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MARSEILLE : « Des exploits, des chefs-d’œuvre », dé…

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Floriane Dumont
30 Jan 2024

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MARSEILLE : « Des exploits, des chefs-d’œuvre », découvrez l’expo des JO

Exposition emblématique de l’Olympiade culturelle en région, « Des exploits, des chefs d’œuvre » ouvrira ses portes le 26 avril entre le Frac Sud – Cité de l’art contemporain, le Mucem et le [mac] Musée d’art contemporain de Marseille.

Son commissaire, Jean-Marc Huitorel, dévoile les dessous de ce rendez-vous monumental.

L’art et le sport appartiennent-ils à deux mondes hermétiques, l’un savant et l’autre populaire, ou peuvent-ils s’influencer et s’enrichir mutuellement ? Quel rôle joue le jeu (olympique ou pas), dans ces deux pratiques ? Voici quelques questions qui traversent le travail de recherche mené par Jean-Marc Huitorel. Critique d’art, commissaire d’exposition et professeur, il est l’auteur de La Beauté du geste (2005), L’Art est un sport de combat (2011, avec Barbara Forest et Christine Mennesson) ou encore Une Forme olympique / Sur l’art, le sport, le jeu (2017). Sur invitation du Frac Sud – Cité de l’art contemporain, il a élaboré l’exposition centrale de l’olympiade culturelle en région, et nous en révèle quelques éléments clés.

Comment cette exposition va-t-elle créer des ponts entre les disciplines a priori éloignées que sont l’art et le sport ?

Cette exposition arrive comme une synthèse heureuse de 20 années de recherche. Mon point de départ, c’est l’art. Les ponts avec le sport sont innombrables, mais ne créent pas de similitudes. Même si on qualifie parfois d’art un but de Zidane ou un contrôle de Pelé, je crois qu’il s’agit plutôt de beauté. Le sport, ce n’est pas de l’art et l’art, ce n’est pas du sport. Ces deux disciplines cultivent un rapport différent aux règles. Dans le sport, lorsqu’on les transgresse, c’est ce qu’on appelle tricher. Dans l’art en revanche, la transgression est une forme d’invention. Un autre pont peut être fait sur le plan formel. Le sport produit beaucoup de formes comme celles des terrains, et des objets sportifs, comme les ballons ou les raquettes, des formes universelles qui font le bonheur des artistes. Enfin, l’art en général est toujours l’expression d’une époque. Ce n’est pas une bulle éloignée de tout. Aujourd’hui, le sport est un « fond d’écran » de notre société qui va forcément se retrouver dans l’art, au même titre que la mythologie, la religion ou la gloire des rois se sont trouvés au cœur du travail de peintres, sculpteurs ou écrivains à d’autres périodes. Le rapport entre le sport et l’art soulève 1000 questions !

Comment toutes ces idées vont-elles s’articuler dans les trois volets qui composent l’exposition ?

La configuration marseillaise est géniale. J’ai essayé dans chacun des 3 espaces de proposer une entrée spécifique. Au Frac Sud, on va avoir une sorte de table des matières qui s’appelle «L’heure de gloire». Cette exposition dit quelque chose de ce qu’est le sport dans le culte de la gloire, mais également de sa critique, qu’on retrouve aussi dans l’art. Tout artiste attend aussi la reconnaissance, son « quart d’heure de célébrité » comme dirait Warhol. C’est probablement le volet le plus foisonnant, on va y trouver des installations, des sculptures, des photos, de la vidéo. Au Mucem, je me suis dit qu’il était intéressant d’interroger l’objet. Quelle différence entre un ballon de Fabrice Hyber, un ballon sur un terrain de foot de village et un ballon signé Zidane ? Pourquoi ce même objet a-t-il un statut différent ? Le sport produit de l’icône, des trophées, des reliques. Un objet banal comme un ballon peut devenir une relique, lorsqu’on y met de la ferveur, de la croyance. Le Mac, quant à lui, est un lieu qui se prête merveilleusement à la peinture, on y trouvera environ 150 tableaux qui aborderont les grandes questions politiques et formelles, et celles de la ferveur, de la critique et de l’admiration. Mais ces trois volets composent bien une seule et même exposition, de 2 500 m² présentant près de 450 œuvres et une centaine d’artistes.

Pourriez-vous nous en dire plus sur les œuvres emblématiques de cette exposition ?

Je pense qu’il y a des œuvres qui vont marquer les esprits. Au Frac Sud, le jeune artiste Louka Anargyros va présenter une pièce qui s’appelle « Leather Boys », un ensemble de sculptures qui représente trois couples de motards, au sol comme un couple amoureux, avec des costumes de cuir où les logos des sponsors sont remplacés par des insultes homophobes. C’est une pièce qui cogne. Au Frac il y a aussi une grosse installation de Taro Izumi, qui est une sorte de prothèse, dans laquelle on peut se glisser pour réaliser un retourné acrobatique comme au foot. Il y aura aussi les ballons de basket en pyramide inversée de l’artiste marseillais Laurent Perbos, assez spectaculaire. Au Mac, il y a de jeunes artistes comme Mariam Abouzid Souali, qui posent des questions très actuelles, et des artistes historiques aussi, comme Raoul de Keyser. Et puis il y a une production qui est en train d’être réalisée et qui pour moi est un chef d’œuvre, il s’agit d’un triptyque de Jean Bedez qui s’appelle « Murmuration des cent sonnets », en référence à Boris Vian. C’est une œuvre réalisée à la mine de plomb, de 4 ou 5 mètres de long, qui représente l’Emirates Stadium de Londres envahi par des oiseaux. Au Mucem, il y a une œuvre qui me plait par-dessus tout, c’est celle d’Aurélie Ferruel et Florentine Guedon, qui s’appelle « Club » et qui évoque l’enthousiasme des fans de sport que sont ces jeunes femmes qui revendiquent leur origine et leur culture villageoises.

Cette exposition fera-t-elle voir le sport d’un nouvel œil pour les amateurs d’art, et l’art sous un jour nouveau pour les sportifs ?

Ce que vous me dites là, ça s’appelle l’idéal ! J’aimerais que les sportifs viennent voir les expositions, et j’aimerais que les gens qui ont l’habitude des expositions prennent conscience qu’il n’y a pas de petit sujet, qu’on peut dire quelque chose de tout, avec des œuvres de qualité. Il serait bien sûr stupide de penser que l’art peut changer le monde, mais peut-être que certains visiteurs y trouveront simplement ce qu’ils ne pensaient pas y trouver ?

SOURCE : Région Sud