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LE CAP : Samaila ZUBAIRU : « L’Afrique doit rediriger sa do…

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LE CAP : Samaila ZUBAIRU : « L’Afrique doit rediriger sa dotation minière vers l’industrie »

L’Africa Finance Corporation révèle que l’Afrique possède 29 500 milliards de dollars de minerais et appelle à une stratégie industrielle locale.

C’est un changement de paradigme majeur que préconise l’Africa Finance Corporation (AFC) (www.AfricaFC.org) à l’occasion de l’ouverture du Mining Indaba. Dans une nouvelle étude (http://apo-opa.co/4txjr5p) publiée ce lundi 9 février, l’institution financière multilatérale estime la valeur minière du continent à 29 500 milliards de dollars, soit environ 20 % de la richesse mondiale. Pourtant, l’Afrique ne capte qu’une infime partie de cette manne économique.

Pour remédier à ce déséquilibre, l’AFC lance le « Compendium of Africa’s Strategic Minerals ». L’objectif est clair : sortir du modèle d’exportation brute pour privilégier la transformation locale.

« Aujourd’hui, AFC est fier de lancer le Compendium of Africa’s Strategic Minerals, une initiative visant à recadrer avec un prisme africain et à traduire les dotations en voies d’exécution pour notre prospérité collective », a déclaré Samaila Zubairu, président et CEO d’AFC.

Un manque de données qui coûte cher

Le rapport pointe un déficit structurel : 8 600 milliards de dollars de ressources restent inexploités, faute de données géologiques fiables. Cette fragmentation de l’information augmente la perception du risque et freine les investisseurs. L’étude insiste sur la nécessité d’améliorer la disponibilité des données pour « débloquer des capitaux d’exploration ».

Mais le véritable manque à gagner se situe en aval. En ne transformant pas ses minerais en acier, batteries ou engrais, l’Afrique se prive d’une valeur ajoutée considérable. Le document souligne que la dépendance aux cycles industriels asiatiques fragilise les économies locales. Le ralentissement de la demande en Chine a ainsi provoqué des chocs immédiats, entraînant des quotas sur le cobalt en République démocratique du Congo ou l’arrêt de la production d’acier primaire en Afrique du Sud.

Lier infrastructures et demande régionale

Pour sortir de cette impasse, l’AFC plaide pour une approche intégrant mines, infrastructures et demande locale.

« Le compendium cartographie l’ensemble des chaînes de valeur et relie les réserves et la production à la capacité de transformation », précise M. Zubairu.

L’infrastructure ne doit plus être vue comme un simple outil logistique, mais comme le système nerveux de l’industrialisation. Le rapport identifie les corridors ferroviaires et les réseaux électriques transfrontaliers comme des leviers essentiels pour réduire les coûts et permettre l’enrichissement local des minerais. Le corridor de Lobito est cité en exemple pour son potentiel à réduire l’intensité carbone des chaînes d’approvisionnement.

Une place stratégique dans une économie fragmentée

Dans un contexte géopolitique marqué par les tensions commerciales, l’Afrique a une carte maîtresse à jouer. Le rapport encourage une intégration sélective dans les chaînes de valeur mondiales, notamment pour les minéraux critiques comme le manganèse, le graphite ou les terres rares.

Des signaux positifs émergent déjà sur le continent : l’Angola développe un gisement majeur de terres rares, le Mozambique s’impose sur le marché du graphite et la production d’uranium reprend en Namibie.

L’Africa Finance Corporation (https://www.africafc.org/), créée en 2007, est une institution multilatérale qui investit dans les infrastructures à travers l’Afrique pour stimuler la croissance économique.