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MARSEILLE : Prix littéraire, les lycéens face aux auteurs

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Floriane Dumont
9 Fév 2024

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MARSEILLE : Prix littéraire, les lycéens face aux auteurs

Cette année scolaire est pleine de rencontres pour les élèves qui participent au prix littéraire des lycéens ! Les auteurs en lice pour la prestigieuse récompense ont pu répondre aux nombreuses questions posées par leurs jeunes lecteurs.

Sur le parvis du Carré Sainte-Maxime, 9 classes de lycéens attendent patiemment de rencontrer les auteurs du jour. Venus de Toulon, Marseille, Nice, Antibes ou Saint-Tropez, les élèves sont prêts à dégainer leurs questions. Sur scène le chauffeur de salle – particulièrement chaud – lit en guise d’introduction quelques extraits des ouvrages sélectionnés avant d’inviter les auteurs à le rejoindre, sous un tonnerre d’applaudissements. Arrivent tour à tour Anthony Passeron pour Les enfants endormis, Maria Larrea pour Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, Sole Otero pour Naphtaline, Polina Panassenko pour Tenir sa langue, Stéphane Senegas et Guillaume Carayol pour Lucien. Pendant plusieurs heures, cuisinés par les élèves, ils vont aborder des thèmes essentiels : comment s’affranchir de son histoire personnelle pour mieux la raconter ? Comment nait le désir d’écrire, comment devient-il une nécessité ? Comment raconter une histoire en gardant le lecteur en éveil, en laissant la place à son interprétation ? Comment créer à quatre mains ? Comment construire son récit ? En bons reporters, les élèves ont également obtenu quelques scoops : l’œuvre d’Anthony Passeron sera bientôt adaptée en série télévisée, celle de Maria Larrea devrait devenir un film, et tous les auteurs travaillent actuellement à leur prochain ouvrage.

L’île Sainte-Marguerite en vue !

Après ce marathon de questions, les élèves discutent dans le hall. Ils forment des files d’attente pour échanger quelques mots en tête à tête avec les auteurs et faire dédicacer leur exemplaire. Parmi eux, il y a Léana, élève en seconde au lycée Simone Veil, à Marseille : « J’ai trouvé cette matinée très bien, j’ai pu poser mes questions et ils ont très bien répondu. Je n’aimais pas beaucoup lire et je n’avais pas trop le temps de m’y mettre, mais le prix m’a fait changer d’avis et m’a donné envie de lire plus, des bandes-dessinées surtout. Aujourd’hui je voulais parler du procédé d’écriture. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut rencontrer un auteur ! Je m’intéresse aussi au style des illustrations parce que je dessine, et j’espère participer à la masterclass organisée par le prix ». Une riche idée : cette année, deux masterclass, écriture et bande-dessinée, permettront à une vingtaine d’élèves de bénéficier, pendant une semaine, des conseils de deux auteurs sur l’île Sainte-Marguerite, en face de Cannes. Les candidatures sont à déposer avant le 23 février.

Démystifier la littérature

Du côté des auteurs, le prix est également une manière de s’ouvrir à un lectorat particulier. Un exercice familier pour Anthony Passeron. Cet ancien professeur a signé Les enfants endormis. Il y raconte l’histoire de son oncle qui, après être tombé dans la drogue, a succombé à l’épidémie du sida. Un récit qui a fait forte impression sur les lycéens, trop jeunes pour avoir vécu la propagation du VIH. « Avant je partageais ma passion de la littérature avec mes élèves, maintenant je partage avec eux mon expérience de la littérature, résume l’auteur. A leur âge ils ont besoin de se figurer ce qu’est cette expérience, pour pouvoir ne jamais se l’interdire. Ce prix donne toute leur place aux jeunes, il démystifie la littérature. Il y a beaucoup d’histoires de famille dans cette sélection, et je crois que la question de faire quelque chose d’une histoire dont on hérite malgré soi peut toucher des adolescents en construction. C’est un bon point d’entrée pour parler d’écriture. »

Entre Saint-Charles et l’Argentine

Elle aussi autrice d’une histoire de famille, Sole Otero a longuement échangé avec les élèves. Pas plus tard que la vielle, elle participait à une rencontre au lycée Saint-Charles à Marseille. Dans le roman graphique Naphtaline, dont l’action se situe en 2001 en Argentine, elle évoque la vie de sa grand-mère, guère appréciée et décédée depuis peu. Une histoire qui a suscité beaucoup d’interrogations chez les élèves, autant dans la forme de l’œuvre que dans le fond, questionnant le contexte économique et social argentin, la condition des femmes, le choix de la palette de couleurs et des ellipses narratives… « Je suis toujours surprise de découvrir ce qu’en ont pensé ces jeunes, qui appartiennent à une autre génération que la mienne, qui ont grandi dans un autre pays, observe l’autrice. On sent qu’ils ont un intérêt pour le domaine artistique, au-delà du medium qu’est la bande-dessinée, et s’interrogent beaucoup sur ce qui déclenche l’écriture, sur le processus de création. Ils sont très éloignés de l’histoire que je raconte et pourtant, ils s’y retrouvent. »
L’autrice, qui a pu faire en direct une démonstration de son talent d’illustratrice, a particulièrement impressionné Imen, élève en classe de première. « J’ai eu l’impression de comprendre cette grand-mère devenue méchante, explique-t-elle. On comprend sa situation, sa manière de penser et la condition des femmes en Argentine à cette époque-là. C’est un livre avec des passages très choquants, très profonds, qui m’ont beaucoup impacté. Je me demande si l’autrice se doute de tout ce que son livre a pu susciter chez nous. » Une belle conclusion, qui sonne comme une question à poser à la prochaine rencontre.

SOURCE : Région Sud