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NANTES : José MAILLET : « Des marchés aux ménages, une crise énergétique déjà visible au quotidien »
Pour l’enseignant-chercheur José Maillet, les tensions géopolitiques en Iran se traduisent déjà par des changements de comportement concrets chez les ménages européens.
La crise énergétique n’est plus une abstraction confinée aux salles de marché ou aux indicateurs boursiers. Selon José Maillet, enseignant-chercheur sur la transition énergétique à Audencia, ses effets se diffusent désormais dans le quotidien des Européens, modifiant leurs habitudes et leur pouvoir d’achat. Loin des courbes complexes du prix du baril, l’impact se mesure aujourd’hui à l’arrêt de bus ou à la station-service.
Un impact direct sur la mobilité quotidienne
La preuve la plus tangible de cette transmission de la crise à l’économie réelle réside dans les arbitrages de mobilité des ménages. Une récente enquête de RMC (https://rmc.bfmtv.com/actualites/societe/transports/avec-la-hausse-des-prix-du-carburants-explosion-de-la-frequentation-dans-les-transports-en-commun_AV-202604210126.html) révèle que la flambée des prix des carburants, directement liée aux tensions au Moyen-Orient, a provoqué une hausse significative de la fréquentation des transports en commun dans plusieurs agglomérations.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la fréquentation a bondi de 8 % à Montpellier, de 5 % à Dunkerque et a même atteint un pic de 25 % à Niort. « Derrière ces pourcentages se cache une réalité simple : le coût de l’énergie contraint les ménages à revoir leurs choix de déplacement », analyse José Maillet. Ce signal, bien que conjoncturel, illustre parfaitement la rapidité avec laquelle une crise géopolitique à des milliers de kilomètres peut affecter les portefeuilles et les routines.
Le détroit d’Ormuz, point névralgique d’un nouveau choc
Selon l’expert, ce phénomène n’est que la partie visible d’une dynamique plus profonde. Un nouveau choc d’offre énergétique est en train de se dessiner, catalysé par l’instabilité croissante autour du détroit d’Ormuz. Ce passage stratégique, par lequel transite près de 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, est au cœur des préoccupations. La montée des tensions dans cette région ravive une volatilité déjà structurelle des marchés énergétiques, créant un climat d’incertitude durable.
Pour l’Europe, cette nouvelle crise intervient sur un terrain déjà fragilisé. La guerre en Ukraine avait brutalement exposé ses vulnérabilités, et la situation actuelle ne fait que les confirmer.
L’Europe, entre progrès et vulnérabilité persistante
Depuis 2022, des efforts considérables ont été consentis pour renforcer la souveraineté énergétique du continent. La dépendance au gaz russe a été drastiquement réduite, passant de 40 % à 15 % des approvisionnements. Parallèlement, l’Europe a diversifié ses sources en se tournant massivement vers le Gaz Naturel Liquéfié (GNL), a signé de nouveaux contrats d’approvisionnement et a accéléré de 40 % le déploiement de ses capacités en énergies renouvelables.
Cependant, José Maillet tempère cet optimisme : « Ces ajustements, bien que réels, restent insuffisants face à une contrainte de fond : notre dépendance persistante aux importations d’énergies fossiles ». Cette dépendance structurelle maintient l’Europe à la merci des chocs géopolitiques et de la volatilité des prix mondiaux.
Vers des chocs énergétiques plus fréquents et plus durables
L’analyse de l’enseignant-chercheur d’Audencia pointe vers un avenir où les chocs énergétiques pourraient devenir plus fréquents et plus durables. Dans ce contexte, la transition énergétique n’est plus seulement un impératif climatique, mais un enjeu de sécurité économique et de souveraineté stratégique.
Pour y faire face, l’Europe devra actionner simultanément plusieurs leviers. La sobriété énergétique, longtemps perçue comme une contrainte, devient un outil de résilience. L’électrification des usages, notamment dans les transports et le bâtiment, est cruciale pour réduire l’exposition aux hydrocarbures. Enfin, la poursuite de l’accélération du déploiement des énergies renouvelables est la seule voie pour construire une autonomie énergétique pérenne, à l’abri des turbulences géopolitiques mondiales.


