PARIS : A la Société nationale d’Horticulture de Fran…
Partager :
PARIS : A la Société nationale d’Horticulture de France, un appel au mécénat pour la restauration d’un tableau du XVIIIème siècle
Depuis sa création, la bibliothèque de la Société nationale d’horticulture de France est dépositaire d’un pan non négligeable de l’histoire.
Les collections sont dès sa constitution extrêmement riches et variées, composées de livres, manuscrits, périodiques, estampes, tableaux et autres objets. Il s’agit de l’un des premiers fonds horticoles de France du XVIème siècle à nos jours. Elle poursuit depuis plusieurs années déjà des programmes de restauration de ce patrimoine commun avec l’appui généreux de ses mécènes. Ce soutien contribue à renouveler à chaque nouveau regard, à chaque nouveau projet, le plaisir et l’émotion que procure le vivant.

« Si tu possèdes une bibliothèque et un jardin, tu as tout ce qu’il te faut » Cicéron.
Restauration du tableau de la marquise de Grollier Une œuvre confiée à la SNHF par l’une de ses fondatrices.
La Société nationale d’Horticulture de France ne peut que se réjouir de posséder dans ses collections une pièce majeure dans l’histoire de la représentation des fleurs. Cette huile sur toile de 163 cm par 112,5 cm est l’œuvre la plus importante, par ses dimensions, connue actuellement de la main de cette artiste. Véritable témoignage iconographique et artistique de l’illustration horticole du XVIIIème siècle, époque où elle devient scientifique, elle l’offre le 29 août 1828 à la Société. Le tableau est inscrit au titre des Monuments historiques par délibération de la commission patrimoine de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France en date du 21 novembre 2019. Une fois restauré, il retrouvera une place d’honneur au siège de la SNHF et sera accessible à tous. La restauration : un voile à lever.
La toile d’origine est tendue sur un châssis en bois avec un système d’expansion à clés. L’ensemble du revers est fortement empoussiéré.
Le châssis quant à lui est en relativement bon état. La tension sur la toile est inégale, notamment dans la partie haute où la toile n’est plus maintenue par les clous, des gondolages sont ainsi visibles. De plus, la toile présente de nombreuses déformations dues à de mauvaises tensions et des chocs. De nombreuses pièces de renfort présentes sur le revers témoignent de restaurations passées, mais non adaptées à la bonne conservation de l’œuvre.
En ce qui concerne la couche picturale, un réseau de craquelures s’étend presque sur la totalité du tableau, parfois des soulèvements sont observés. Le vernis est encrassé et oxydé, masquant notamment l’éclat et la finesse du bouquet représenté. Le restaurateur effectuera un test de nettoyage et décrassage, un allégement des vernis et dégagements des repeints, un vernissage puis un masticage et une réintégration.
Le budget du présent dossier
L’objectif à atteindre pour la restauration complète du tableau de la marquise de Grollier est de 10 000€. En raison de son inscription au titre des Monuments historiques, il sera réalisé par un atelier habilité. Nous faisons appel à la générosité des particuliers et entreprises pour soutenir ce projet de préservation d’un savoir-faire unique dans la représentation des fleurs au XVIIIème siècle.
La campagne de dons s’achèvera en décembre 2026. Si la somme n’est pas atteinte, le montant sera dédié à la restauration de livres patrimoniaux de botanique, art des jardins et jardinage. Restaurer ce tableau du XVIIIème siècle, c’est préserver une façon de penser et représenter le végétal à une époque où la botanique et l’horticulture se structuraient.
Pour effectuer un don, vous pouvez vous rendre sur le site de la SNHF (SNHF.org) et suivre les onglets « boutique », « mécénat », « soutenir la SNHF », « soutenir la restauration », afin de remplir le dossier de mécénat avant d’effectuer un don. Vous pouvez aussi, plus simplement, effectuer un virement à la SNHF (IBAN de la SNHF : FR7630066100410001092030165).
En informer par mail, Mégane Pulby (megane.pulby@snhf.org), responsable du mécénat, pour lui indiquer l’objet du don et recevoir un reçu fiscal.
Restaurer ce tableau du XVIIIème siècle, c’est préserver une façon de penser et représenter le végétal à une époque où la botanique et l’horticulture se structuraient.
La marquise de Grollier, de son nom Charlotte Eustache Sophie de Fuligny-Damas, compte parmi les membres fondateurs de la Société nationale d’Horticulture de France.
Une virtuosité révélée par de grands maîtres des Lumières.
Elle portait une passion toute particulière pour les jardins qui lui fut transmise par sa mère, réalisant plusieurs jardins dans ses propriétés successives. Le tableau représente une colonne votive au dieu Mars, sur le haut de laquelle est posé un vase rempli de fleurs. Un projectile lancé d’un fort assiégé renverse le vase, le brise et disperse les fleurs qu’il contenait. Un lierre, symbole de la fidélité, reste seul intact dans cette scène de destruction. Cette œuvre est signée et datée » Mme de Grollier 1782. Élève de Van Spaendonck.
