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LES ORRES : Les stations de montagne face au changement c…

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Floriane Dumont
6 Mai 2024

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LES ORRES : Les stations de montagne face au changement climatique

Comment rêver encore de montagne quand certains dénoncent les sports d’hiver au nom d’une écologique dogmatique.

« Les stations de montagne face au changement climatique », c’est le rapport inquiétant publié au début de l’année par la Cour des Comptes. Selon les Sages de la rue Cambon, le modèle économique du ski s’essoufflerait et les politiques d’adaptation resteraient en deçà des enjeux, reposant essentiellement sur la production de neige artificielle. Certes, cette réponse ne constitue qu’une protection relative et transitoire contre les effets du changement climatique d’autant que son coût est relativement important et que la hausse des températures pose un problème. Et, il reste à savoir si la production de neige a des impacts sur la ressource en eau, l’hydrosystème et si ces impacts sont acceptables ou non. Depuis les années 80, on a observé un manque d’enneigement car les montagnes, avec les régions arctiques, étaient les zones de la planète qui se réchauffaient le plus vite, produisant des conséquences sur l’économie de la montagne, le tourisme, la ressource en eau, le pastoralisme, etc.

Face à ce phénomène, les stations, fragilisées par le manque d’enneigement, la perte de leur clientèle, et des skieurs, n’ont pas tardé à réagir d’autant que la ressource en eau a été, longtemps, considérée comme inépuisable.

IMPORTANTS INVESTISSEMENTS

Face à cette situation, la station des Orres est le leader du projet Espace Alpin Smart Altitude qui compte 27 stations européennes engagées dans la transition énergétique et vers un tourisme durable. Lancé par l’Union Européenne, pour la région Alpine SUERA, ce projet réunit 10 partenaires de six pays alpins depuis 2018. L’objectif est prendre en compte la spécificité de la montagne, et de proposer des solutions innovantes en matière d’écologie et d’économie. Dans le cadre de la montagne de demain, la station des Orres a réalisé d’importants investissements visant à moderniser ses remontées mécaniques, à réaménager le front de neige 1800, à renforcer l’enneigement des pistes et à développer les activités estivales.Dès 2008, la station a souhaité s’inscrire dans la maîtrise de l’énergie et le développement des énergies renouvelables.

Ainsi, la station est passée de 200 machines à enneiger (2016) à 300 en 2024. L’investissement dans les dernières versions de supervisions « Neige système Leica » a permis d’identifier les volumes produits et étalés sur les pistes et de fixer à chaque machine une emprise d’enneigement et un volume d’eau nécessaire par zone. Ces volumes sont revus chaque année à la baisse, ce qui porte la consommation théorique d’eau, à 250 0000 m³, sur une année correcte en enneigement naturel.

CONSOMMATION ELECTRIQUE

La mise en place de ce modèle de production ciblée a permis de faire une économie globale de 15% de la ressource en eau, une optimisation de la consommation électrique, une réduction de la consommation en carburant et en temps de travail des dameuses, l’amélioration de la qualité du manteau neigeux avec une meilleure répartition de la neige et la suppression des zones où la terre pouvait apparaître spontanément. Enfin, les fournisseurs ont été sollicités afin que des passerelles soient faites entre les différents logiciels avec un retour des consommations électriques en direct, un meilleur suivi et une possibilité de délestage des réseaux. Un travail est effectué sur le modèle de piste parfaite, en examinant sur chaque piste : le flux skieur, l’exposition au vent et au soleil, la pente et d’autres éléments. A terme, le responsable neige de culture pourra mieux gérer les épaisseurs du manteau, jouer avec le profil du terrain, stocker de la neige aux endroits sensibles identifiés et analyser le profil de piste pour le travailler en été si nécessaire.

De 2012 à 2014, Les Orres et la SEMLORE se sont engagées auprès du pays Serre Ponçon Ubaye Durance pour tester un outil qui permet de maîtriser la consommation d’énergie sur l’espace de glisse. Le programme ALPSTAR s’est déroulé en partenariat avec la Commission internationale de protection des Alpes (CIPRA) et 8 pays européens de l’arc alpin. Les résultats ont été concluants en enregistrant une baisse de 20% de la puissance électrique souscrite, 10% de réduction sur la consommation d’énergie et une baisse de 7% d’émissions de gaz à effet de serre. A la fin, la SEMLORE a économisé 190 000€ sur sa facture énergétique soit 8% de son chiffre d’affaires.

DIVERSIFICATION

En France, deuxième destination pour le tourisme hivernal, 120 000 emplois dépendent de la pratique des sports d’hiver. Chaque année, 53,9 millions de pratiquants se rendent sur les pistes françaises, profitant d’un panachage, assez unique en Europe, de petites et de grandes stations. La montagne, longtemps associée à la neige et au ski pratiqué quelques mois dans l’année, est devenue une destination très prisée en toute saison.

C’est pourquoi, pour réussir leur transition, écologique et économique, les acteurs misent sur l’innovation. L’objectif est de réduire la dépendance des stations à l’offre tout ski. Dans le cas d’un enneigement moins important, les activités telles que les randonnées en raquettes, la luge et la motoneige sont donc proposées. En absence de neige, l’offre pourrait s’étendre au domaine de la santé (bien-être, cures, spa…), au domaine culturel (visites historiques, musées) ou aux congrès et séminaires.

Une diversification des activités sportives est également possible, en ouvrant les pistes aux VTT en hiver, d’autant que les stations sont généralement déjà équipées pour l’été.

Aux Orres, une nouveauté majeure existe avec le PSI-Pôle Sport Innovation. Un bâtiment innovant dans le développement des sports 4 saisons qui offre une palette d’activités de l’initiation au perfectionnement avec 5 simulateurs en réalité virtuelle (VTT de descente, ski alpin, canoë-kayak, parapente), un tapis de ski incliné, 10 modules d’escalade ludique, un mur d’escalade avec 24 voies du 3C au 7, une salle de bloc, une salle de musculation et une salle de fitness pour les cours de gym.

Le défi est de conserver les talents.

Comme le chante Jean Ferrat : « Que la montagne est belle, il ne faudrait pas qu’ils quittent un à un leur pays, pour s’en aller gagner leur vie, loin de la terre où ils sont nés ».

Bernard BERTUCCO VAN DAMME, envoyé spécial aux Orres.