MARSEILLE : Matthieu POITEVIN : « L’architecture est…
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MARSEILLE : Matthieu POITEVIN : « L’architecture est avant tout une discipline culturelle »
À l’approche des municipales, la plateforme Va jouer dehors ! dévoile une affiche-manifeste de 26 propositions pour réinventer la fabrique urbaine.
La course aux élections municipales de 2026 est lancée et, avec elle, le temps des débats sur l’avenir de nos cités. Loin des promesses électorales classiques, la plateforme marseillaise « Va jouer dehors ! » jette un pavé dans la mare en publiant cette semaine une affiche-manifeste intitulée « 26 propositions pour la ville ». Le constat est sans appel : pour ces architectes et penseurs, la ville de demain ne doit plus se décider uniquement dans les bureaux d’études.
Une boîte à outils politique et poétique
Fruit du travail mené depuis 2019 à travers le Festival de la Ville, ce document se veut un outil de terrain. Il synthétise les réflexions d’architectes, urbanistes, géographes, artistes et habitants. L’objectif est clair : sortir des projets spectaculaires pour investir l’ordinaire. « La ville de demain ne se dessine pas dans le silence des bureaux climatisés ou la froideur des rapports financiers. Elle se fabrique ici et maintenant, au ras du sol », affirme le collectif dans son manifeste.
Ces vingt-six propositions sont structurées autour de sept piliers fondamentaux qui appellent à un changement radical de paradigme. Parmi les axes majeurs, le collectif prône de « transformer plutôt que construire » et de « radicaliser l’écologie ».
Stop au béton, place à la réhabilitation
Le manifeste ne mâche pas ses mots. Il propose notamment d’instaurer un principe de « Zéro construction neuve sans diagnostic de l’existant », obligeant à prouver qu’aucun bâtiment ou usage actuel ne peut être transformé avant d’envisager du neuf. Une autre mesure phare suggère de « squatter légalement les espaces vacants » en créant un droit d’usage temporaire après six mois d’inoccupation, ou encore de « débétonner tactiquement la ville » pour rouvrir les sols.
L’approche se veut aussi sociale avec la volonté de « redonner le droit à la ville » en garantissant un accès gratuit à l’eau, aux sanitaires et à l’ombre pour tous, considérant l’hospitalité comme un fondement urbain. « Ces propositions ne demandent pas d’attendre demain. Elles peuvent être activées dès maintenant, à l’échelle d’une rue, d’un bâtiment ou d’un quartier », précise l’association.
L’éloge de l’ordinaire
Derrière cette initiative se trouve Matthieu Poitevin, architecte et fondateur de la plateforme. Pour lui, l’architecture doit quitter sa tour d’ivoire. « L’architecture est avant tout une discipline culturelle. Elle est le cœur battant d’une fabrique urbaine alternative, capable de lier l’usage social à la poésie du lieu », explique Matthieu Poitevin.
L’architecte défend une vision où le beau doit être accessible à tous, refusant la médiocrité souvent associée au logement social ou aux équipements publics standards. « Les gens confondent le confort et le conformisme […] Faire une architecture vivante, toujours. S’évertuer à chercher à être libre et se permettre de l’être passent trop souvent pour de la provocation », ajoute-t-il.
De la théorie à la pratique
La plateforme « Va jouer dehors ! » ne se contente pas de théoriser. Elle agit tel un label à travers deux volets : la recherche via le Festival de la Ville, et l’action via son Studio d’architecture. Ce dernier travaille sur des projets concrets comme la réhabilitation du théâtre Le Grand T à Nantes (devenu Mixt) ou la transformation de la Gare Franche à Marseille (Le Zef).
Ces projets illustrent la philosophie du manifeste : faire beaucoup avec peu, utiliser des matériaux biosourcés, et placer l’humain au centre. « Faire ensemble, dans le plaisir, l’audace et la ré-création, voilà le cœur battant de notre action », conclut l’équipe du studio.
L’affiche-manifeste est d’ores et déjà disponible en version numérique libre d’accès sur le site du Festival de la Ville (http://r.jigsaw.postculture.org/mk/cl/f/sh/1t6Af4OiGsHKgJpCioPfNYb10Wx0Hh/EnX5lwc67h2l) et en version papier sur la boutique de l’association (http://r.jigsaw.postculture.org/mk/cl/f/sh/1t6Af4OiGsHn121d7AVaXoeqOLvjzl/7wA-JOI2F–v). Elle sera également distribuée prochainement dans un réseau de librairies partenaires.