GRIMAUD : « Dessine-moi une tomate » à la Chapelle de la Qu…
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GRIMAUD : « Dessine-moi une tomate » à la Chapelle de la Queste
Pour les amoureux de la nature et du naturel, rendez-vous les 15, 16 et 17 septembre 2023 avec les artisans qui œuvrent pour un monde meilleur !
« Dessine-moi une tomate »
Enfant, je devais avoir 6 ou 7 ans, je me souviens que ma mère était furieuse qu’une immense ferme et ses terres agricoles aient été détruites pour construire, à la place, le premier supermarché de Besançon où nous habitions. Quand Mammouth, c’est ainsi que ce supermarché énorme avec un parking immense s’appelait, avec son fameux slogan Mammouth écrase les prix, a ouvert, bien sûr, nous y sommes allées, j’adorais les grandes allées et les caddies dans lesquels je m’asseyais dedans et demandais à ma mère de me pousser très vite entres les rayons, ça nous faisait rire, j’avais une maman-enfant qui riait beaucoup, et puis, tout était moins cher chez Mammouth que chez Madame Bassinet qui travaillait dans l’épicerie en bas de la rue Montrapon où, chaque jour, j’allais faire les courses avec mon chien de traîneau Sam, un beau samoyède tout blanc qui me suivait sans laisse et qui était très fier de porter dans sa gueule les gros pains que j’achetais chez Collaud, la boulangerie qui se trouvait juste en face.
Très rapidement, ma mère a abandonné Mammouth, son immense parking et ses caddies, elle préférait acheter chez Madame Bassinet, Madame Collaud et Monsieur Favérial, ses petits commerçants de notre quartier, me répétant que s’ils perdaient leur clientèle de proximité, ils allaient mourir, c’est d’ailleurs ce qui est arrivé des années plus tard, malgré la lucidité de ma mère, ils ont tous été obligés de fermer boutique. Et puis ces grandes surfaces la fatiguaient, (je suis comme elle, je suis incapable d’aller dans une grande surface, ça me fatigue et surtout ça me désole… ), elle préférait également acheter chez les paysans des bons œufs de poules qui couraient en liberté (que mon chien croquait régulièrement…), des pommes à la chair rose qui avaient le goût de celles de son enfance, du Comté et du lait frais que nous allions chercher dans les coopératives du Haut-Doubs bien avant que le Comté ne soit exporté dans toute la France puis dans le monde entier.
Mes parents connaissaient bien les propriétaires du Mammouth tout comme ils connaissaient bien Madame Bassinet, mes parents se fichaient totalement des différences sociales. Leurs fils étaient amis avec mes frères aînés. Je me souviens que toute cette bande de jeunes, venant de tous les milieux, industriel, ouvrier, enfants de dentistes ou de notaires, passaient beaucoup de temps à la maison, certains mêmes y habitaient, ils aimaient parler avec mes parents pour qui la discussion, l’argumentation, la pensée, la connaissance, l’humour, la générosité, l’accueil, la compréhension, la gentillesse, était leur mode de vie, ce qui n’existait pas chez eux. Notre maison de la rue Fanart était la maison de la liberté intellectuelle et de l’espoir, des rires aussi. De son côté, ma mère essayait de les initier à l’amour de la nature, au respect de celle-ci, c’était l’époque de René Dumont, le premier écolo français dont j’étais secrètement amoureuse, je le trouvais intelligent avec son pull col roulé rouge, mais aucun de ces jeunes ne s’inquiétait lorsque ma mère leur expliquait les dangers de l’industrialisation de l’agriculture ou de l’emploi massif des pesticides. Ils s’intéressaient uniquement à leurs premiers amours, aux roues-arrière qu’ils faisaient avec leurs motos, à trafiquer leurs voitures et à Johnny Hallyday. Alors qu’ils avaient, avec leur jeune âge, le pouvoir de changer le monde ! Tout du moins d’essayer…
Cinquante après, quel est le constat ? Le fils Bassinet, né pauvre, est devenu un brillant gynécologue, l’un des fils Mammouth, né millionnaire, est devenu SDF, les supermarchés et centres commerciaux ont envahi la France et ma mère n’est plus là.
Pour toutes ces raisons, je suis toujours heureuse et confiante lorsque je vois des artisans ou de nouveaux paysans œuvrer pour retrouver un monde plus authentique.
C’est ainsi que l’association Je fais ma part 83 (qui a créé le potager participatif Oasis Esperanza) organise les vendredi 15, samedi 16 et dimanche 17 septembre 2023, son événement annuel Dessine-moi une tomate à la Chapelle Notre-Dame de la Queste, à Grimaud. L’occasion de rencontrer des amoureux de la nature qui désirent se reconnecter à un monde plus doux et moins industriel, qui souhaitent également vous faire connaître de nouvelles façons de se nourrir, de prendre soin de son corps et de son âme, de construire un four en terre ou encore de découvrir les particularités du chanvre.
Possibilité bien sûr de se restaurer sur place, de danser, d’écouter des musiciens, des conférences, mais aussi de donner ses habits ou jouets dont on a plus l’usage, d’en récupérer d’autres, et surtout de faire réparer son électro-ménager, en effet, grâce aux bénévoles du Repair-Café du Plan-de-la-Tour, c’est fini, on ne jette plus !
Sylvie Bourgeois Harel

