PARIS : Agriculture – Max BAUER : « La suspension des…
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PARIS : Agriculture – Max BAUER : « La suspension des importations brésiliennes, un signal jugé insuffisant »
La suspension des importations de viande brésilienne révèle l’urgence de protéger l’agriculture française de la concurrence internationale déloyale.
La récente décision de l’Union européenne de suspendre les importations de viande brésilienne est perçue dans les milieux agricoles comme un signal politique majeur, marquant une prise de conscience tardive des dangers d’un libre-échange sans règles de réciprocité. Toutefois, pour de nombreux observateurs, cette mesure, bien que symbolique, reste insuffisante face à des décennies de politiques commerciales ayant exposé les producteurs français à une concurrence frontale et déloyale avec des modèles agricoles aux normes bien moins exigeantes.
« Ce geste met en lumière une contradiction fondamentale : alors que les agriculteurs français sont soumis à des standards sanitaires, environnementaux et sociaux parmi les plus élevés au monde, ils se retrouvent en compétition directe avec des produits importés qui en sont exemptés », décrypte Max Bauer, syndicaliste agricole du Var.
Un enjeu de souveraineté et de survie économique
La France, premier pays bénéficiaire des aides de la Politique agricole commune (PAC) avec près de 10 milliards d’€ annuels, complétés par des aides nationales comme la récente enveloppe de 300 millions d’euros, peine à compenser les distorsions de concurrence. Ces soutiens financiers, bien qu’essentiels, ne suffisent plus à endiguer les difficultés structurelles d’un secteur pris en étau entre des coûts de production élevés et la pression de produits importés à bas prix.
« Cette situation fragilise particulièrement les filières d’élevage, où les contraintes réglementaires croissantes s’ajoutent à la concurrence étrangère. Le résultat est une érosion continue du tissu agricole national, avec des fermetures d’exploitations qui accélèrent l’exode rural. Au-delà de l’impact économique pour les agriculteurs, c’est la souveraineté alimentaire de la France qui est menacée. Chaque exploitation qui disparaît, chaque hectare de terre agricole abandonné, représente une perte d’autonomie pour le pays et une dépendance accrue aux marchés mondiaux », ajoute Max Bauer.
Le libre-échange en question : l’exigence de réciprocité
« Le cas de la viande brésilienne n’est que la partie visible d’un problème systémique. Les accords de libre-échange, notamment celui en discussion avec le Mercosur, sont au cœur des préoccupations. L’analyse partagée par de nombreux acteurs du secteur est que ces traités ne peuvent plus être négociés au détriment des filières agricoles européennes. L’Union européenne est ainsi appelée à faire preuve de fermeté en exigeant une réciprocité stricte des normes de production », reprend le syndicaliste agricole.
Sans cette condition, les accords commerciaux sont accusés de n’être que des instruments de dumping social et environnemental, sacrifiant la qualité et la durabilité de l’agriculture européenne sur l’autel d’une compétitivité financière à court terme. La mise en place de « clauses miroirs », qui imposeraient aux produits importés le respect des mêmes règles que celles appliquées aux producteurs européens, est désormais présentée comme une nécessité absolue.
Vers une nouvelle politique agricole protectrice
Face à ce constat, un appel est lancé pour une refonte profonde de la politique commerciale européenne et une régulation plus protectrice du commerce international. La future PAC post-2027 est considérée comme une opportunité historique pour bâtir un nouveau modèle qui valorise les circuits courts, préserve l’activité dans les territoires ruraux et garantit une concurrence équitable pour les agriculteurs.
« La suspension des importations brésiliennes ne doit donc pas rester une action isolée, mais marquer le début d’un changement de cap stratégique. L’objectif affiché est clair : moins de concessions dans les négociations commerciales, plus de protection pour les filières nationales, et la réaffirmation d’un modèle agricole où la souveraineté, la sécurité alimentaire et la juste rémunération des producteurs redeviennent les piliers de la décision politique », conclut l’ancien président de la Coordination Rurale du Var.
Max Bauer, syndicaliste agricole via Press Agence.