« L’artiste rend ainsi hommage au peintre flamand auprès de qui elle se forma. Gérard Van Spaendonck est l’un des premiers peintres à avoir introduit dans un autre pays d’Europe la tradition de la peinture florale néerlandaise. Sophie de Fuligny-Damas fut également l’élève du peintre et dessinateur Jean-Baptiste Greuze, auquel le Petit Palais consacra une exposition de septembre 2025 à janvier 2026, rappelant qu’il compte parmi les artistes les plus importants et les plus audacieux du XVIII siècle.
Sur le cartouche du cadre, nous pouvons lire ces mots :

En exil en Italie après la Révolution française, le sculpteur italien Antonio Canova la gratifia du titre de « Raphaël des fleurs », ce qui la place sur le même piédestal que le célèbre Redouté. Nous avons la trace du talent et de la finesse de la touche de la marquise de Grollier par ses contemporains dans le « Dialogue entre Alcime et Lydanie visitant le cabinet de tableaux du Comte de Sommariva » extrait de Stéphanie-Félicité du Crest, Catalogue pittoresque du cabinet de tableaux de Monsieur le Comte de Sommariva, 1820.
Lydanie : « Je regrette de ne pas voir dans cette magnifique collection un tableau d’une muse [d’une artiste] qui excelle dans ce genre. Mme la marquise de Grollier est la seule qui ait trouvé le secret de mettre de l’invention et de l’esprit dans des tableaux de fleurs ».
Alcime : « C’est qu’elle a laissé aller son pinceau comme un auteur spirituel laisse aller sa plume ; et tout naturellement l’esprit, la grâce et l’imagination devaient se trouver au bout de ce pinceau-là. D’ailleurs, madame, soyez satisfaite : M. de Sommariva possède un petit tableau de fleurs de Mme de Grollier, et il en a si bien senti le prix qu’il a voulu le multiplier : il l’a fait copier en émail et en mosaïque ; cette dernière miniature faite en Italie est véritablement le chef-d’œuvre du genre par l’inconcevable finesse du travail et la perfection des nuances. M. de Sommariva en a fait hommage à Mme de Grollier ».
La marquise de Grollier : de l’invention, de l’esprit et du cœur
Au-delà de cette figure de l’art et des jardins, la marquise de Grollier était une philanthrope qui ne cessa de mettre ses moyens au service des causes qui lui étaient chères. Lors de son retour en France, elle s’installe dans le château d’Épinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis. Elle y fera construire un puits artésien par l’ingénieur Louis-Georges Mulot afin que les habitants des alentours aient accès à de l’eau potable. Comble du malheur pour une peintre, sa vue déclina et la rendit aveugle à la fin de ses jours. Elle s’éteint en 1828 à l’âge de 87 ans.
Jusqu’à son décès, elle demeura une figure de son temps, côtoyant les plus grands esprits et les figures incontournables des explorateurs et horticulteurs de l’époque.
Son amitié la plus célèbre et heureuse fut avec une grande portraitiste de son époque : Louise-Élisabeth Vigée Le Brun.
Cette dernière donne un portrait touchant de son amie dans ses mémoires : « Madame de Grollier, quoiqu’elle recherchât peu le monde, était connue de toute la haute société, dont elle faisait le charme et l’ornement par son esprit supérieur… ».
Les œuvres de la marquise de Grollier visibles au public, encore trop rares, sont depuis quelques années redécouvertes. On les trouve au Metropolitan Museum of Art de New York, au Lacma à Los Angeles et dans les collections privées. Une exposition lui a été consacrée en 2018 par la Galerie Canesso à Paris. Cette femme, avec sa personnalité et son talent, mérite aujourd’hui de retrouver sa place parmi les grands artistes de l’art floral.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME, Presse Agence Côte d’Azur, envoyé spécial rue de Grenelle à Paris.
Sélection de tableaux réalisés par la marquise de Grollier afin d’imaginer l’éclat du tableau lorsqu’une restauration sera possible :
Marquise de Grollier, Pêches et panier de raisins, des oiseaux et une tasse, 1781. Huile sur toile, 50 × 62 cm. Collection privée.
Marquise de Grollier, Nature morte avec des pêches, des raisins, un melon et un vase de fleurs, 1780. Huile sur toile, 46 × 56 cm. Metropolitan Museum of Art. Marquise de Grollier, Nature morte. Hommage à van Spaendonck, circa 1780-1790, Huile sur toile, 54 x 65 cm. Los Angeles County Museum of Art.