ORAN : Guerre d’Algérie – Mai 1962, le cortège…
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ORAN : Guerre d’Algérie – Mai 1962, le cortège tragique des « enfants brisés »
Le souvenir de Frédérique Dubiton, communiante amputée à 13 ans, illustre la violence et les drames méconnus des derniers jours d’Oran en mai 1962.
Mai 1962. Dans une Oran crépusculaire, vivant les dernières heures de l’Algérie française, la violence imprègne le quotidien. Au milieu du chaos, les cortèges blancs des premières communions apparaissent comme des moments de grâce suspendus. C’est l’un de ces cortèges, et le destin tragique d’une de ses participantes, Frédérique Dubiton, que l’auteur José Castano relate dans un récit poignant, mettant en lumière une histoire de souffrance, de résilience et de manipulation médiatique.

La tragédie d’un balcon oranais
Frédérique Dubiton, âgée de treize ans, a défilé ce jour-là parmi les autres enfants, portée par ses proches. Quelques semaines plus tôt, elle avait été victime de ce que l’auteur décrit comme la mise en application d’un ordre du général Katz, alors commandant du secteur.
Selon José Castano, celui-ci aurait donné pour consigne à ses troupes, composées de gendarmes mobiles, « de tirer à vue sur tout Européen qui aurait l’audace de paraître sur une terrasse ou un balcon lors d’un bouclage ».
La sanction fut immédiate et terrible. Deux adolescentes, Mlles Dominiguetti (14 ans) et Monique Echtiron (16 ans), ont été abattues alors qu’elles étendaient du linge. Dans l’appartement voisin, les projectiles d’une mitrailleuse lourde ont traversé la façade et fauché plusieurs membres d’une même famille. La mère, Mme Amoignan née Dubiton, dont le père avait déjà été tué par le FLN, a perdu la vie. Sa fille cadette, Sophie, âgée de deux ans et demi, a également été tuée. Frédérique, treize ans, a été gravement atteinte à la jambe, le nerf sciatique sectionné, imposant une amputation. C’est donc privée d’une jambe, mais parée de sa robe blanche, que l’adolescente a tenu à participer à sa première communion.
Une communion entre foi et mitrailleuses
La journée de la cérémonie, loin d’être un havre de paix, s’est déroulée dans un climat de tension extrême. Le quartier étant bouclé pour une perquisition, le cortège des enfants vêtus de blanc a été encadré par des hommes en armes. José Castano dépeint une scène surréaliste où l’innocence enfantine est escortée par une force militaire soupçonneuse.
Le paroxysme de cette journée a été atteint lorsque les communiants ont été rassemblés sur la place de la Bastille, sous la menace de mitrailleuses braquées sur eux.
Face à cette démonstration de force, le chanoine de l’église a accueilli les enfants par des paroles de défi et de foi : « Aujourd’hui, pour venir ici vous avez dû franchir les armées ; vous avez franchi les armées de Satan ! Ne l’oubliez jamais ! Que cela vous reste comme le symbole, l’exemple de ce que vous devrez toujours être prêts à faire : franchir les armées du démon pour venir à la maison de Dieu ».
Pour ces mots, il fut arrêté peu après la cérémonie.
L’image volée et la guerre de l’information
Au-delà du drame humain, le récit de José Castano met en lumière une autre facette du conflit : la guerre de l’information. La photo de la petite Frédérique Dubiton, symbole de l’innocence mutilée, a été publiée dans l’hebdomadaire « CARREFOUR » le 16 mai 1962. Cependant, selon l’auteur, cette image a été détournée par plusieurs journaux métropolitains, notamment « L’Humanité » et « La Marseillaise du Languedoc ».
Il dénonce une désinformation organisée, accusant ces publications d’avoir utilisé la photo en lui attribuant une fausse légende : « Cette petite communiante sortant d’une église d’Oran a dû être amputée d’une jambe à la suite d’un plasticage de l’OAS ».
Pour José Castano, cette falsification visait à orienter l’opinion publique en métropole, en attribuant aux partisans de l’Algérie française des crimes dont ils n’étaient pas les auteurs, et en occultant la complexité et la violence d’une situation où les civils européens étaient eux-mêmes des cibles.
Un article plus détaillé sur le général Katz est d’ailleurs référencé par l’auteur sur un blog
via Press Agence.


