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JOHANNESBURG : NJ Ayuk : « La production décentralisée et l…

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JOHANNESBURG : NJ Ayuk : « La production décentralisée et les micro-réseaux recèlent un potentiel extraordinaire »

Le président de la Chambre africaine de l’énergie préconise le déploiement massif de micro-réseaux pour éradiquer la pauvreté énergétique en milieu rural.

La fracture énergétique en Afrique demeure un défi majeur, particulièrement pour les populations rurales. NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie (https://EnergyChamber.org), analyse la situation à la lumière du rapport « State of African Energy: 2026 Outlook Report ». Pour lui, la solution réside désormais dans l’innovation technologique et les modèles décentralisés, loin des extensions de réseaux traditionnels trop coûteuses.

Une réalité humaine derrière les statistiques

Pour illustrer l’urgence de la situation, NJ Ayuk évoque le parcours d’Emmanuel Malamba. À 27 ans, ce jeune homme a grandi dans le district rural de Nkhotakota, au Malawi. Ses souvenirs ne relèvent pas du folklore, mais d’une lutte quotidienne : faire ses devoirs à la lueur d’une bougie, parcourir des kilomètres à pied. Aujourd’hui étudiant diplômé en énergie durable, il témoigne de cette réalité qui freine la productivité, limite la croissance industrielle et restreint les possibilités de sortir de la pauvreté.

« Cette répartition inégale est largement due à de meilleurs investissements dans les infrastructures des villes, où la concentration de la population et des activités économiques rend plus viable la fourniture de services par les entreprises de services publics », détaille le rapport de la Chambre. À l’inverse, les zones rurales pâtissent d’une faible densité de population et de revenus limités, rendant l’extension classique du réseau électrique économiquement difficile.

Un déficit structurel aggravé par la démographie

Si la pauvreté énergétique recule à l’échelle mondiale, elle s’aggrave dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne. Selon les données du rapport « Outlook 2026 », les taux d’électrification plafonnent à 59 % dans les régions occidentales et à 54 % dans les régions orientales. Des pays comme le Burkina Faso, le Tchad, la République démocratique du Congo (RDC) ou encore le Soudan du Sud affichent des taux inférieurs à 30 %.

Plusieurs facteurs expliquent ce retard : infrastructures limitées, contraintes financières des États, obstacles bureaucratiques et défis géographiques immenses. De plus, la croissance démographique rapide annule souvent les gains réalisés. Avec environ 2,5 millions de personnes supplémentaires chaque mois en Afrique subsaharienne, ce sont 180 millions d’habitants de plus qui auront besoin d’électricité d’ici six ans.

L’impasse des réseaux traditionnels

Face à l’immensité des territoires, l’extension des réseaux électriques classiques (lignes à haute tension) se révèle être une option financièrement insoutenable pour les zones rurales. « Les lignes de transport peuvent coûter entre 19 000 et 22 000 dollars américains par kilomètre, auxquels s’ajoutent 9 000 dollars américains par kilomètre pour la distribution », précise NJ Ayuk. Répercuter ces coûts sur les factures des ménages ruraux est impossible.

C’est ici que la technologie change la donne. « Je suis convaincu que nous pouvons faire des progrès importants pour lutter contre la pauvreté énergétique en Afrique rurale grâce à deux approches clés : la production décentralisée (DG) et les micro-réseaux », affirme le président de la Chambre.

L’essor des solutions décentralisées

La production décentralisée et les micro-réseaux permettent de fournir de l’énergie propre et abordable, sans attendre les grands projets d’infrastructure. Les systèmes solaires hors réseau représentent déjà environ un quart des nouveaux raccordements en Afrique subsaharienne depuis 2020.

Les micro-réseaux, qui combinent souvent solaire, éolien et stockage par batteries, peuvent être déployés en quelques mois. « Avec une baisse des coûts des technologies renouvelables de 25 à 30 % depuis 2014, ces systèmes sont plus abordables que jamais », souligne NJ Ayuk. Au Ghana, par exemple, les mini-réseaux se sont révélés être l’option la moins coûteuse pour électrifier les communautés isolées.

Mobiliser 30 milliards de dollars par an

Pour atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, le rapport estime les besoins d’investissement à plus de 30 milliards de dollars par an, soit huit fois les niveaux actuels. L’initiative « Mission 300 », lancée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, vise déjà à connecter 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030, avec 21 millions de personnes touchées entre mi-2023 et début 2025.

Des modèles de financement innovants émergent également, comme les systèmes de paiement à l’utilisation (Pay-as-you-go). En Afrique de l’Est, M-KOPA Solar a ainsi équipé plus d’un million de foyers. Au Nigeria, le partenariat entre MTN et Lumos permet d’alimenter foyers et PME en énergie solaire.

« L’Afrique doit montrer la voie avec des stratégies énergétiques équilibrées qui combinent le gaz à l’électricité avec des solutions pragmatiques en matière d’énergies renouvelables », conclut NJ Ayuk.

Le rapport complet « The State of African Energy: 2026 Outlook Report » est disponible en téléchargement sur le site : https://apo-opa.co/48BLiJ1