour Poutine mais aussi pour tous les hommes politiques de sa génération. Le contrôle de l’Ukraine est l’article de foi le plus important pour tous les Russes ayant des vues impérialistes, des fonctionnaires aux gens ordinaires. Selon eux, la Russie combinée à une Ukraine subordonnée équivaut à une « renaissance de l’URSS et de l’empire ». Sans l’Ukraine, dans cette optique, la Russie n’est qu’un pays qui n’a aucune chance de dominer le monde. Tout ce que l’Ukraine acquiert est retiré à la Russie.

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SOURCE : Fondation pour l’innovation politique – La Newsletter du 29 février 2024