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JOHANNESBURG : NJ AYUK : « Faire dérailler ces progrès est injuste et envoie un mauvais signal »
La Chambre africaine de l’énergie dénonce une décision de justice nigériane sur le champ de Dawes Island, y voyant un risque majeur pour les investissements.
La Chambre africaine de l’énergie (AEC) a vivement condamné une récente décision de la Haute Cour fédérale du Nigeria qui remet en question la politique énergétique du pays. Le jugement annule la révocation, en 2020, de la licence du champ pétrolier marginal de Dawes Island, initialement détenue par Eurafric Energy Limited. Cette licence avait été réattribuée en 2022 à Petralon 54 Limited, qui a depuis engagé des investissements considérables et a fait appel de cette nouvelle décision.
Pour l’AEC, qui se positionne comme le porte-parole du secteur énergétique africain, ce jugement constitue un « abus de pouvoir judiciaire » et une menace sérieuse pour la confiance des investisseurs et la stabilité réglementaire au Nigeria.
Un précédent juridique jugé dangereux
L’organisation pointe plusieurs incohérences juridiques dans le raisonnement du tribunal. Le principal point de friction réside dans l’application rétroactive de la loi sur l’industrie pétrolière (PIA), promulguée en août 2021, à des faits antérieurs. La licence d’Eurafric avait en effet expiré en avril 2019 et son non-renouvellement avait été acté en avril 2020, bien avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi. Pour l’AEC, cette rétroactivité « risque de compromettre le principe de sécurité juridique qui sous-tend les investissements à long terme en amont ».
De plus, la Chambre critique la qualification de « production commerciale » attribuée par le tribunal à quelque 62 000 barils extraits lors d’un simple test de puits. Dans la pratique industrielle, un test technique ne constitue pas le début d’une exploitation durable. Enfin, le fait que le jugement se fonde sur un accord de cession non signé pour établir un intérêt juridique est considéré comme une entorse aux principes fondamentaux du droit des contrats.
L’engagement de Petralon salué
La décision de la cour vient interrompre une dynamique positive initiée par le nouvel opérateur, Petralon 54 Limited. Depuis l’obtention de la licence PPL 259, l’entreprise a investi environ 60 millions de dollars, dépassant ses obligations contractuelles en forant deux nouveaux puits au lieu d’un seul. Ces efforts ont permis de lancer la production en moins d’un an, avec plus de 150 000 barils déjà évacués vers le terminal d’exportation de Bonny et des redevances versées à l’État.
Le lancement du second puits en novembre 2025, en présence du ministre d’État chargé des ressources pétrolières, Heineken Lokpobiri, avait été perçu comme un signal fort de l’alignement entre l’opérateur et le gouvernement. Ces résultats concrets illustrent le succès de la politique nigériane du « forer ou abandonner » (« drill or drop »), visant à maximiser la contribution des champs marginaux à la production nationale. « Petralon est une société indépendante nigériane qui a respecté toutes les règles, s’est conformée à toutes les réglementations et a travaillé main dans la main avec le gouvernement pour augmenter la production. Elle a foré. Elle a investi. Elle a payé des redevances. Elle a obtenu des résultats. Venir à ce moment-là et faire dérailler ces progrès est injuste et envoie un mauvais signal au marché », a déclaré NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC.
Un acteur crédible et des enjeux nationaux
L’AEC souligne que Petralon, créée en 2014, n’est pas un acteur spéculatif mais une entreprise établie qui a levé 60 millions de dollars entre 2021 et 2022 pour financer sa croissance. Outre le champ de Dawes Island, la société détient des participations dans des actifs en eaux profondes majeurs, notamment via Prime Oil & Gas sur les blocs OML 127 et 130, qui incluent des gisements de premier plan comme Agbami, Akpo et Egina.
Cette décision judiciaire intervient alors que le Nigeria cherche à attirer de nouveaux capitaux pour relancer son secteur amont. Pour la Chambre, fragiliser les entreprises locales qui investissent et obtiennent des résultats risque de décourager les partenaires nigérians et étrangers. « Il ne s’agit pas seulement d’un champ. Il s’agit de soutenir les entreprises nigérianes qui investissent au Nigeria, créent des emplois, augmentent la production et renforcent notre sécurité énergétique. Si les indépendants nigérians se retrouvent dans une situation précaire en raison de décisions judiciaires incohérentes, cela dissuadera les investissements locaux et internationaux », a ajouté M. Ayuk.


