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MARSEILLE : Culture – « Trésors arméniens » dévoile 300 ans d’histoire à Notre-Dame de la Garde

Le musée de Notre-Dame de la Garde expose des trésors inédits qui retracent trois siècles de la modernisation et du rayonnement de la culture arménienne.

À quelques jours de la commémoration du génocide arménien du 24 avril, le musée de la basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille présente l’exposition « Trésors arméniens, 1512-1828 ». Jusqu’au 1er mai 2026, les visiteurs peuvent découvrir une centaine d’objets d’exception, pour la plupart jamais montrés au public. Manuscrits précieux, objets liturgiques, tapisseries monumentales et arts du feu, issus de collections privées, illustrent la formidable transformation de la société arménienne sur une période de trois siècles.

Cette initiative culturelle, placée sous le commissariat de l’historien et arménologue Maxime Yevadian, s’inscrit dans le sillage du déplacement en Arménie du cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, en avril 2024. Elle offre une perspective unique sur un patrimoine riche et une histoire souvent méconnue.

De Gutenberg à la diaspora : la révolution de l’imprimé

L’exposition met en lumière un tournant décisif : l’appropriation de l’imprimerie à caractères mobiles par les Arméniens. Moins de trois générations après Gutenberg, un négociant visionnaire publie dès 1512 les premiers ouvrages en langue arménienne. Ce geste fondateur inaugure une période d’intense activité éditoriale, marquant la transition d’une société imprégnée de son héritage médiéval vers une modernité intellectuelle.

Des dizaines d’imprimeries voient alors le jour, publiant des milliers de livres qui mêlent savoirs anciens et connaissances nouvelles. Traités scientifiques, cartes des continents basées sur les projections les plus récentes, textes religieux et œuvres littéraires circulent largement à travers l’Eurasie, portés par une diaspora dynamique et mobile. Ces ouvrages deviennent le vecteur d’une renaissance culturelle et scientifique.

Un puissant réseau de négociants, moteur de la renaissance culturelle

Cette effervescence intellectuelle n’aurait pas été possible sans le soutien d’un puissant réseau de négociants internationaux. Du 16ème au 19ème siècle, les marchands arméniens relient la Chine impériale, la Perse safavide, la Russie des Romanov, l’Empire ottoman et l’ensemble des nations européennes. Leur commerce, structuré autour des soies brutes, des perles et des pierres précieuses, leur permet d’accumuler des fortunes considérables.

Plus qu’un simple réseau commercial, ces routes deviennent des canaux fondamentaux pour la diffusion des idées, des techniques et des arts. L’exposition illustre « l’union sacrée » entre des prélats éclairés et ces négociants mécènes. Ensemble, ils assurent non seulement la préservation d’un patrimoine ancien, mais financent également la production de nouvelles œuvres d’une qualité exceptionnelle, comme le Tétraévangile de 1690 présenté dans l’exposition.

Quand l’Arménie inspirait les Lumières

L’un des aspects les plus fascinants de l’exposition est la mise en perspective de l’influence de la culture arménienne sur l’Europe, et plus particulièrement sur la France des Lumières. Le parcours révèle comment l’imaginaire arménien a marqué des penseurs comme Jean-Jacques Rousseau. Une statue en bronze de 1779, signée Houdon, le représente d’ailleurs en costume arménien, témoignant de la fascination de l’époque.

Cette influence se retrouve également dans les arts décoratifs, à l’image d’une spectaculaire tapisserie d’Aubusson du début du 18ème siècle illustrant une scène de l’histoire arménienne. L’exposition démontre ainsi que loin d’être une culture isolée, la société arménienne a pleinement participé aux grands dialogues intellectuels et artistiques de son temps.

Informations pratiques

L’exposition « Trésors arméniens, 1512-1828 » se tient au musée de Notre-Dame de la Garde, rue du Fort du Sanctuaire (13006 Marseille), tous les jours de 9h à 17h.

Le tarif d’entrée est de 3 euros, et la gratuité est accordée aux moins de 12 ans.

Des visites commentées par les experts Roy Arakelian, Saténig Batwagan ou le commissaire Maxime Yevadian sont organisées les samedis 18 et 25 avril, à 11h, 14h et 15h (réservation obligatoire via contact@sourcesdarmenie.com). Des visites guidées pour les groupes sont également possibles sur demande à musee@notredamedelagarde.com.

Le catalogue de l’exposition, un ouvrage de 464 pages richement illustré, est disponible à la vente (48 €) à la boutique de la basilique et sur le site https://sourcesdarmenie.com/boutique.