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HYERES : Alban MICHON, explorateur polaire et amoureux de l…

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HYERES : Alban MICHON, explorateur polaire et amoureux de la nature

La glace a une histoire à nous raconter…

Né à Troyes, Alban Michon a 47 ans. Il vit six mois de l’année sur la presqu’Île de Giens en été et six mois de l’année en hiver à Tignes, en Savoie.

Cet explorateur des temps modernes est un amoureux de la nature, un grand rêveur qui réalise ses rêves, un moniteur de plongée. En 2020, il ouvre la Première École des Explorateurs de France à Tignes qui permet de former, de conseiller et d’aider les personnes ayant envie de se lancer dans leur propre aventure.

PRESSE AGENCE – La Gazette du Var a rencontré Alban Michon.

Tout démarre lors de votre enfance?

Alban Michon. Tous les hivers, nous allions avec mes parents à la montagne et tous les étés, nous passions quinze jours sur la presqu’Île de Giens. J’ai fait mes premiers pas, à la Badine et j’ai appris à plonger à Giens.

A l’école, vous ne pensiez qu’à une chose : la plongée?

AM. L’école n’était pas faite pour moi, j’étais mauvais dans cet univers-là. J’avais ce sentiment que personne n’avait confiance en moi à l’école. Alors j’ai décidé d’avoir confiance en moi et de prendre ma vie en main. J’ai ainsi transformé cette peur « d’aller à l’école » en appréhension, ce qui a été génial. Ce déclic a eu lieu autour des 15/16 ans, ce qui m’a ouvert la porte des possibles. Selon moi, la peur paralyse et fige. L’appréhension permet d’être vigilant, concentré et de travailler ses projets. Je voulais faire comme le Commandant Cousteau, de la plongée et des explorations. J’ai alors travaillé pour réussir mes paris. Mes objectifs étaient d’être moniteur de plongée, je souhaitais pouvoir vivre de la plongée et devenir explorateur. J’ai été moniteur de plongée pendant 20 ans et je le suis encore, je continue à encadrer.

L’univers du Commandant Cousteau vous attirait?

AM. Le Commandant Cousteau découvrait un univers peu connu. Je suis « tombé passionné » par la plongée déjà en regardant la télévision. La passion pour moi, c’est la petite sœur de l’amour, on ne sait pas d’où elle vient. A l’âge de 10 ans, j’ai fait un baptême de plongée en piscine. J’ai trouvé ça génial de pouvoir être en apesanteur dans une piscine, de pouvoir respirer sous l’eau, je chantais sous l’eau. J’ai plongé les premières fois en mer à La Madrague à l’âge de 11/12 ans.

Vous avez décidé que votre vie serait des vacances, n’est-ce pas?

AM. J’ai passé mon monitorat de plongée à Antibes. J’avais déjà fait des plongées sous glace dans des lacs gelés à Troyes. Un jour, j’entends parler qu’une école de plongée sous glace à Tignes est à vendre. Puisque j’avais décidé que ma vie serait des vacances, j’ai donc continué d’aller l’hiver à la montagne et j’ai racheté cette école de plongée sous glace à Tignes.

Aventurier ou explorateur ?

AM. À force de plonger sous la glace, j’ai compris qu’elle avait une importance capitale sur le climat, ce qui a été le déclencheur. J’ai plongé des milliers de fois, j’ai rencontré des scientifiques, j’ai écouté des podcasts. Je voyais la glace changer visuellement. Maintenant que j’ai acquis de l’expérience dans le monde hostile sous-marin  (la partie plongée sous glace), il est temps d’aller découvrir le monde polaire (Arctique, Sibérie, Antarctique, Groënland, Canada), un peu partout où il y a de la glace. Je me suis posé cette question de savoir si j’allais faire l’aventurier ou l’explorateur. La connotation est scientifique dans le rôle de l’explorateur. En ce qui concerne l’aventurier, c’est plutôt le domaine de l’exploit sportif. L’explorateur côtoie des endroits plus ou moins hostiles, il peut emmener des scientifiques ou alors il représente les mains des scientifiques. L’explorateur a des protocoles scientifiques à réaliser car le monde évolue et change tout le temps. Si nous voulons protéger le monde, il faut des données régulières. Ma spécialité est le monde polaire. Il se réchauffe trois à quatre fois plus vite que le reste du monde en tout cas en Arctique. Nous n’avons pas suffisamment d’informations, de stations scientifiques, de recherches scientifiques parce que c’est un océan qui est gelé donc il est impossible d’y implanter une station scientifique. En revanche, 77 bases scientifiques sont présentes au Pôle Sud en Antarctique.

La vie existe sous la glace?

AM. La plongée sous la glace est une plongée d’ambiance. On a un plafond opaque qui va absorber la lumière et  des cristaux de glace vont scintiller sous la glace, ces cristaux de glace sont très poétiques c’est de l’émotion visuelle. Suivant l’endroit dans lequel nous nous trouvons,  il est possible de voir des manchots, des léopards de mer en Antarctique, des anges de mer, des morues arctiques, des narvals, des baleines, c’est la poésie des eaux polaires. En septembre 2024, je suis parti au Pôle Nord pendant un mois. J’étais sur un bateau, j’accompagnais un scientifique pour plonger sous la banquise. L’idée était de prélever des algues sur un parcours, pour voir justement en fonction du dérèglement climatique, la présence ou non de ces algues en fonction de l’époque. Pour protéger le monde, il faut avoir des informations régulières, c’est cette régularité qui manque dans les zones extrêmes.

Votre projet en cours se nomme Mission Biodysseus.

AM. Effectivement, c’est la création d’une station de recherche scientifique sous-marine qui va permettre à des scientifiques, chercheurs et ingénieurs de vivre au cœur de l’océan arctique afin d’en étudier les changements. Fixée à une dizaine de mètres de profondeur, cette plateforme unique au monde sera à la fois un laboratoire de recherche mutualisé, mais aussi un centre d’innovation technologique et une base d’entrainement spatiale. En effet, cette « sentinelle polaire » immergée sous la glace, pourra accueillir des équipages formés de « biocéanautes » (en hommage aux premiers océanautes du commandant Cousteau) se relayant à tour de rôle pour travailler sur différents programmes scientifiques (humains et environnementaux) ou pour tester / développer des prototypes et des technologies innovantes limitant notre impact sur l’environnement. En parallèle, les conditions de cette expédition hors normes se rapprochant de celles d’une mission spatiale, ce lieu pourra ainsi servir de lieu d’entrainement aux astronautes (programmes de vie en confinement, simulation de sorties extravéhiculaires en plongée, etc). Enfin, pour la sécurité des « biocéanautes », un camp de vie sera installé en surface. Une surveillance 24h/24 de la base sous-marine sera effectuée par une équipe prête à intervenir à tout moment en cas d’urgence. Cette « base vie » sera composée notamment d’un habitat lunaire ainsi que d’autres technologies et matériaux novateurs.

Laurette PARAY  – Photos DR.

Site internet : albanmichon.com