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JOHANNESBURG : Énergie – Le Cameroun et la Guinée équatoriale s’allient pour exploiter le gaz de Yoyo-Yolanda

Le Cameroun et la Guinée équatoriale ont signé un accord d’unitisation historique pour l’exploitation conjointe des gisements gaziers de Yoyo-Yolanda, totalisant 2,5 billions de pieds cubes.

C’est la fin d’une longue période de négociations et le début d’une nouvelle ère pour la sécurité énergétique en Afrique centrale. Ce jeudi 5 février 2026, les gouvernements du Cameroun et de la Guinée équatoriale ont officialisé un accord d’unitisation permettant le développement conjoint des champs gaziers transfrontaliers de Yoyo-Yolanda. Cette signature s’inscrit dans la dynamique du « Gas Mega Hub » (GMH), une initiative stratégique portée par la Guinée équatoriale visant à monétiser les réserves de gaz régionales.

Pour la Chambre africaine de l’énergie (AEC), qui se fait l’écho du secteur, cette étape marque un tournant décisif. Les deux nations passent désormais de la théorie à la pratique, envoyant un signal fort aux marchés internationaux. « La Chambre se félicite de l’accord visant à unifier Yoyo-Yolanda. Il reste peu de temps pour monétiser les ressources gazières africaines avant que la dynamique du marché mondial ne change », a déclaré NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC.

Un potentiel de 2,5 billions de pieds cubes

Le projet Yoyo-Yolanda n’est pas anodin : il repose sur des réserves estimées à 2,5 billions de pieds cubes (tcf) de gaz naturel. Ces ressources sont situées à la frontière maritime des deux États, ce qui nécessitait une entente politique et technique ferme pour leur exploitation. Les opérateurs en place, Noble Energy Cameroon et Noble Energy Equatorial Guinea, deux filiales du géant américain Chevron, ont confirmé leur engagement.

L’objectif est clair : utiliser ces réserves pour alimenter les infrastructures existantes, notamment le complexe de gaz naturel liquéfié (GNL) de Punta Europa. Jim Swartz, président-directeur général de Chevron pour le Nigeria et l’Afrique centrale, a rappelé que ce projet est au cœur de la stratégie de la major pétrolière pour garantir un approvisionnement à long terme en GNL.

L’AEC souligne que cet accord démontre la solvabilité et l’alignement des deux pays voisins. Elle invite désormais les autorités à accélérer les décisions finales d’investissement et à s’inspirer de modèles de réussite transfrontaliers, comme le projet Greater Tortue Ahmeyim entre le Sénégal et la Mauritanie.

Une stratégie régionale d’industrialisation

Pour la Guinée équatoriale, Yoyo-Yolanda est la pierre angulaire de sa vision de hub gazier régional. Le pays entend commercialiser ses 1,5 tcf de réserves nationales pour soutenir son industrialisation. Cette volonté s’est illustrée récemment par la montée en puissance de la compagnie nationale, GEPetrol. Celle-ci a augmenté sa participation dans le projet gazier Aseng, passant de 5 % à 32,55 %, grâce à un accord de financement avec Chevron.

De son côté, le Cameroun voit dans ce projet un levier pour atteindre ses objectifs de 2035 en matière d’accès universel à l’énergie. L’exploitation de Yoyo-Yolanda doit permettre de développer l’accès au gaz de pétrole liquéfié (GPL) et à l’électricité pour les populations, tout en générant des recettes d’exportation substantielles.

Priorité aux infrastructures existantes

L’heure est désormais à l’exécution. Les experts du secteur insistent sur la nécessité de réduire les formalités administratives pour ne pas laisser passer la fenêtre d’opportunité du marché gazier mondial. L’atout majeur de ce projet réside dans l’utilisation des infrastructures de traitement et d’exportation déjà opérationnelles dans le golfe de Guinée.

Cette approche pragmatique permet de réduire considérablement les coûts d’exploitation et les délais de mise sur le marché. En mutualisant leurs ressources et leurs équipements, Malabo et Yaoundé espèrent attirer de nouveaux investissements dans une région qui s’affirme comme une nouvelle frontière pour l’industrie gazière. « Les gouvernements doivent éliminer les formalités administratives, accélérer l’exécution et tirer parti des infrastructures existantes pour maintenir la confiance des investisseurs », a conclu NJ Ayuk.