Passer au contenu principal

MARSEILLE : Pourquoi préserver les eaux souterraines ?

Partager :

MARSEILLE : Pourquoi préserver les eaux souterraines ?

Dans les bassins Rhône-Méditerranée et en Corse, 80 % de l’eau du robinet provient des eaux souterraines.

Elles sont donc essentielles pour l’eau potable mais aussi pour la biodiversité. Pourtant cette ressource précieuse est de plus en plus menacée, à la fois par les pollutions, l’urbanisation et les aménagements, les prélèvements excessifs et le changement climatique. Alors comment la préserver ?

 » LES EAUX SOUTERRAINES SONT INVISIBLES MAIS VITALES, PRÉSERVONS-LES « 

par Kristell Astier-Cohu, directrice de la connaissance et de la planification à l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse

Les eaux souterraines, sous réserve de ne pas les surexploiter, présentent de nombreux atouts.

Leur bonne qualité naturelle nécessite peu de traitement, ce qui en fait une ressource sûre pour l’alimentation en eau potable, à moindre coût. Elles sont aussi essentielles pour les rivières, zones humides et lacs qu’elles alimentent et leur biodiversité, notamment en été. Cependant, la surexploitation des nappes peut empêcher ce soutien d’étiage naturel des cours d’eau et entrainer la disparition de certaines zones refuges pour la biodiversité aquatique en période sèche.

Ces atouts sont d’autant plus importants dans un contexte de changement climatique car les eaux souterraines sont moins sensibles à court terme aux évènements climatiques extrêmes, à la hausse des températures de l’air et sont épargnées par l’évaporation qui va s’intensifier et impacter les rivières et les lacs.

Grâce à cette résilience, les eaux souterraines constituent aussi des réserves précieuses pour l’alimentation en eau potable et une exploitation raisonnée permet d’éviter les ruptures d’approvisionnement en eau comme lors de l’été 2022 où 700 communes privées d’eau potable ont dû être alimentées par des camions citerne ou des bouteilles d’eau minérale.

La surexploitation des eaux souterraines en bordure littorale peut également entrainer des contaminations des eaux par les intrusions salines, les rendant impropres à l’alimentation en eau potable. Certaines pratiques agricoles et rejets industriels peuvent également altérer la bonne qualité naturelle des eaux souterraines.

La préservation de leur qualité et leur quantité sont donc des enjeux de premier ordre, d’autant plus dans un contexte de dérèglement climatique avéré qui accroît l’impact des pressions humaines sur la ressource en eau et les milieux aquatiques.

COMPRENDRE 

Dans les bassins Rhône-Méditerranée et de Corse, l’alimentation en eau potable est extrêmement dépendante des ressources en eau souterraine. Il importe de s’assurer de la disponibilité de ces ressources, en qualité et en quantité suffisantes sur le long terme, pour satisfaire les besoins des populations. Or, cette disponibilité n’est pas garantie du fait des risques d’évolution défavorable, comme la baisse de la recharge des aquifères sous l’effet du changement climatique et l’accroissement des pressions liées aux activités humaines qui peuvent générer des impacts néfastes pour ces ressources (pollution par des solvants, hydrocarbures, pesticides, nitrates, etc., prélèvements).
L’enjeu est donc de préserver de la manière la plus efficace possible les ressources en eau les plus intéressantes et indispensables pour la satisfaction des besoins en eau potable actuels et futurs, appelées ressources stratégiques, en adaptant ou régulant l’occupation des sols, les activités et usages sur les zones où se constituent ces ressources, zones que l’on définit comme leurs zones de sauvegarde.
Le Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux Rhône-Méditerranée identifie 127 masses d’eau et aquifères au sein desquels des ressources stratégiques pour l’alimentation en eau potable doivent être caractérisées et préservées.

AGIR 

Dans le cadre de son 11ème programme d’intervention 2019-2024, l’agence de l’eau agit particulièrement sur :

la protection des captages prioritaires contre les pollutions par les nitrates et les pesticides ;
l’identification et la caractérisation des ressources stratégiques pour l’alimentation en eau potable actuelle et future et leur préservation sur le long terme, en particulier en promouvant un développement des territoires respectueux de cette ressource essentielle pour l’avenir ;
la désimperméabilisation des sols, pour favoriser l’infiltration des eaux de pluie et ainsi la recharge des nappes souterraines ;
la mise en place de démarches territoriales concertées pour rétablir l’équilibre entre ressource en eau et prélèvements ou préserver cet équilibre lorsqu’il est fragile en anticipant les effets du changement climatique dans le cadre des projets de territoires pour la gestion de l’eau – PTGE (dont certains s’inscrivent dans le cadre de Schéma d’aménagement et de gestion des eaux – SAGE).

L’agence de l’eau alloue environ 7 M€ par an pour la restauration de la qualité de l’eau des captages prioritaires et la préservation des ressources stratégiques pour l’alimentation en eau potable.

EN CHIFFRES 

Dans le bassin Rhône-Méditerranée :

les eaux souterraines fournissent environ 40 % des prélèvements globaux, soit 1,7 Milliards de m3/an : 80 % de l’eau potable consommée ; 50 % des eaux à usage industriel (hors refroidissement centrales électriques, nucléaires et thermiques) et 15% de l’eau destinée à l’irrigation.
14% des eaux souterraines sont atteintes par des pollutions, principalement par les pesticides (12%) et les nitrates d’origine agricole (4%).
11% des eaux souterraines subissent des prélèvements qui excèdent leur capacité de recharge, entraînant des déséquilibres quantitatifs (basse vallée de l’Ain, plaines du Comtat, Côtiers du Languedoc-Roussillon (Tech, Aude aval, Orb, Hérault …)

Dans le bassin de Corse :

les eaux souterraines permettent de satisfaire 45 % de l’eau potable consommée chaque année
Toutes les eaux souterraines de Corse sont en bon état chimique.
Les autres chiffres :

281 : le nombre d’ouvrages d’eau potable « prioritaires » inscrits dans le Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) 2022-2027 du bassin Rhône-Méditerranée (mauvais état dû aux nitrates et pesticides), dont 271 en eau souterraine
9% des communes des bassins Rhône Méditerranée et de Corse ont dû abandonner au moins un de leurs captages pour cause de mauvaise qualité ces 30 dernières années
Les traitements pour potabiliser l’eau coutent en moyenne 2 à 3 fois plus cher à la collectivité que de protéger la ressource des pollutions.