LA SEYNE SUR MER : Secours Catholique du Var – On ne…
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LA SEYNE SUR MER : Secours Catholique du Var – On ne choisit pas de vivre dans la grande pauvreté
Il y a trente ans, le Secours Catholique faisait le choix de documenter, chiffres à l’appui, ce que ses bénévoles observaient au quotidien : la pauvreté, dans toutes ses réalités.
Année après année, ce rapport est bien plus qu’un outil statistique. C’est une vigie, un baromètre du visage changeant de la pauvreté, mais aussi un cri adressé à la société et aux pouvoirs publics.
Le visage changeant de la pauvreté en dix principaux constats
On ne choisit pas de vivre dans la grande pauvreté
Dans les années 1980, la société française découvre le chômage de masse. Elle rêve encore du retour au plein emploi et s’en veut de ne pas pouvoir fournir un travail à tout le monde, d’autant que l’emploi est la pierre angulaire de son système de protection sociale. La volonté de fournir une protection minimale aux personnes durablement privées d’emploi, et de leur permettre d’en retrouver un, préside à la création du Revenu minimum d’insertion, en 1988.
Depuis le milieu des années 2010 et l’inversion de la courbe du chômage, tout se passe comme si la responsabilité de la pauvreté reposait désormais intégralement sur les personnes elles-mêmes. On a beau savoir le poids du lieu, du milieu où l’on a grandi sur sa trajectoire, l’idée se répand que chacun ne devrait sa place dans la société qu’à son mérite propre.
C’est ainsi que les plus pauvres sont devenus coupables, aux yeux de beaucoup : coupables, au choix, de ne pas trouver d’emploi, de coûter cher à la société, de mal éduquer leurs enfants, de ne pas être de chez nous… Le tribunal de l’opinion semble avoir parlé, car déjà la logique pénale pénètre insidieusement les politiques sociales, avec sa mise sous surveillance de fraudeurs en puissance, ses périodes probatoires, ses sanctions.
Cette évolution est ressentie douloureusement par les personnes que nous rencontrons. C’est ce qui transparaît de façon convergente des échanges qui ont animé deux groupes, aux Avenières (Isère) « On est catalogué comme des fainéants » et à Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne) « Je le ressens moi personnellement, la société, l’État nous enfoncent, ils nous jugent négativement car on perçoit des aides sociales ».
Dans ce tribunal sans procès, puissent les constats que fait le Secours Catholique sur le terrain permettre à nos concitoyens d’ouvrir les yeux sur ce qui s’apparente à une gigantesque erreur judiciaire. Car non, les personnes qui vivent dans la grande pauvreté ne l’ont pas choisi.
Reprenons les principaux constats sur les visages de la pauvreté rencontrés par le Secours Catholique :
39% sont des enfants ;
une population croissante et vieillissante est inapte au travail pour motif de santé, souvent le fruit de carrières professionnelles qui ont abîmé les corps ;
parmi les personnes de nationalité étrangère, plus des deux tiers se voient refuser le droit de travailler alors qu’une majorité le voudrait, ou sont contraintes au travail informel, ultra précaire ;
la pauvreté des adultes doit beaucoup au fait d’être seul, avec ou sans enfants, à devoir faire face. D’où la surreprésentation des mamans solo et des hommes seuls – des vies marquées par l’isolement, les séparations, les deuils ;
la part des chômeurs diminue quand l’économie crée de l’emploi, mais il ne suffit hélas pas de traverser la rue pour retrouver un emploi : il en faut de l’énergie, quand la privation d’emploi vous a durablement miné, quand vous avancez en âge (on a vu doubler la part des chômeurs de plus de 50 ans), que toutes les portes se referment, et quand il n’y a au niveau national qu’1 emploi vacant pour 14 demandeurs d’emploi ;
occuper un emploi ne suffit pas à sortir de la pauvreté, surtout quand il est précaire (temps partiel, intérim, CDD, saisonnier), mais même un CDI n’est pas la garantie d’un niveau de vie suffisant pour subvenir à ses besoins, comme en atteste la part croissante des personnes en CDI qui se tournent vers le Secours Catholique ;
en 2024, plus de 6 ménages sur 10, bien que percevant des ressources, sont en situation d’extrême pauvreté (+5 points depuis 2017). Autrement dit, nos filets de protection sociale ne permettent pas de protéger de la misère.