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MARSEILLE : Histoire – De 1846 à 1989, la longue list…

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MARSEILLE : Histoire – De 1846 à 1989, la longue liste des interventions militaires des États-Unis

Les éditions Agone rappellent, via les travaux d’Howard Zinn, un siècle d’interventions militaires américaines pour des motifs souvent économiques.

MARSEILLE – Loin des discours officiels sur la diplomatie, les éditions Agone, basées à Marseille, mettent en lumière une facette plus directe de la politique étrangère des États-Unis : l’usage récurrent de la force armée pour la défense de ses intérêts stratégiques et économiques. S’appuyant sur les analyses de l’historien Howard Zinn et sur un rapport commandé par le département d’État américain lui-même en 1962, la maison d’édition engagée retrace une longue série d’opérations extérieures qui dessinent un tableau de l’interventionnisme américain de 1846 jusqu’à la fin du 20ème siècle.

Le rapport de 1962, intitulé « Quelques exemples de l’usage de la force armée américaine à l’étranger : 1798-1945 », recense pas moins de 103 opérations. Cette documentation officielle, commentée par Howard Zinn, révèle une constance dans la projection de la puissance militaire américaine, bien souvent sous le prétexte de protéger des citoyens ou des biens privés.

Expansionnisme continental et ouverture forcée des marchés

La première intervention majeure de cette liste est celle menée contre le Mexique entre 1846 et 1848. Qualifiée de « provoquée et programmée », cette guerre a permis aux États-Unis de s’emparer de la moitié du territoire mexicain, qui constitue aujourd’hui les États de Californie, Nevada, Utah, Arizona, Nouveau-Mexique et une partie du Colorado.

Quelques années plus tard, la logique se déplace de l’annexion territoriale vers la sécurisation des intérêts économiques. En 1852, des marines débarquent à Buenos Aires (Argentine) durant une révolution. En 1853, c’est au tour du Nicaragua. Le motif invoqué est systématiquement la « protection des intérêts américains ». La même année, le contre-amiral Perry mène la célèbre expédition visant à « l’ouverture du Japon », forçant par la démonstration navale l’archipel à ouvrir ses ports au commerce américain. Cette diplomatie de la canonnière s’étend aux îles Ryukyu et Bonin pour obtenir des concessions minières et commerciales.

De l’Amérique latine à l’Asie : la doctrine de l’ingérence

La seconde moitié du 19ème siècle voit se multiplier ces interventions. En 1854, la ville de Greytown (Nicaragua) est détruite pour « venger une offense » faite à un ministre américain. En 1855, les marines débarquent à Montevideo (Uruguay) aux côtés de forces européennes. La Chine (1859) et l’Angola (1860) connaissent des interventions similaires pour sécuriser les biens et citoyens américains.

L’intervention à Hawaï en 1893 constitue un cas d’école. Officiellement menée pour protéger les vies et les biens américains, elle aboutit en réalité à l’instauration d’un gouvernement provisoire favorable aux intérêts américains, dirigé par Sanford B. Dole. L’opération fut par la suite désavouée par Washington, sans pour autant que ses conséquences ne soient annulées.

1898, le tournant impérialiste

La guerre hispano-américaine de 1898 marque une étape décisive. Sous prétexte de libérer Cuba de la tutelle espagnole, les États-Unis y installent une base militaire (Guantánamo), imposent leurs investissements et s’arrogent un droit d’intervention dans les affaires intérieures de l’île. Le même scénario se répète à Porto Rico, Guam et Wake.

Aux Philippines, vendues par l’Espagne aux États-Unis, la situation débouche sur une guerre sanglante. Un soulèvement nationaliste en 1899 est écrasé en trois ans par 70 000 soldats américains, au prix de milliers de morts. L’archipel devient une colonie américaine jusqu’en 1946. Son indépendance est alors conditionnée au Bell Trade Act, qui octroie aux États-Unis un droit d’exploitation sans restriction de ses ressources naturelles. Vingt-trois bases militaires américaines y seront maintenues jusqu’en 1992.

La création d’États pour des intérêts stratégiques

Au début du 20ème siècle, l’interventionnisme américain va jusqu’à la création d’un État. En 1903, les États-Unis fomentent une révolution en Colombie pour en détacher une province et créer la République du Panama. L’objectif est unique : assurer le contrôle total du futur canal et des énormes bénéfices associés. L’histoire du Panama restera intimement liée à son créateur, comme en témoigne l’écrasement d’une révolte nationaliste par les marines en 1964, puis l’invasion du pays par 26 000 soldats en 1989 pour déposer le dictateur Manuel Noriega, un ancien allié devenu gênant.

Cette rétrospective historique, dont Agone (https://www.agone.org/) annonce qu’elle sera poursuivie dans de prochaines publications, offre un éclairage brut sur les fondements d’une politique étrangère où la puissance militaire a toujours été un instrument au service d’ambitions géopolitiques et économiques.