LA SEYNE SUR MER : Secours Catholique du Var – La Fra…
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LA SEYNE SUR MER : Secours Catholique du Var – La France mauvaise élève de l’Union européenne
Il y a trente ans, le Secours Catholique faisait le choix de documenter, chiffres à l’appui, ce que ses bénévoles observaient au quotidien : la pauvreté, dans toutes ses réalités.
Année après année, ce rapport est bien plus qu’un outil statistique. C’est une vigie, un baromètre du visage changeant de la pauvreté, mais aussi un cri adressé à la société et aux pouvoirs publics.
La pauvreté n’est pas une fatalité
Avec un taux de pauvreté mesuré par l’Insee de 14,5% en 1996 et de 14,4% en 2022, qui ne prend pas en compte la situation des personnes en logement instable, on peut avoir l’impression que rien ne change sur le front de la pauvreté, si ce n’est sa récente et nette augmentation en 2023 (15,4%). Si la pauvreté a toujours été là, peut-on penser, les associations ont beau alerter, pourquoi en irait-il autrement demain ?
C’est ainsi que s’installe dans l’opinion une forme de fatalisme : que près de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France ferait partie du paysage.
Pour le Secours Catholique, ce défaitisme n’est pas seulement inacceptable : il relève aussi de l’erreur d’analyse.
Car une relecture attentive des trente dernières années montre l’impact des choix politiques sur les évolutions de la pauvreté.
La France mauvaise élève de l’Union européenne
En 2015, les États membres des Nations unies se sont engagés à atteindre d’ici 2030 divers Objectifs de développement durable, dont le no 1 est l’élimination de l’extrême pauvreté. Pour en mesurer l’avancée, l’Union européenne s’est dotée d’un indicateur, le «risque de pauvreté ou d’exclusion sociale», qui combine privations matérielles et sociales, intensité du travail au sein du ménage et taux de pauvreté.
Avec une personne sur cinq (20,5 %) menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale, la France se situe dans la moyenne européenne en 2024. Mais, de tous les États membres de l’Union européenne, seuls quatre pays ont vu cet indicateur reculer depuis 2015, et la France est le pays où la situation s’est dégradée le plus (+ 11 %). Sans entreprendre ici une étude comparative des politiques sociales des différents Etats membres, qui serait la bienvenue pour identifier les politiques les plus efficaces dans la lutte contre la pauvreté, on peut déjà tirer deux enseignements de ce constat.
Primo, faute de se donner des objectifs en matière de lutte contre la pauvreté –ce que lui impose pourtant la loi du 1er décembre 2008*5 –, la France recule. Deusio, l’expérience de ses partenaires européens démontre qu’il est possible de faire beaucoup mieux. On citera simplement à titre d’exemple le Portugal, où le risque de pauvreté et d’exclusion a reculé de 7 points entre 2015 et 2022, grâce notamment à la revalorisation du «revenu social d’insertion », à l’élargissement de sa couverture (familles monoparentales, jeunes adultes) et à l’introduction en 2022 d’un minimum de 600 euros par an et par enfant, avec un supplémentant pour ceux en grande pauvreté. Cet indicateur est intéressant car il donne à percevoir qu’il n’y a pas une frontière étanche entre «les pauvres» et le reste de la population, pas plus qu’il n’y aurait d’un côté la «France qui travaille» et de l’autre la «France des allocs», comme le souligne Axelle Brodiez-Dolino, même si la première en recherche de respectabilité tend à rejeter le stigmate sur la seconde.
Ce sont souvent les mêmes ménages, que ce soit à des moments différents de leur vie ou en même temps parce que l’emploi ne suffit pas à leur offrir la stabilité budgétaire et le niveau de revenu qui permettent de sortir la tête de l’eau. Au total, la moitié des Français ont du mal à boucler leur budget, du fait notamment de la hausse des dépenses de logement, et le sentiment qu’il leur est impossible de sortir de leur condition.
5. «Le Gouvernement définit, par période de cinq ans,(…) un objectif quantifié de réduction de la pauvreté (…). Il transmet au Parlement, chaque année, un rapport sur les conditions de réalisation (…), ainsi que sur les mesures et les moyens financiers mis en œuvre pour y satisfaire» (l‘article L.115-4-1 du Code de l’Action sociale).