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JOHANNESBURG : NJ AYUK : « Le pétrole et le gaz ne sont pas le problème, c’est le sous-développement »
La Chambre africaine de l’énergie et les États-Unis pressent l’AIE de privilégier la sécurité énergétique et la cuisson propre en Afrique.
Les tensions montent entre l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et les acteurs majeurs du secteur énergétique africain et américain. En ce jeudi 19 février 2026, la Chambre africaine de l’énergie (AEC) relaie une prise de position ferme des États-Unis et des leaders africains : l’institution basée à Paris doit impérativement revenir à son mandat fondateur, celui de la sécurité énergétique, sous peine de perdre ses soutiens les plus influents.
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, n’a pas mâché ses mots lors de la réunion ministérielle de l’AIE cette semaine. Il a laissé entendre que Washington pourrait envisager un retrait de l’institution si celle-ci ne réorientait pas sa stratégie, jugée trop influencée par l’idéologie climatique au détriment des réalités du terrain. Pour Chris Wright, la priorité absolue doit être l’accès à l’énergie et le déploiement de solutions de cuisson propre réalisables.
Une instrumentalisation des perspectives énergétiques
Ce constat rejoint celui porté depuis plusieurs années par la Chambre africaine de l’énergie. Selon l’AEC, l’agence s’est éloignée de son objectif initial en politisant ses perspectives, favorisant ainsi des discours restrictifs sur le financement des hydrocarbures. Cette orientation a des conséquences directes : la fuite des capitaux hors du secteur pétrolier et gazier africain ralentit la lutte contre la pauvreté énergétique.
La feuille de route de l’AIE pour la neutralité carbone, mise à jour en 2025, est particulièrement visée. Elle préconise l’arrêt des nouveaux investissements dans les combustibles fossiles et la fin des ventes de chaudières à énergies fossiles. « Pour de nombreux pays en développement, la voie vers la neutralité carbone sans aide internationale n’est pas claire », avait d’ailleurs réagi l’OPEP, soulignant le manque de soutien technique et financier.
L’asphyxie financière des projets africains
L’impact de ces directives est lourd pour le continent. Des géants bancaires comme BNP Paribas ou HSBC ont suspendu leurs financements dans le secteur, tandis que d’autres institutions comme la Deutsche Bank ou la Banque mondiale restreignent leurs investissements. Une situation que la Chambre africaine de l’énergie qualifie d’injuste.
NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC, dénonce cette politique de deux poids, deux mesures : « Une banque devrait évaluer les investissements dans un champ pétrolier africain en fonction de la viabilité du projet et des risques associés, comme elle le ferait pour un projet norvégien, britannique ou américain. Or, ce n’est pas le cas. C’est précisément pour cette raison que l’AEC prévoit de tenir plusieurs banques légalement responsables de la promotion de l’apartheid financier dans le secteur de l’énergie ».
L’impératif vital de la cuisson propre
L’enjeu est humain avant d’être économique. Plus de 900 millions d’Africains n’ont pas accès à une cuisson propre. Si les recommandations de l’AIE étaient suivies à la lettre, de nombreux projets gaziers stratégiques (Angola LNG, Congo LNG, Grand Tortue Ahmeyim au Sénégal) seraient menacés, privant le continent de ressources essentielles pour le gaz de pétrole liquéfié (GPL).
Chris Wright a rappelé qu’un investissement annuel de 4 milliards de dollars suffirait pour accélérer le déploiement de solutions de cuisson propre et sortir près de deux milliards de personnes de la pauvreté énergétique. Il regrette que les financements soient détournés vers des technologies qui ne profitent pour l’instant qu’aux pays riches. « Le monde dépense aujourd’hui 1 000 milliards de dollars au nom de la lutte contre le changement climatique […] Cela n’a eu un impact significatif que dans les pays riches », a-t-il déclaré.
Vers un pragmatisme renouvelé ?
Face à la fronde, l’AIE semble amorcer un virage en annonçant qu’elle accueillera la Clean Cooking Alliance (CCA) pour collaborer avec les gouvernements et l’industrie. De leur côté, les États-Unis lancent un programme d’accélération focalisé sur l’Afrique.
Pour NJ Ayuk, ces annonces vont dans le bon sens mais restent insuffisantes si elles ne s’accompagnent pas d’un changement doctrinal profond. « La réforme de l’AIE doit aller au-delà des communiqués de presse », insiste-t-il. « L’Afrique ne mettra pas fin à la pauvreté énergétique en abandonnant les ressources mêmes qui peuvent financer son développement. Le pétrole et le gaz ne sont pas le problème, c’est le sous-développement qui l’est ».
La position de l’AEC est claire : les hydrocarbures africains sont compatibles avec les objectifs climatiques mondiaux et sont nécessaires au développement. « Nous ne voulons pas d’aide, nous voulons des partenariats », conclut NJ Ayuk.
La Chambre africaine de l’énergie (https://energychamber.org) continue de plaider pour une transition énergétique juste qui ne sacrifie pas le développement économique du continent.