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LONDRES : Environnement – Les caméras embarquées s’imposent comme un rempart contre la criminalité en mer

L’Environmental Justice Foundation publie un rapport appelant à généraliser les caméras embarquées sur les navires de pêche pour stopper l’impunité et protéger les droits humains.

De vastes étendues océaniques demeurent des zones de non-droit où la pêche illégale et les abus envers les équipages prolifèrent en l’absence de témoins. Face à ce constat, l’Environmental Justice Foundation (EJF) dévoile ce mercredi 28 janvier 2026 un nouveau rapport (https://ejfoundation.org/reports/eyes-on-the-water) intitulé « Eyes on the Water ». L’ONG y démontre comment la généralisation de la vidéosurveillance (CCTV) à bord des navires pourrait transformer la transparence du secteur, à condition d’être strictement encadrée.

Une dissuasion efficace contre le pillage

Les méthodes traditionnelles de surveillance, tels que les journaux de bord ou les systèmes de suivi par satellite, ne permettent pas de visualiser ce qui se passe réellement sur le pont. L’EJF s’appuie sur des études de cas concrètes pour prouver l’efficacité des caméras.

À Taïwan, où le gouvernement a subventionné l’installation de caméras sur une grande partie de la flotte de pêche lointaine, les résultats sont probants. La technologie dissuade notamment la découpe d’ailerons de requins (shark finning) et la capture d’espèces protégées. Un pêcheur témoigne dans le rapport : « Il y a maintenant des lois et des caméras. Si nous attrapions un requin, nous le relâcherions ». Un autre ajoute : « Si nous prenions un requin, il serait coupé. Mais maintenant, c’est interdit car il y a la vidéosurveillance ».

Protéger ceux qui surveillent

Le rapport met également en lumière l’urgence de sécuriser les observateurs humains. Ces professionnels, chargés de contrôler les prises, sont isolés et vulnérables. Au cours de la dernière décennie, au moins quatorze d’entre eux ont disparu ou ont été tués dans des circonstances suspectes.

Le cas du Ghana est emblématique. Deux observateurs, Emmanuel Essien et Samuel Abayateye, y ont disparu respectivement en 2019 et 2023. Le rapport souligne que la présence de caméras, transmettant des images en temps réel, pourrait prévenir de tels drames en dissuadant les intimidations et en fournissant des preuves irréfutables en cas d’incident.

Une technologie à double tranchant

Toutefois, l’EJF avertit que la technologie ne constitue pas une solution miracle et peut même se retourner contre les équipages si elle n’est pas réglementée. Dans certaines flottes, comme celle de la Chine, la vidéosurveillance risque d’être utilisée pour surveiller et punir les travailleurs plutôt que pour garantir leur sécurité.

Le témoignage recueilli par l’EJF auprès d’un marin indonésien travaillant sur un navire chinois illustre parfaitement cette dérive : « J’avais faim. J’avais pitié de voir mes collègues. Je sentais qu’ils étaient de ma famille ; nous travaillions et lutions ensemble depuis 20 mois. Nous étions confrontés à une situation où nous n’avions plus de nourriture du tout. Nous trouvions du poisson mais pas d’huile. Nous avons trouvé des pommes de terre qui pouvaient être bouillies en réserve. […] Trois d’entre eux [l’équipage chinois] m’ont frappé simultanément […] Je suis monté à l’étage et je me suis retrouvé directement face à la vidéosurveillance […] Je pensais que cela pouvait être à propos des pommes de terre. Mais je me demande pourquoi une petite chose comme celle-ci est devenue un problème car il restait encore cinq paquets ».

Ce récit corrobore l’analyse de l’ONG : sans un accès indépendant aux données et sans protection de la vie privée, les caméras peuvent devenir des outils de répression entre les mains de capitaines peu scrupuleux.

Pour une surveillance éthique et connectée

Pour éviter ces écueils, Steve Trent, fondateur et directeur général de l’EJF, insiste sur la nécessité d’une réforme systémique : « Lorsque les navires opèrent sans contrôle, les écosystèmes sont pillés et les travailleurs sont exploités en toute impunité. Les preuves issues des études pilotes montrent que la CCTV peut être un outil puissant pour mettre en lumière ces abus ».

Il ajoute : « Elle permet une surveillance continue et vérifiable, là où les mécanismes traditionnels sont inefficaces. Il devient ainsi beaucoup plus difficile pour les auteurs de crimes en mer d’échapper à la justice ».

Le rapport formule plusieurs recommandations clés pour les gouvernements et les acteurs de l’industrie :

*   Standardiser l’usage de la vidéosurveillance dans les systèmes de contrôle des pêches.

*   Étendre son utilisation au respect des droits humains et non plus seulement à la conformité environnementale.

*   Garantir un accès sécurisé et indépendant aux images pour les autorités.

*   Coupler obligatoirement les caméras à une connexion Wi-Fi accessible aux équipages, leur permettant de signaler les abus en temps réel.

L’EJF appelle enfin tous les gouvernements à approuver la Charte mondiale pour la transparence dans les pêches, afin d’assurer que les océans ne soient plus des zones de non-droit.