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MONTREUIL : Modification de la loi SRU – « Un proje…

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MONTREUIL : Modification de la loi SRU – « Un projet de loi indécent et dangereux pour la cohésion sociale »

Patrice Bessac, maire de Montreuil : « Monsieur Kasbarian, votre projet de loi est indécent » !

« Ce projet de loi est le fruit d’un accord opportuniste de petite politique d’un gouvernement sans majorité cherchant désespérément à s’attacher les voix de quelques parlementaires de droite sur le dos des millions de nos concitoyens en attente d’un toit sous lequel ils pourraient retrouver un peu de dignité.

Ces parlementaires de droite dont vous cherchez les bonnes grâces sont les mêmes qui depuis des années, dans leurs villes, contournent la loi SRU en refusant de construire les logements sociaux auxquels 70 % de la population française est éligible. L’égoïsme de ces élus de mauvaise-foi transforme leurs territoires en zones de non-droit, réservées aux plus riches. Demain, votre loi permettra à ces élus d’intégrer dans leur quota obligatoire de construction de logements sociaux des logements intermédiaires aux loyers 20 à 40 % plus élevés que ceux des HLM classiques et attribuables de façon clientéliste.

Le résultat est prévisible : moins de logements sociaux abordables construits et une prime accordée à des élus qui rompent le pacte républicain par esprit de caste.

S’attaquer à la loi SRU :

– c’est casser l’outil ayant permis depuis près de 25 ans la production de milliers et de milliers de logements sociaux que le marché seul n’aurait pas construit ;

– c’est ôter la liberté fondamentale de pouvoir choisir le lieu où l’on habite grâce à une offre de logements sociaux équitablement répartis dans tous les territoires ;

– c’est amplifier les phénomènes de ghettoïsation et renoncer à la mixité sociale à l’échelle des quartiers ;

– c’est fracturer la société pour perpétuer les privilèges.

Comme le gouvernement auquel vous appartenez y est habitué, en évoquant « le développement d’une offre de logements abordables », vous instaurez une phraséologie pernicieuse de post-vérité destinée à déguiser la réalité de ce qui est vraiment à l’œuvre avec ce projet de loi : soumettre des pans toujours plus importants du logement aux lois du libre marché et renforcer les logiques excluantes de l’entre-soi bourgeois. En affirmant que c’est par souci de mixité sociale que votre loi va faire de la place à nos concitoyens les plus démunis vous jouez avec les plus bas instincts et vous nous engagez sur le terrain dangereux de la lutte de tous contre tous.

Loin de créer les logements nécessaires, alors que notre pays compte 4,2 millions de mal-logés et 2,6 millions demandeurs de logement social, votre projet va mettre à la rue des locataires qui seraient selon vous devenus trop riches pour occuper un logement social.

Vous refusant à regarder la réalité des prix inabordables du marché locatif dit libre vous allez jeter dans la précarité des milliers locataires HLM et mener de fait une politique de renforcement de ségrégation sociale en concentrant les plus démunis au même endroit.

En tant que maire d’une ville fière de se mobiliser pour maintenir un taux de 39,2 % de logements sociaux dans lesquels vivent 42 000 Montreuilloises et Montreuillois, je peux témoigner de l’importance fondamentale pour la concorde sociale de maintenir une diversité sociale au sein de nos ensembles immobiliers.

Je ne veux plus jamais réentendre les mots douloureux de cette mère de famille m’interpelant dans une cage d’escalier lors de ma première année de mandat : « Pourquoi mettez-vous dans nos quartiers que des gens comme nous ? Votre loi va amplifier ce phénomène.

A Montreuil nous avons une solution à ces choix honteux : toujours privilégier l’humain sur l’idéologie et l’argent.

Depuis 10 ans forts de nos choix politiques et d’un combat constant contre les tendances du marché, nos offices de l’habitat ont défendu l’habitat public et été accompagné par un office foncier solidaire pour combattre la spéculation foncière.

Entre 2020 et 2023, Montreuil a ainsi livré 1 252 nouveaux logements sociaux.

A l’échelle intercommunale nous avons instauré le permis de louer afin de contrer les marchands de sommeil, mis en place l’encadrement des loyers et encadrés les prix du logement locatif social et les prix de vente au m² de l’accession sociale à la propriété.

Autant de dispositifs œuvrant à toujours plus de justice sociale et de droit au logement.

Au lieu de vous attaquer à l’équilibre fragile de nos quartiers, venez aider nos communes à financer la construction de logement, la résorption de l’habitat indigne et les travaux de rénovation énergétiques pour sortir de la précarité énergétique les foyers les plus modestes. A Montreuil, en 2024, nous allons procéder à la rénovation énergétique de 3 048 logements !

Nous n’avons pas besoin d’un État qui exclut et dresse nos habitants les uns contre les autres mais d’une politique cohérente et délicate qui sache lier justice climatique et justice sociale jusque dans le logement social.

Monsieur le ministre délégué au logement, renoncez à votre projet de loi sous peine de renforcer le vote de défiance en faveur de l’extrême droite. Et sachez que vous trouverez toujours devant vous des maires de gauche engagés pour défendre pied à pied l’habitat populaire.

Sans le peuple, Montreuil n’est plus Montreuil.

Sans le logement social, Montreuil n’est plus Montreuil.

Les villes d’apartheid social composée de riches ou de classes « moyennes » sans le peuple sont des villes ennuyeuses, sans énergie, sans générosité. Tout le contraire de ma belle ville de Montreuil ! Je me ferai un devoir et un honneur de continuer à bâtir un habitat public et social robuste qui génère une vie collective complexe mais humainement plus riche que celle générée par les profits des rentes immobilières.

Nous fabriquons la ville, Guillaume Kasbarian et Gabriel Attal renforcent les ghettos ».

Patrice Bessac, maire de Montreuil.