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PARIS : Alain MANOUKIAN : « Le facteur humain fait échouer 70 % des transmissions d’entreprise »
Selon l’expert Alain Manoukian, l’échec des transmissions d’entreprises est moins financier que psychologique, un enjeu majeur pour l’économie.
La France fait face à un mur générationnel : des milliers de dirigeants de PME et d’ETI approchent de l’âge de la retraite, mais le pays accuse un retard critique dans la préparation de leur succession. Chaque année, alors que 170 000 PME et 7 000 ETI sont concernées par cet enjeu vital de transmission, le constat est alarmant. Seules 15 % des entreprises sont effectivement transmises d’une génération à l’autre, un chiffre bien en deçà de nos voisins européens. Plus inquiétant encore, près de 70 % des dirigeants ne sont pas préparés à cette étape cruciale.
Alain Manoukian, fondateur de Croissance & Coaching et spécialiste de l’accompagnement des dirigeants, tire la sonnette d’alarme. Loin des dispositifs fiscaux comme la loi Dutreil ou des audits financiers, le véritable obstacle à une transmission réussie est ailleurs. Il réside dans le facteur humain, trop souvent négligé au profit des bilans comptables.
Un enjeu plus psychologique que financier
« Une entreprise n’est pas qu’un stock d’actifs, c’est un capital immatériel composé de savoir-faire, de relations de confiance et d’une culture fragile », analyse Alain Manoukian.
Or, c’est précisément ce capital qui est menacé. L’échec de la transmission n’est pas seulement une affaire privée, il expose l’ensemble du tissu économique français à une perte sèche de compétences et de souveraineté. La principale cause de blocage est d’ordre psychologique. Pour un dirigeant qui a consacré sa vie à bâtir son entreprise, la cession s’apparente souvent à une perte d’identité sociale, à un véritable « deuil du pouvoir ». Sans un projet de vie clairement défini pour l’après, le cédant peut, même inconsciemment, s’accrocher à son rôle et saboter involontairement l’opération. L’ego du dirigeant devient alors le premier risque de la transaction.
Le choc des cultures, conséquence directe de l’impréparation
Ce manque de préparation comportementale a des conséquences désastreuses lors des reprises ou des fusions-acquisitions. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 70 % de ces opérations échouent à cause de l’humain, alors même que les indicateurs financiers étaient au vert. Les chocs de culture deviennent inévitables, entraînant une forte résistance interne, une démotivation des équipes et, surtout, une fuite des talents. Lorsque les collaborateurs clés, qui incarnent la mémoire et le savoir-faire de l’entreprise, quittent le navire, les résultats périclitent rapidement. Si rien n’est fait pour accompagner le cédant dans sa transition personnelle et pour gérer l’intégration humaine au sein de la nouvelle structure, le coût social se chiffre en milliers d’emplois menacés ou détruits.
Anticiper pour garantir la pérennité
Face à ce constat, la solution réside dans l’anticipation. Selon Alain Manoukian, la préparation de la succession ne doit pas être un sujet de dernière minute, mais une démarche stratégique à long terme.
« Il faut commencer à préparer sa succession dès 50 ans pour garantir la pérennité de son savoir-faire », préconise-t-il.
Cette préparation passe par plusieurs étapes clés : un coaching du dirigeant pour l’aider à construire son projet post-entreprise, une communication transparente pour rassurer les collaborateurs sur leur avenir, et un plan de management du changement rigoureux pour intégrer en douceur le repreneur. C’est à ce prix que l’entreprise pourra non seulement survivre, mais aussi prospérer après le départ de son fondateur, préservant ainsi emplois et croissance.


