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PARIS : Affaire Master Poulet – Les Français soutienn…

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PARIS : Affaire Master Poulet – Les Français soutiennent le maire de Saint-Ouen, mais révèlent de profondes fractures

Une étude Ifop pour Darwin Nutrition révèle un soutien majoritaire au maire de Saint-Ouen, mais cache de profondes fractures générationnelles et politiques.

L’affaire avait tout d’une querelle de clocher : à Saint-Ouen, depuis mi-avril 2026, le maire socialiste Karim Bouamrane mène une lutte acharnée, à coups de blocs de béton et de batailles judiciaires, pour empêcher l’installation d’un restaurant de la chaîne de poulet grillé Master Poulet. Pourtant, ce conflit local a acquis une résonance nationale inattendue, comme le révèle une étude exclusive de l’Ifop pour Darwin Nutrition, menée en ligne les 6 et 7 mai 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français. Si une majorité soutient le maire, les résultats mettent en lumière des lignes de fracture complexes qui traversent la société française, bien au-delà de la simple question de la « malbouffe ».

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Un soutien majoritaire mais politiquement paradoxal

Le premier enseignement de l’enquête est la notoriété remarquable de l’affaire : 52 % des Français en ont entendu parler, un chiffre qui grimpe à 68 % en Île-de-France. Parmi eux, 55 % approuvent la démarche du maire Karim Bouamrane, suggérant que, malgré des revers juridiques, il n’est pas sorti affaibli du bras de fer.

Cependant, la géographie politique de ce soutien est surprenante. Le maire socialiste est davantage plébiscité par les sympathisants de droite et du centre (66 % à Renaissance, 63 % chez Les Républicains) que par une partie de la gauche. Si les sympathisants du Parti Socialiste le soutiennent à 61 %, ceux de La France insoumise (45 %) et des écologistes (42 %) sont beaucoup plus partagés.

« Un maire socialiste plus soutenu par l’électorat macroniste que par une partie significative de sa propre gauche : c’est l’une des leçons les plus inhabituelles que l’enquête livre », analyse François Kraus, directeur du pôle « Politique/Actualités » de l’Ifop.

Le syndrome « pas dans ma rue », véritable moteur de l’opposition

L’étude révèle une dimension largement occultée par le débat médiatique : le facteur de la proximité. Si 67 % des Français s’opposent à l’ouverture d’un fast-food à bas prix dans leur propre rue (à moins de 100 mètres), ils ne sont plus que 47 % à y être défavorables quand il s’agit d’un autre quartier de leur commune. Cet écart de vingt points démontre que l’hostilité est moins idéologique que pragmatique, liée aux nuisances concrètes redoutées par les riverains directs (bruit, attroupements, livraisons).

Ce « syndrome du riverain » transcende les clivages politiques. Même chez les sympathisants LFI, pourtant défenseurs de l’enseigne, 47 % se déclarent défavorables à une installation dans leur rue. Selon François Kraus, « les maires qui plaident contre la prolifération des fast-foods ne mobilisent pas une idéologie, mais un vécu de riverain qui transcende les appartenances partisanes ».

Le récit de LFI mis à l’épreuve par les classes populaires

La France insoumise a fermement dénoncé un « mépris de classe » de la part du maire de Saint-Ouen, accusé de vouloir imposer une gentrification commerciale aux quartiers populaires. Or, les chiffres de l’enquête Ifop contredisent frontalement ce récit. Ce sont précisément les catégories que LFI entend défendre qui soutiennent le plus massivement l’action de Karim Bouamrane : 75 % des ouvriers et 61 % des habitants des banlieues populaires approuvent sa lutte.

« Ces résultats devraient donner à réfléchir à ceux qui ont fait de l’affaire Master Poulet le symbole d’une gentrification imposée d’en haut aux classes laborieuses », note François Kraus.

Si l’étude est nationale et ne reflète pas spécifiquement l’avis des habitants de Saint-Ouen, elle « invite à distinguer le récit militant de la réalité sociologique ».

Une guerre des générations plus qu’une guerre des gauches

La fracture la plus spectaculaire est sans doute générationnelle. L’opposition entre jeunes et aînés est béante sur tous les aspects du dossier. Alors que 70 % des « Boomers » (60 ans et plus) souhaitent une limitation du développement des fast-foods, seuls 31 % des jeunes de la « Gen Z » partagent cet avis. De même, 68 % des Boomers soutiennent le maire, contre seulement 37 % chez les plus jeunes.

Cette divergence éclaire la stratégie des partis.

« La fracture générationnelle est sans doute la dimension la plus sous-estimée de cette affaire », conclut François Kraus.

« LFI défend Master Poulet comme elle défend TikTok : elle défend les codes culturels de son électorat de base, jeune, urbain, populaire. Le PS soutient Bouamrane comme il soutient les marchés traditionnels : il défend les codes culturels de son électorat vieillissant ».

Au final, l’affaire Master Poulet, derrière son apparence anecdotique, agit comme un puissant révélateur des clivages qui traversent la France, où les fractures générationnelles et territoriales se superposent et complexifient les lectures politiques traditionnelles.

L’étude complète et l’ensemble des résultats sont disponibles sur le site de Darwin Nutrition (https://www.darwin-nutrition.fr/actualites/affaire-master-poulet/).

via Press Agence.