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MARSEILLE : Souveraineté numérique – La Ville incarne…

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MARSEILLE : Souveraineté numérique – La Ville incarne l’alternative crédible aux géants du web

Alors que l’étude Lecko 2026 confirme l’hégémonie de Microsoft, Marseille prouve depuis vingt ans qu’une indépendance numérique durable est possible.

C’est un paradoxe qui pèse lourd sur la modernisation de l’administration française. D’un côté, la souveraineté numérique est érigée en priorité stratégique par l’État ; de l’autre, la réalité du terrain montre une dépendance quasi totale aux solutions américaines. L’étude « État de l’art de la transformation interne 2026 », publiée début février par le cabinet Lecko, dresse un constat sans appel : 75 % des organisations de plus de 250 collaborateurs sont aujourd’hui équipées de solutions Microsoft.

Pourtant, au milieu de cette uniformisation technologique, la Ville de Marseille fait figure d’exception notable. À l’occasion de la présentation de cette étude, la cité phocéenne a partagé un retour d’expérience qui démontre que la construction d’une alternative est non seulement possible, mais opérationnelle à grande échelle.

Un choix visionnaire dès les années 2000

Loin des effets de mode, la stratégie marseillaise s’ancre dans le temps long. Dès le début du 21ème siècle, la municipalité a fait le choix des solutions « open source » pour ses outils bureautiques et collaboratifs. Ce qui aurait pu n’être qu’une décision économique s’est révélé être un pari gagnant sur la maîtrise des données.

Aujourd’hui, ce positionnement se traduit par des chiffres concrets : une messagerie généralisée à plus de 17 000 agents et un socle collaboratif structuré majoritairement autour de solutions libres. La Ville ne s’arrête pas là et engage désormais une réflexion avancée sur l’intégration de l’intelligence artificielle dans une « digital workplace » moderne, centrée sur la gestion documentaire.

Pour les responsables du projet, ce choix repose sur des enjeux de pérennité des documents et d’intérêt général. Le retour d’expérience marseillais met en lumière un point crucial : la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit progressivement en se basant sur les usages réels des agents plutôt que sur des injonctions descendantes.

L’indifférence des agents, frein principal au changement

L’exemple marseillais reste cependant rare. L’enquête menée par Ipsos pour Lecko (https://referentiel.lecko.fr) révèle un chiffre inquiétant : seuls 12 % des agents publics attendent que leur administration privilégie la souveraineté numérique dans l’évolution de leurs outils.

« L’argument souverain ne suffit pas à emporter l’adhésion », souligne l’étude. Pour la grande majorité des utilisateurs, l’efficacité immédiate et l’habitude des interfaces Microsoft priment sur les considérations géopolitiques ou industrielles. Cette situation crée un cercle vicieux : les alternatives, souvent moins matures sur les fonctions socles (messagerie, agenda), peinent à convaincre, renforçant ainsi la position dominante de l’éditeur américain.

Sortir du piège du « Microsoft générique »

Face à ce constat, les experts de Lecko mettent en garde contre une erreur stratégique fréquente : vouloir copier fonctionnalité par fonctionnalité la suite Office. « Tant que les organisations chercheront à reproduire Microsoft plutôt qu’à repenser leurs environnements de travail, elles resteront dépendantes », analyse Bastien Le Lann, associé chez Lecko.

Pour réussir, les organisations doivent changer de paradigme. L’étude préconise trois leviers d’action :

  1. Cesser de copier les erreurs : Plutôt que de reproduire l’empilement d’outils qui génère du « bruit organisationnel » et de la surcharge cognitive, il faut repenser l’environnement de travail selon les besoins réels.
  2. Mutualiser l’expérience utilisateur : À l’image du Système de Design de l’État (DSFR) pour les sites web, l’administration doit harmoniser ses interfaces internes pour ne plus dépendre de l’ergonomie imposée par les éditeurs privés.
  3. Maîtriser l’hybridation : Le remplacement des solutions doit se faire par les couches basses (infrastructure, identité) pour être économiquement viable, plutôt que de superposer des outils collaboratifs coûteux sur un socle Microsoft.

Le défi de l’efficacité opérationnelle

Au-delà de la souveraineté, l’enjeu est celui de la performance. L’étude pointe du doigt la dégradation de l’efficacité opérationnelle liée à la transformation numérique mal maîtrisée. L’hyperconnexion et la multiplication des sollicitations (mails, chats, notifications) fragmentent l’attention des collaborateurs.

Dans ce contexte, la démarche de la Ville de Marseille, qui privilégie la maîtrise des usages et la « soutenabilité » numérique, apparaît comme un modèle de résilience. Elle prouve qu’il est possible de concilier modernisation des services publics et indépendance technologique, à condition d’accepter que la souveraineté est un chemin de longue haleine, et non un simple changement de logiciel.